Tu parles d’un scoop ! Il a plu au marché de Villefranche de Rouergue. Mais c’en était un en réalité. Parce que franchement ça faisait un bail. Pas une pluie diluvienne. Trois coups de tonnerre, des gouttes chaudes. De quoi défriser les grands-mères et inquiéter les chanteurs à la fenêtre. Mais la pluie comme un cadeau avant les orages espérés ce soir.
On se réjouit de peu.
La vendeuse de chapeaux ne trouvait pas son fils pour les placer avec les sacs à l’abri des arcades. Le vendeur de pierres mystérieuses avait peur de les voir se dissoudre. Seul, le marchand de fleurs se réjouissait.
Oui, il a plu au marché, le jour où les chanteuses et chanteurs d’Opéra Bastides font leur numéro à la fenêtre.
Il a plu donc.
Une grand-mère hautement précautionneuse avait pu déplier en un instant et non sans fierté un immense imperméable de son sac.
Les reines des parapluies qu’un rien défrise écornaient l’œil des grands touristes venus de Londres en ouvrant leur pébroc. Pour eux cette pluie ne méritait pas tant d’affolement.
Une petite fille ouvrait la bouche, le cou renversé vers le ciel en attendant qu’une grosse goutte consente à la rafraîchir. Rien ? Rien !
— Faut pas boire ça ! lui envoya sa mère énervée
Et je sentais que la petite fille trouvait sa mère pénible à ce moment là. Jalouse mère indigne.
Il a plu, juste pour rappeler que la pluie existe. Juste comme une mesure provisoire de sympathie. Pas assez pour laver vraiment et encore moins enlever la poussière de sable du dos des vaches dans la campagne.
La pluie je l’attends et lorsque l’orage la précède, je suis comme devenu sensible à la petite agitation électrique dans l’air. C’est pour tout à l’heure mais j’ai déjà quelque chose qui s’agace. Et les mouches collent.
Je glisse en attendant quelques nouvelles images du marché de Villefranche de Rouergue. Il a lieu le jeudi matin, en toutes saisons. Repassez en février, vous n’oublierez pas deux fois votre manteau.
C’est toujours le plus beau.
Au marché je n’achète rien mais je possède tout des yeux et surtout mes oreilles ne cessent de traîner comme si j’étais un passager clandestin se gorgeant d’un univers d’insouciance.
Images









et comme chaque jeudi de juillet on pouvait écouter des chanteurs du festival de l’Opéra Bastide
Il y a tellement d’histoires qui passent sur la place, plusieurs romans n’y suffiraient pas. Zoom sur le monsieur en costard aux plis trop marqués, zoom sur l’adolescent qui tient un gros livre chiffonné dans la main comme un trésor, zoom sur la dame qui ne doit pas savoir que sa robe est transparente ou qui le sait très bien (culotte à fleurs, elle en a donc une), sur cette famille longiligne tirée d’un même moule en six ou sept exemplaires qui se tiennent par la main, la jupe, le pantalon, se pressent les unes et les uns contre les autres et semblent aussi égarés qu’inquiets au milieu de la foule pressée. Toutes ces vies, toutes ces choses à vendre, ces sons, ces odeurs… et la pluie pour bénir tout ce monde.
Un mot en retour ?