La dangereuse recherche de perfection


Le chêne symbole du site

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3–5 minutes

— Ça me parait parfait ! dit-il ravi. La perfection tient souvent dans cette erreur qu’on n’a pas vue. Le château de cartes est parfait juste avant la rupture de l’équilibre. La recherche de perfection est un risque qui peut devenir une manie. Si la compétition ne précède pas toujours la chute, on ne pourra pas toujours « aller plus haut », le conformisme et ses canons peuvent tout légiférer !

Ma prof d’anglais avait vu cela au lycée

Elle m’avait affirmé ce qui à l’époque me déconcerta : « — c’est votre perfectionnisme qui vous empêche de réussir ! »

Intéressant, je cherchais pour mon anglais un académisme impossible, je ne me lançais pas assez et à force, je restais en deçà, timoré.

Le mieux est l’ennemi du bien

Tu connais ça. Insatisfait de ton œuvre, tu veux pousser encore.

Ici, avec le site, je me perds parfois dans des détails que la visiteuse et le visiteur n’auront pas vus : un espace de trop dans la mise en page, une note de l’évaluation de l’accessibilité du site descendue de 10 à 9.1… Imperceptible à l’œil. Mais je ne peux laisser passer ça !

Je mets mon honneur dans des détails au risque de sombrer maniaque. Je sais que ça n’a pas d’importance mais je vais manipuler le site et le code jusqu’à s’il le faut le mettre par terre comme le château de cartes. Et le relever rongeant mon frein et moquant mon incompétence. (Tiens, je pense à la chanson de Linda Lemay. )

J’y perds du temps, j’y perds mes nerfs et mon petit orgueil me rougit de ridicule.

Est-ce que je me soigne ?

La bonne chose c’est que je veux comprendre ce qui coince, donc apprendre. La mauvaise chose, c’est que je crois pouvoir tout maîtriser et que je ne lâche pas assez prise.

Au travail, j’appris progressivement à ne pas reprendre en douce les erreurs d’une personne qui travaillait avec moi pour ne pas la vexer. Je pris même le parti de temps à autre de « faire ensemble » pour dégager ce qui comptait vraiment.

L’exigence du travail bien fait, ne doit pas se corrompre à l’impossibilité d’avoir jamais terminé.

Le génie des « Misérables » tient dans l’œuvre toute entière, pas dans le détail de phrases où parfois il y aurait à redire.

Est-ce que je me soigne ? Au moins, je m’alerte et je ris en me voyant parfois.

Mon chêne est parfait

Bien qu’il ne fasse que se déployer sans je le pense d’autre volonté que celle de répondre à la vie qui le traverse, le chêne, emblème du site est parfait. Il l’est dans l’équilibre de sa ramure, dans sa silhouette, dans sa façon de prendre sa place dans le paysage. Si je m’approche un peu, je lui trouverais des défauts, des blessures, des branches cassées.

Mon chêne ne passe pas de concours, il est « le chêne » et il est d’autant plus parfait qu’il est mon ami.

Il est parfait parce que je l’aime. Je sais comme toute chose qu’il est sujet à l’impermanence. La foudre pourrait le blesser, il vieillira, il perdra des branches, un crétin le blessera. Il restera parfait pour moi dans son histoire unique.

Un objet manufacturé qui répond à des normes et à un étalonnage précis n’est pas parfait. Il est identique aux autres jusqu’à être manipulé et faire histoire dans les mains d’un homme qui le transformera peu ou prou. Le moindre tire-bouchon change à la main de l’homme qui l’utilise, il s’use plus ou moins, prend la poussière plus ou moins, convient plus ou moins…

Il n’y a pas d’élite

L’élite a réussi des concours, fait preuve d’intelligence mais chutera un jour, sur une bêtise, pour une question d’auto-aveuglement, de corruption. La compétence d’un jour n’est pas celle de toujours et surtout, le meilleur pour servir un système peut-être le pire pour des humains qu’il ignore. Un peu comme l’intelligence artificielle, pardon, l’automatisation probabiliste.

Pourquoi je pense soudain au Don Juan de Brassens ?

Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint
Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins
Et gloire à Don Juan qui rendit femme celle
Qui, sans lui, quelle horreur, serait morte pucelle
Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Voilà où Don Juan plaçait soudain le paradoxe de la perfection !

La vidéo est là.

Le perfectionniste prend aussi le risque d’accabler son entourage de ses propres exigences.

Je crois bien que la semaine prochaine, je vais causer un peu des vertus de l’imperfection !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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