Impermanence, parenthèse poétique


une barque sur le Lot à Cadrieu avec un pêcheur au loin sur une autre barque

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3–4 minutes

« Tout disparaît, tout apparaît, chaque chose étant en constante mutation et perpétuel changement« . Voilà ce qu’on entend souvent de l’impermanence qui peine à se définir si l’on ne veut risquer d’en réduire la perception. Le poète veut sauver l’instant. Le poème une fois écrit a déjà changé sur la page. Et chaque lecture le transformera. Imprévu, il accompagne plus qu’il ne retient. Suggestions. Inspirations.


Du côté des poètes

Nous associons plus souvent des poèmes empreints de sérénité à l’idée d’impermanence. Apollinaire perçoit la fuite du temps dans « Le pont Mirabeau » mais il croit demeurer. Baudelaire se confronte à la déliquescence de la « Charogne », ce n’est pas sans violence.

J’aime l’approche d’Yves Bonnefoy :

L'arbre, la lampe

L'arbre vieillit dans l'arbre, c'est l'été,
L'oiseau franchit le chant de l'oiseau et s'évade,
Le rouge de la robe illumine et disperse
Loin, au ciel, le charroi de l'antique douleur.

O fragile pays,
Comme la flamme d'une lampe que l'on porte,
Proche étant le sommeil dans la sève du monde,
Simple le battement de l'âme partagée.

Toi aussi tu aimes l'instant où la lumière des lampes
Se décolore et rêve dans le jour.
Tu sais que c'est l'obscur de ton cœur qui guérit,
La barque qui rejoint le rivage et tombe.

in Poèmes NRF Poésie/Gallimard ©Y.Bonnefoy

Ou bien Natsume Soseki pouvait dire dans ce haiku :

Sifflement du vent
Quelle feuille
Tombera-t-elle la première ?

ou bien

Impermanence humaine 

Les hautes montagnes
Et la mer,
Celles-là demeureront montagnes
Toujours aussi massives,
Celle-ci la mer.
Et jamais ne deviendront autre chose
Mais l'homme, lui,
N'est-il pas fleur de cerisier ?
Las ! Une dépouille de cigale,
Voilà la vie humaine !


Anonyme (VIᵉ siècle).

Chacune, chacun mènera sa quête. Les poèmes sur l’impermanence ne manquent pas.

Improvisations

Ce qui est venu spontanément sur la page en pensant à ce mot d’impermanence.

Un

Je ne m’appartiens pas
Dans l’antre du poème
Le sable liquide
S’évapore

Deux



Ou bien

Trois

Le renoncement
Est la forme suprême de l’attachement

Quatre

On ne se défait de soi
Qu’en laissant sa substance
À la vie

Encore

Cinq

L’espoir te condamne à devenir son esclave
Creuse le présent
Ou plutôt
Plonge assez en lui
Pour que d’un point minuscule
Surgisse l’Univers

Six

Rien n’est immobile
Rien n’est solide
Rien n’est figé
Rien n’est irrémédiable
Rien n’est éternel
Rien n’est substance
Rien ne se retient
Accepte d’être
Dans le mystère de la Vie
La Mort n’existe pas

Sept

L’éphémère n’est pas
Il ne fait que se ressembler
Ce que tu crois tenir
S’évade déjà

Huit

Je choisis de plonger dans le fleuve liquide de ma respiration
En, moi gravitent les planètes
Mon cœur est une étoile
Ton amour, la fleur dont les pétales parsèment mon visage
Ton souffle est cette buée qui me traverse
Un enfant danse sur la montagne
Aucun rêve ne se retient
J’accepte

Jeux d’écriture

Vous pouvez laisser la plume « commander ». Laisser passer le flux de l’impermanence…

Décrire ce qui vous percevez au moment d’écrire, sans interpréter, sans faire appel aux souvenirs, sans invitation. Juste le ressenti, peut-être la couleur, la lumière, les sons, la respiration, la température… Laisser reposer, puis revenir lire et mesurer ce qui a bougé déjà.

Et, ou refaire le même exercice au même lieu, dix minutes plus tard.

Plus radical : écrire quelques lignes de poésie qui viennent à l’esprit, en faire plusieurs petits feuillets que vous glisserez au hasard de vos promenades dans les boites aux lettres de personnes inconnues. Acceptez de ne pas savoir ce que deviendront les mots, peut-être détruits, affichés un temps dans une maison, conservés avec interrogation…

Écrire un court poème, puis le recouvrir d’encre liquide jusqu’à ne plus voir les mots.

Sur une plage, ou dans le limon au bord d’une rivière, écrire un mot et revenir les jours suivants…

Des idées ? Une envie de partager vos créations ? N’hésitez pas !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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