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un coup de dés
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Quitter les réseaux sociaux commerciaux ne suffit pas
J’ai souvent causé des réseaux sociaux ces temps derniers. Avant même que les médias ne s’emparent de la question avec l’élection américaine où les déclarations du patron de Meta, je racontais le 7 janvier pourquoi après avoir quitté Twitter avant qu’il ne devienne X, je quittai Meta et ses diverses applications. Ce fut chose faite sans souci le 10 janvier 2025. Quitter les réseaux sociaux commerciaux ne suffit pas. Je peux déjà évaluer certaines conséquences de ce départ. Au delà du pourquoi et du comment , de la question du choix des alternatives, de l’intérêt de privilégier des écrits longs, je mesure la nécessité de s’interroger d’un point de vue éthique et même pratique, histoire de penser un peu les évolutions possibles.
Côté conséquences
Inventaire rapide de ce que j’ai pu observer :
- L’usage que j’avais des réseaux commerciaux était principalement de promouvoir les publications de ce site (notamment pour améliorer la fréquentation de celui-ci).
- mais aussi :
- sur Facebook de suivre des groupes « locaux » d’intérêt inégal (vie locale, festivals…)
- sur Facebook dans la partie privée de « liker » des photos ou messages d’amis, d’avoir de brefs échanges, de répondre aux commentaires liés à la vie du site
- sur Instagram au gré du scroll de suivre quelques musiciens, chanteurs, danseurs ou des personnes souvent attachantes animant des thématiques autour de leur communauté
- sur Threads de recevoir un peu d’informations d’autrices et d’auteurs, de militant-es de diverses communautés
- sur WhatsApp d’échanger avec famille et amis
- j’allais oublier Bluesky dont l’interface m’a toujours fait souci, je n’y avais qu’une trentaine d’abonnés et peu d’interactions, je trouve ce réseau « froid »…
Nul doute que je perdais du temps à lire de vaines polémiques souvent toxiques ou que je me laissais « accrocher » bêtement en commentant des posts problématiques… pratique chronophage et peu utile. Interroger, encourager, compléter un message peut se faire sous certaines conditions. Ce n’est pas toujours bien reçu, peut engendrer des pertes de temps etc.
J’ai retrouvé certaines personnes que j’apprécie sur d’autres sites ou réseaux. Il faut enrichir son agrégateur de fils RSS pour suivre leurs blogs ou sites. C’est une sorte de restructuration en cours.
Les amis ou la famille savent où me retrouver même si certains regrettaient de ne plus voir mes publications mises en avant. Du coup, ils se sont abonnés à la lettre de diffusion hebdomadaire. J’en profite pour glisser le formulaire si ça vous intéresse :
Pour mémoire, je conseille toujours de préférer le fil RSS …
Je m’étais déjà depuis longtemps retiré des groupes WhatsApps que je trouve vite infernaux.
15 jours après, c’est vrai que j’ai « perdu » le fil avec certaines personnes dont j’appréciais les créations. Après, on peut trouver d’autres canaux et se dire que dans la plupart des cas, la représentation de ces personnes restait très « virtuelle » et « fabriquée » de part et d’autre. J’y vois une sorte de « délocalisation » de l’affect et des émotions. Voir une pièce de théâtre à la télévision, ça peut-être sympa. Ce n’est pas aller au théâtre. On peut transposer sur nombre de sujets… Ces visages qui semblent s’adresser à vous personnellement, ne vous connaissent pas, ne chercheront pas à vous connaître… Après se pose la question de la visibilité des artistes. Il va falloir qu’ils comprennent l’intérêt de Mastodon. J’y vois déjà pas mal de plasticiens, peintres, photographes…
Je n’ai pas d’outil statistique en propre, juste ceux anonymes de l’hébergeur, mais la fréquentation du site n’a pas chuté et même fait un bond quand les thèmes ont rencontré l’actualité. Après, ce site n’est pas destiné à faire du commerce et s’inscrit plutôt dans la durée, comme un espace singulier…
J’ai récupéré du temps personnel et comme je ne sais pas m’ennuyer, j’ai trouvé des choses plaisantes à faire.
Je suis plus présent sur les réseaux sociaux alternatifs
J’étais déjà présent sur ces réseaux depuis un moment. Je suis plus actif sur l’instance Piaille de Mastodon. Une cinquantaine de personnes se sont abonnées ces jours derniers. Elles semblent plus actives par exemple que les abonnés de Threads (pour moi ce n’est pas le nombre d’abonnés qui compte mais le nombre d’interactions « positives »).
J’ai déjà gagné en sentiment de sécurité, en temps libéré, en sérénité et interactions positives.
Pour être honnête j’ai :
- découvert sur Diaspora que j’étais suivi par deux personnes transphobes (être plus disponible, rend plus attentif). Je ne pouvais pas garder le lien avec.
- eu droit à un commentaire privé d’un anonyme disqualifiant et au final insultant
Par principe, ouverture d’esprit ou curiosité, je suis en général la personne qui s’abonne à mon compte, quitte à me désabonner si je tombais par exemple sur un compte faisant du prosélytisme, posant problème etc.
Penser son utilisation des réseaux sociaux
Il ne suffit pas de « déménager » pour que la vie change. Il faut penser à la façon d’« habiter les lieux ».
Il existe divers guides par exemple pour bien utiliser Mastodon.
J’ai toujours essayé de ne pas oublier de décrire les images (pas toujours facile comme exercice, on devrait l’enseigner!) et de la même façon à penser aux mots clés. Mais il faut aussi réfléchir à ce que l’on fait sur un réseau, vers qui on se tourne…
La bienveillance en actes
Au fond il y a quatre façons de « réagir » à un message :
- le lire sans réagir
- le mettre en favori ce qui n’a qu’une incidence pour soi
- le partager ce qui favorise sa visibilité
- commenter : et là aussi, il faut vraiment être attentif à le faire en s’interrogeant sur la plus-value qu’on souhaite apporter. « Corriger » ou « Faire la leçon » sont les pires réactions. Questionner, apporter un complément, développer une idée si on reste bien dans le fil initial doivent se faire avec attention, précaution.
- partager et commenter aura également un autre impact : il faut mesurer que l’on ne maîtrise pas toujours les fils dérivés (les commentaires des commentaires…)
Je suis convaincu qu’il y aurait un enseignement à développer tant en cours de français dès l’élémentaire, qu’en cours de philosophie. S’exprimer sur les réseaux de façon enrichissante, bienveillante et constructive, cela s’apprend !
Sans nier au contraire, la nécessité de l’esprit critique, il faut faire attention à ne pas sombrer dans l’attaque personnelle ou ce que j’appelle l’ennemi confortable, le réceptacle à ressentiment, le punching-ball à colère… Ce n’est pas toujours facile de résister à cette facilité. Donc, il faut assumer la nécessité d’une certaine inhibition…
S’incarner en sincérité
Si je dénie à l’autre le droit de « m’étiqueter » comme je dois veiller à ne pas préjuger d’autrui, assumer qui je suis suppose d’oser s’incarner en sincérité. C’est à dire refuser l’omniscience (ou d »avoir un point de vue sur tout), comme de se sentir contraint de se positionner sur tout sujet. En même temps, il faut résister au syndrome de l’imposteur. Il faut pouvoir faire preuve d’assertivité. Pour cela, il faut se sentir en sécurité. Ne pas chercher à être aimé de tous, ne pas chercher l’assentiment de tous, mais pas non plus « provoquer »bêtement. L’idée c’est d’être présent et cohérent, d’exprimer son ressenti, accepter sa propre imperfection… Être sincère ne veut pas dire être transparent à tout prix. Nous n’avons pas à nous justifier. Chacune et chacun doit être respecté dans sa singularité et dans son humanité.
Apprendre et comprendre pour enrichir son expérience
L’opportunité d’un réseau, son intérêt c’est qu’il puisse m’aider à apprendre des choses nouvelles ou me conduire vers des ressources élargissant mes connaissances, qu’il m’aide aussi à mieux comprendre (des connaissances, l’activité humaine). Un moment utile sur un réseau social m’aura éclairé, questionné… pas énervé !
Favoriser la créativité
Sans chercher la rentabilité, j’attends d’un réseau (et je dois me rendre disponible à cela) qu’il enrichisse ma propre créativité, en matière d’approches, de perspectives). Il faut accepter d’être déstabilisé pour transformer son propre regard. C’est toute une aventure ! Peut-être même aussi, je dois apprendre à être plus créatif dans mon expression…
Prendre soin de soi et d’autrui
Par souci éthique, mais je dirais parce qu’un climat de convivialité doit se nourrir, il faut me semble-t-il veiller à prendre soin de soi comme d’autrui. Sans intrusion, c’est s’intéresser à l’autre. Se prémunir des attitudes toxiques, ne pas les alimenter. Il y a une démarche active à développer.
Nous ne sommes pas « chez nous » mais dans un espace partagé et visible de toutes et tous.
Relier pour revenir au réel
Un point à explorer, qui pourrait susciter des initiatives créatives, serait de profiter des réseaux pour favoriser de véritables rencontres, ramener en quelque sorte vers le réel. Cela existe déjà un peu avec des actions militantes ou culturelles, il y aurait peut-être d’autres opportunités à développer (des « cafés réseaux »…des explorations de lieux, des découvertes…)
Il me semble que la vigilance doit porter sur l’écart entre un « média » , un vecteur d’informations et un « réseau social » où il s’agit de faire le lien pas seulement de manière numérique mais dans une perspective de coopération, de mutualisation, d’échanges réels. Le fait qu’une instance Mastodon ne soit pas soumise à la manipulation des algorithmes et encore moins au commerce, est une chance pour avancer positivement…