Article 1111 : impermanence du numérique


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4–6 minutes

Ce joli palindrome offert à l’occasion de la parution du 1111ᵉ article de ce site, invite à nous rappeler l’impermanence du numérique au moment où nos sociétés semblent lui déléguer beaucoup. Le numérique se voit confier notre mémoire , une fonction d’infrastructure et à terme de décision… mais ses fondations sont fragiles, sa pérennité loin d’être assurée…


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Il n’est pas joli mon palindrome ? 1111 articles sont donnés ici à ce jour.

Savez-vous quand sera le prochain palindrome qui suivra celui-ci sur le site ?

Plus sérieusement, si l’on note la profusion, on devine déjà la question : comment faire pour s’y retrouver ? Les sauvegardes sont-elles effectuées ? Car oui, un site, c’est fragile.

Au moins, en suis-je le propriétaire même si je reste dépendant d’un hébergeur.

Mais après ma mort, que deviendront ces publications ?

De nombreux points de fragilité techniques

Boitier

On parle souvent de virtuel en pensant au numérique. Mais on l’évoque pas mal en ce moment avec la question écologique des Data Centers, les aspects matériels et industriels très concrets jouent considérablement.

Il faut des serveurs, des disques, des réseaux électriques et de fibre, des centres de données… que tout cela communique en sécurité et en fiabilité. Les points névralgiques sont nombreux.

L’état du boîtier de la fibre dans mon quartier montre la fragilité matérielle d’une installation qui n’est visiblement pas faite pour durer autant que notre vieux réseau téléphonique d’antan.

Le moindre disque dur ou serveur n’a pas une durée de vie illimitée. Une erreur peut détruire une sauvegarde. Cela induit déjà de l’inégalité territoriale.

L’obsolescence plus ou moins programmée

Les machines actuelles ne lisent plus les disquettes d’antan. Nous avons souvent été confrontés à des problématiques de données : le fichier est là mais son format n’est plus lisible. Ou bien pour une raison technique, un fichier est corrompu et ne nous permet plus de voir telle image, de lire tel texte, d’écouter tel son.

Aux soucis techniques liés à une évolution supposée apporter un plus qualitatif, s’ajoutent des choix industriels et commerciaux. Les géants du Web sont très doués pour nous forcer la main. Ils inventent des machines « plus efficaces » mais qui bloquent d’anciens logiciels…

La dépendance

Nous sommes souvent liés économiquement à des fournisseurs de service. Ce site reste hébergé chez un hébergeur privé. Si je l’hébergeais à la maison, outre les problèmes techniques, je resterais dépendant de mon fournisseur d’Internet. Les plateformes peuvent être rachetées, faire faillite, augmenter leurs prix, fermer des comptes… Il nous arrive souvent de chercher un site, une ressource et de découvrir sa disparition pour une raison ou une autre.

Une mémoire mal organisée

clés et disques USB

Chacune, chacun a fait l’expérience de sauvegardes ratées, de fichiers que l’on sait avoir mais que l’on ne retrouve pas : classement imparfait, nommage incomplet, supports multiples…

Je m’étais amusé à tenter de m’y retrouver parmi mes différents supports et ce n’est pas simple. On pourrait y ajouter les nombreux espaces administratifs et la question de la sécurisation de leur accès par des mots de passe, des adresses mails… Il m’arrive quand je cherche un texte, de le retrouver plus rapidement et facilement dans sa version papier que sa version numérique.

Mal organisée, la gestion de nos données laisse en même temps de nombreuses failles !

Notre propre mémoire est sélective et doit être réactivée. Le numérique n’échappe pas à la règle. Si d’une certaine façon, il n’oublie rien – ce qui parfois peut-être ennuyeux- il peut cacher ce qui nous serait utile. Certaines données peuvent être écartées, éliminées. Généreux, les espaces ne sont pas illimités…

Alors que l’économie privée domine tout, se pose la question de la conservation des données à l’instar du dépôt légal pour le livre. Ce site est enregistré à la Bibliothèque Nationale de France qui on le suppose « l’aspire » de temps à autre. Mais ce n’est pas systématique et vu le volume, il y a peu de chances qu’on le retrouve dans quelques années (ce qui ne serait peut-être pas si grave en réalité) … Il faudrait que les États, les institutions se préoccupent un peu plus de la question. On peut penser également à la question des standards et de leur pérennité, ils ne sont pas toujours ouverts. Les règles de sauvegarde semblent rester au bon vouloir des différents acteurs. Tout cela est assez opaque. La mondialisation n’arrange rien…

Un risque d’effondrement civilisationnel

Si pour une raison ou une autre, le numérique ne nous était plus accessible, ou seulement à une minorité, on pourrait voir des pans entiers de notre mémoire collective, familiale ou individuelle disparaître ou simplement ne plus être accessibles.

Nous devons mieux réfléchir aux questions de la transmission pour que nos successeurs ne perdent pas leur énergie à tout réinventer…

Nous avons à anticiper les risques si nous déléguons au numérique la gestion de nombreux aspects liés à l’organisation de nos vies. Les nouveaux conflits avec les guerres hybrides nous montrent aujourd’hui comment on peut bloquer un pays plus sûrement que par des bombes par ses failles numériques…

En même temps, il me semble utile de nous dire aussi que l’impermanence est inéluctable, y compris sur ce plan. Il y a probablement à nous recentrer sur le présent, ce que nous souhaitons faire dans une meilleure attention aux uns et aux autres. Les questions de compétition, de performance etc. donc de modèles et de valeurs se posent également.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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