J’avais déjà signalé la mauvaise pratique de la MAIF qui considère que l’absence de choix vaut accord tacite. Depuis, les mails se succèdent et très rares sont les sites et compagnies à respecter la recommandation de la CNIL. Le consentement c’est pas après que ça se demande, c’est avant, y compris pour les pixels de suivi de vos mails. Mais il existe des parades !
Les cousins des cookies
Les pixels de suivi (ou pixels espions) sont de minuscules images invisibles à l’œil, souvent de1×1 pixel, insérées dans le corps HTML d’un courriel.
Quand vous ouvrez le message, votre client de messagerie charge automatiquement cette image depuis un serveur distant, ce qui déclenche une requête révélant l’ouverture du mail.
Ça permet de voir par exemple :
- l’ouverture d’un e-mail (et à quelle campagne il correspond),
- la date (et parfois l’heure) d’ouverture,
- un identifiant technique associé au message ou à votre adresse,
- des informations générales sur l’appareil utilisé (ordinateur, mobile…), l’adresse IP au moment de l’ouverture.
Cette technique permet à l’expéditeur de savoir même combien de fois un émail a été lu, sans que le destinataire en soit informé.
Cela pose donc des questions de confidentialité et relève du RGPD en Europe.
Le menteur, le demi-menteur et le sincère
Est sincère celui qui vous demande avant d’utiliser la technique s’il peut l’utiliser en précisant à quelles fins. Est demi-menteur celui qui attend votre désaccord pour arrêter. Est menteur celui qui le fait sans vous le dire.
Il y a des parades que je vais vous donner plus bas.
Rappel des recommandations de la CNIL
Si vous avez des loisirs, vous pouvez lire le texte complet (lien dans le titre).
Quelques extraits intéressants :
Conformément aux dispositions de l’article 82 de la loi « informatique et libertés », l’insertion de pixels de suivi dans les courriels requiert le recueil préalable du consentement libre, spécifique, éclairé et univoque du destinataire,
autre point
il convient d’éviter que le consentement ne soit collecté de manière involontaire par un pré-chargement
automatique du lien par certains clients de messagerie. (point 4.2)
ou
les personnes ayant donné leur consentement à l’utilisation de traceurs doivent être en mesure de le retirer à tout moment. Il doit, par ailleurs,
être aussi simple de retirer son consentement que de le donner. Dans le contexte de l’utilisation de pixels de suivi dans des courriels, la CNIL recommande que la possibilité de retirer son consentement soit offerte par un lien traçant dans le pied de page de chaque courriel.
et pour mémoire,
Le responsable du traitement doit être en mesure de démontrer, à tout moment, que les utilisateurs ont donné leur consentement (article 7.1 du RGPD).
Quelles parades ?
Vous pouvez tenter d’avoir l’œil au cas par cas et choisir ou non de donner votre accord.
Si vous avez du courage, vous pouvez essayer un repérage manuel :
Repérage manuel
- Ouvrir le mail en mode « texte brut » ou « afficher le code source » (dans la plupart des clients : menu > « Afficher l’original » ou « Source du message »)
- Chercher les balises avec des dimensions suspectes (width= »1″ height= »1″, ou parfois absentes) et une URL provenant d’un domaine de tracking (souvent différent de celui de l’expéditeur : mailgun, sendgrid, mixpanel, listrak, etc.) .Repérer les URLs contenant des paramètres type ?uid=, track, open, pixel, beacon
Bon, ça c’est pas forcément facile et risque d’être fastidieux.
On bloque pour tous !
Bloquer en amont est plus efficace que détecter.
Il suffit de désactiver le chargement automatique des images distantes dans les réglages du client mail (Thunderbird, Outlook, Apple Mail font ça très bien). C’est la parade la plus fiable, puisque le pixel ne se déclenche que si l’image se charge.
Il existe des extensions dédiées (je n’ai pas testé) comme Ugly Email ou PixelBlock (Chrome/Firefox, pour Gmail) qui signalent visuellement les mails tracés avant même l’ouverture.

De mon côté j’utilise Thunderbird. Il suffit d’aller dans Paramètres > Vie privée et sécurité.
Il y a une ligne avec une case à cocher :
– Autoriser le contenu distant dans les messages ▫ (ne pas cocher)
Exceptions… (on peut définir des exceptions)
Pas de souci pour les photos envoyées en pièce jointe : le blocage du contenu distant dans Thunderbird ne concerne que les images chargées depuis un serveur externe (via une balise pointant vers une URL), c’est ce mécanisme qu’exploitent les pixels espions.
Une photo qu’un correspondant envoie est une pièce jointe classique. Une image intégrée encodée dans le mail, ne posera pas de souci. Si une personne envoie un mail avec une image hébergée ailleurs, un bandeau l’indique : « Thunderbird a bloqué le contenu distant » avec un bouton pour l’afficher s’il s’agit d’une personne de confiance.
Malgré les prétextes invoqués par les différents services et fournisseurs prétendant que c’est pour votre bien qu’ils font ça, je préfère résister aux pratiques de pistage qui sont le plus souvent à vocation commerciale et visent à profiler nos habitudes .
Bloquer pour tous ? C’est ce que je fais de mon côté !
Pour ceux qui trichent, si on le voit, on peut le signaler à la CNIL, mais je crains qu’elle ne dispose pas des moyens de contrôle qu’il lui faudrait !

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