Que faisons-nous de nos enfants ?


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3–5 minutes

Ce matin au petit déjeuner, j’ai allumé la télévision. Une dame nous donnait les nouvelles du jour. Tellement banal. En quelques minutes comme un concentré terrible. Que faisons-nous de nos enfants ? Terriblement banal. Ce n’est pas nouveau. Pourtant, c’est la seule question qui vaille, la seule qui devrait guider notre action…

La voix d’Hugo

J’entends comme assourdie au loin la voix du vieil Hugo. Il fut l’un des premiers à savoir se relier à son enfant intérieur, comme à comprendre et s’émerveiller des enfants qu’il rencontra, un des premiers dans ses poèmes, ses romans ou ses discours, à poser les fondements des droits de l’enfant et les défendre. “Quand il s’agit des enfants, la loi ne doit plus être la loi ; elle doit être la mère”

Nul doute qu’il aurait aujourd’hui mille nouvelles raisons de porter sa colère à la tribune.

Et comme nos indignations semblent timides et notre charité pudique…

L’inventaire terrible

Sombre effet d’accumulation en quelques minutes. Ce matin, au réveil ils étaient tous là pour souligner de honte la faiblesse des adultes : enfants otages dont on attend le retour, enfants sans domicile dormant dans les rues de Paris, enfant disparu quelque part en Haute-Provence, enfant autiste sans solution d’accueil adaptée à ses besoins… et nous savons tous ces gamins qui ne mangent pas vraiment à leur faim comme tous ces drames parfois tout près de nous…

Il y a la prise de conscience individuelle, qu’il faut parfois réactiver. Il y a l’action collective et le rôle des « décideurs » ou « politiques »…

Serait-ce une mission impossible pour le gouvernement, la municipalité de Paris ? Difficile à croire.

Bien sûr, il y a les cyniques qui prétendent qu’aider ne ferait qu’attirer la misère. Ils n’aident ni ici, ni ailleurs. Ils défendent un système dont les fondamentaux reposent sur l’inégalité et qui tient pour beaucoup « grâce » à la peur du pauvre… quitte à opposer les pauvres entre eux. Il y a ceux qui se dédouanent à bon compte avec un peu de charité pour s’exonérer d’être solidaires…

Noël et Dickens

À Noël, enfant, je lisais Dickens ou Daudet. Plus tard, j’ai croisé des copains qui vivaient avec si peu. Cet ami qui m’avait fait entrer chez lui. Toute la famille vivait dans une seule grande pièce… Et la maman souriante qui nous avait fait de belles tartines dans une baguette coupée en deux… Ou bien ce copain dont le père était mort sur un chantier et qui n’avait jamais de manteau mais qu’une espèce de grosse veste en laine.

Plus tard, il y avait ces petits des campagnes qui vivaient de peu et venaient au chaud à l’école. Ou bien, je me souviens à Paris, de mes « CM » qui vivaient dans un squat. À midi, certains ne restaient même pas déjeuner à la cantine, trop chère et allaient à la boulangerie… acheter un paquet de chips en guise de repas de midi.

À chaque fois, le point commun de ces mômes, copains ou élèves, c’était une sorte de pudeur. Jamais de plainte.

Je me souviens de ces gamins, nous étions allés en classe de découverte : un gouter était servi puis « normalement » le soir, nous allions diner. Le premier jour, tour à tour, trois d’entre eux étaient venus me voir, étonnés, comme s’il y avait eu « une erreur » : « on mange encore ? »

Pour eux ce n’était pas la norme…

On se sent impuissant

Aider l’un, aider l’une, devenir parrain. Oui. Mais de temps à autre, ce sentiment d’impuissance. On se dit que ça n’avance pas assez, que l’on régresse, qu’il faut combattre de nouveau.

Le découragement pourrait nous envahir. Détourner la tête ou laisser croire que le « ruissèlement » pourrait seul faire son effet, ce n’est pas possible…

Aujourd’hui, on entend beaucoup parler du « Black Friday » avec un frisson de réaction négative… Si l’on pouvait percevoir à quel point tout est lié…

Ce matin, cet inventaire sinistre, ce fut comme une avalanche. C’est comme si tous ces gamins étaient entrés soudainement dans la maison.

Les valeurs devant

Tristesse, mais rappel salvateur. Tenter modestement de comprendre et d’agir à sa mesure, dire, choisir, faire pression en gardant cette antienne résolument : les enfants d’abord !

Non pas en culpabilisant, en conspuant ou stigmatisant mais en allant se placer du côté de ceux qui font, en gardant l’esprit allumé, en sachant être attentif, disponible et réactif…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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