Ensuqué par la sieste


Dormir

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2–3 minutes

Ensuqué. On doit le mot à l’occitan. Il faut le faire sonner avec l’accent. « Sleep inertia »ou inertie du sommeil qui rend difficile la pente à remonter quand on a plongé trop loin dans cette torpeur, payant fort mal la dette à la fatigue. Et depuis deux heures, je ne remonte pas.

Ensuqué de canicule ?

Non, au contraire, l’air quoique moite est redevenu vivable. J’ai plongé comme si on m’avait fait une anesthésie générale. Plongé loin dans des rêves lourds, un rien glauques, étranges. Des rêves de chien, des rêves où tu descends dans les profondeurs les plus obscures, dans les replis de l’âme et du passé.

Puis quelque chose t’arrache, comme un coup de pied du fond de la crevasse maritime la plus profonde et tu remontes en urgence absolue, haletant, embrumé, à demi conscient, l’œil vague, le cœur au bord des lèvres. Il faut sortir de là, s’extraire, se sauver, revenir à la vie, au tempo de la journée et c’est un arrachement, un effondrement en soi, le corps ne suit pas, tout se délite, se défait… État comateux de celui qui aurait trop bu. Que de l’eau ou du thé. Ou pris quelque substance… De l’eau. De l’eau s’il vous plaît !

Dette de fatigue

Émotions accumulées, réveils prématurés et quotidiens dus à la chatte intrusive. Il a fait si chaud. On cherche l’heure, il faut réordonner ses pensées, ne pas aller tout de suite au miroir vérifier dans quel état on se trouve.

J’ai dormi tout ça ?

Temps perdu, ces choses à faire restées sur le côté. Et maintenant il me faudrait un petit déjeuner, refaire mon matin dans l’après-midi. On dirait que quelqu’un est passé. Pourvu que personne ne m’ait regardé dans mon sommeil. Se remettre à l’heure, dans la bonne conjugaison. Ne loupez pas le subjonctif. Je laisse passer de plus en plus d’erreurs et de frappe et d’accords. Alors écrire alors que je suis encore sous l’emprise du sommeil, pas facile…

D’ailleurs il me tire par l’épaule, il m’enlace de son étreinte gluante, il me reprendrait bien au détour du lit, d’un fauteuil… peut-être même pourrais-je m’endormir en écrivant. Peut-être que je n’écris pas vraiment, que je me rêve écrivant.

Ultime

Tu crois qu’on ressent ça lorsqu’on meurt ? Non pas de ces morts brutales qui vous abattent mais de cette mort qui vous prend à force d’usure et de fatigue. On se laisse entraîner, porter, noyer doucement, on ne ressent plus rien…

Ou peut-être suis-je aller toucher la mort en plongeant trop profond. Et ce n’était pas le moment. Je suis revenu. Mes affaires ne sont pas prêtes. Trop tôt.

Ne pas céder alors. Reprendre, respirer, de l’air frais.

Après la pluie le vent secoue le jardin et le soleil perce. La chatte s’est tirée, je n’entends pas grand chose. On dirait un film muet, en couleur, légèrement surexposé où l’histoire aurait continué sans moi.

Ensuqué. Du thé. Il va falloir du thé fort.

Et je n’en reviens pas d’avoir dormi autant. S’en remettre à ce qu’il reste de journée, à la nuit, à demain.

Tu crois qu’en plongeant trop profond on peut aller toucher la mort ? Alors elle est lumineuse et verte. Émeraude.

La bouilloire m’appelle ! Rouge et chantante et le thé sera brûlant et vibrionnant.

Quand même, cette sieste…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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