Ils sont presque tous partis. La brume engoncée entre deux causses a peiné à laisser passer le soleil ce matin. Assieds-toi et regarde ! Au bord du Lot, s’est organisée une exposition presque spontanée de tableaux. Les jardins, les berges. Tout se succède comme autant de surprises. S’il avait fallu un titre, « profusion » aurait-il été bien choisi ? Extraits !
D’abord la brume
Pas un brouillard qui colle, quelque chose de léger qui flotte et se déplace au dessus de l’eau. Comme un voile transparent d’une main délicate tirerait avant que ne vienne le soleil sur le causse et la rivière.

Ce n’est pas encore la brume lourde de fin d’automne. Il arrive ici comme un coton collé sur la bouche de la vallée, qu’elle reste tout le matin alors que sur le plateau le soleil brille. Cela tient les jardins dans une humidité constante.
Puis le soleil perce

Il prend sa place, déchire le voile, s’impose. Tout à l’heure il chauffera pour nous apporter la preuve que l’été n’est pas terminé. Effraie-t-il le silure lucifuge ?
Ce matin, il n’y avait d’oiseaux mais déjà quelques pêcheurs taciturnes, de ces hommes qui goûtent la solitude et qu’on n’ose à peine troubler d’un salut. Même le chien impressionné s’en écarte malgré les odeurs de vase et de poisson.
Rassurante, la rivière conserve ce mystère. Elle sépare ici deux départements mais peut-être qu’elle les unit surtout sur cette frontière tendre.

Au risque de chuter dans l’eau, le chien dresse l’inventaire olfactif des plus précis de ce qui passe par ici. Batraciens, oiseaux… je ne sais si loutres et rats passent par là. Toute une vie secrète.
Une succession de jardins
Je vous les montre souvent ces jardins. Cet été il y avait eu cet homme surpris au petit matin et qui surement avait passé la nuit dans la petite cabane.

Ce que j’aime c’est l’art avec lequel les cultures se mélangent aux herbes, aux adventices que des mains autrefois plus sévères auraient peut-être voulu arracher. Mais la beauté est plus féconde dans cet apparent désordre plutôt que dans des alignements rectilignes.
Les plantes ne se marient jamais entre elles par hasard, elle font alliance, elles composent, elles se protègent… parfois s’étouffent comme dans les familles où l’amour est un peu envahissant.
Le sommet de l’art c’est bien sûr le jardin du haut de la page. Le Douanier Rousseau se serait régalé ici et aurait laissé danser son pinceau.
Une chose que j’aimerais, comme autrefois, c’est inviter un groupe d’enfants à venir s’assoir devant le jardin. D’abord il faudrait le regarder longuement, dans les détails, fouiller des yeux le tableau et puis seulement après un long moment, on pourrait parler non pas de ce que l’on voit, mais des sensations et des impressions, des sentiments nés de cette contemplation.
Après seulement, on pourrait raconter l’histoire des jardins et décrire la profusion de plantes installées ici spontanément, implantées depuis longtemps ou plantées il y a peu.
Un jour je vous montrerai de plus près l’une ou l’autre des roseraies. Quand on y pénètre, on se croirait dans une cathédrale.

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