Usure – poème à écouter


Portail en fer forgé sur le causse

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2–3 minutes

On se sent usé, désabusé. Être désabusé n’est qu’une forme d’orgueil. L’usure c’est seulement une transformation que vous retenez. Voici un texte et son enregistrement.

L’audiogramme

Le texte

Quelque chose en moi est usé
Où mes oreilles crissent
Et mon cœur désabusé
Se désagrège sur la pierre du puits
Le seau est tombé
Il pleut maintenant
De longues heures d’abandon
Où je délite ma vertu
Dans le ventre dénoué de l’espoir

Ce qui s’use
Le tic tac d’une horloge
Le rappel de la mort
C’est l’heure
Le rendez-vous

Rendez-vous !
Capitule maintenant
Mon âme
Sur la sangle défaite de l’avenir

Des criminels et des imbéciles régissent un monde sans enfant

Ce qui s’use
C’est le rictus sans sanglot
Le métal qui grince
Tout ce qui me fige et se venge de mes errances

Tapis dans l’ombre je me tiens invisible parmi les vestiges
Il serait temps que je croule sous les herbes voraces
Me fondre enfin dans la glaise où cherchent et m’attendent les serpents du silence

Quelque chose en moi est usé, est rendu, tendu
Il reste une sorte de trace muette sur la table
Là où tu posais ton bol
L’usure
Un os

Je n’ai plus de chemin qui s’aligne devant
Que l’angoisse irrémédiable du non-sens
Et de l’abandon absolu
Là où je me défais de mes chairs
Où je me range sous la douleur

Usé

Mon front est sec de baisers
Mes phalanges brisées
Sur le miroir du désir
Où tes lèvres brûlées
N’ont rien laissé
Que ce peu de buée
Ce reflet entre deux ombres
Le doigt saigne sur l’arête du verre brisé
S’il saigne c’est qu’il est encore vivant
Jusqu’à ce que le sable ait tout bu

Il m’a bu
Être désabusé n’est qu’une forme d’orgueil

Ce n’était peut-être qu’un léger descellement de la pierre
Une fatigue passagère
Quelque chose qui se déchausse de la gencive de la mémoire

Ce qui est usé cherche le sommeil, la consolation, la récompense, le silence

Veuillez noter sur le petit carnet :
Ne jamais se montrer usé, désabusé
Conservez votre dignité debout
Maquillez-la si besoin
Comme une bonne pute faisant son devoir
Resserrez le nœud de la cravate
Dépoussiérez-vous,
Gommez tout ce qui pourrait prêter à confusion
Fustigez-vous d’extravagance
Parfumez-vous !
Soyez notoire

Vieillissez discrètement je vous prie
Sans emmerder personne
Rangez vos affaires
Jetez ce qui est usé, pâli, froissé

Ce qui est usé en vous c’est ce qui empêche votre enfance d’éjaculer sur le drap
C’est-à-dire ce qui l’empêche de se libérer de vous-même
De s’allier à l’immaculée impermanence vitale
Ce flux

L’usure c’est seulement une transformation que vous retenez
Quelque signal universel qui vous dépasse
Vous ne mourrez jamais dans cette éternité

Vos oreilles cherchent juste le souffle d’une autre musique




Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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