Une nouvelle brève qui raconte un souvenir de vacances.
Tu ne me croiras jamais. J’ai vu une scène horrible. Je ne m’en suis pas encore remis. Un truc affreux, j’en ai encore le dégoût à la bouche. Vraiment ! Rien que d’y penser j’en frissonne encore.
C’était tout près du village de mes parents. Enfin, là où nous allons pour les vacances. Tu sais ? Ils ont une vieille maison toute en pierres. Je t’ai envoyé des photos non ? Tu les as vues ? Je les ai partagées. Il y a des billets pas chers en ce moment, du coup même si c’est pas l’été, je suis parti les rejoindre. J’en avais trop marre de la ville. Bref, je vais là bas. Mon père faisait la tête comme d’habitude. Ça ne m’étonnerait pas qu’ils divorcent comme les tiens. Mais ça on s’en fout.
Le deuxième matin, comme il faisait rudement beau je me suis dit que c’était l’occasion d’essayer mes nouvelles chaussures. Tu vois, celles que je viens de recevoir. Trop stylées. Elles tiennent vraiment bien le pied et s’accordent au sac et au blouson que je t’avais montré la dernière fois. J’ai fait une affaire. C’est de la marque.
Du coup, j’ai carrément décidé de faire une petite randonnée. Une heure quinze quand-même ! Ça grimpe. Je connaissais le chemin, je l’avais fait avec les parents. Ma mère m’a saoulé, il fallait que je vérifie si j’avais de la batterie et que je fasse attention, il y a une petite falaise, comme c’est humide, on peut déraper. Trop stressée la mère. Je vérifie mon trajet, je me mets en piste.
J’aime bien traverser le village. Tu as toujours des petits vieux sur leur banc juste à côté du cimetière. On dirait qu’ils attendent leur tour. Et la boulangerie ! Mais elle n’est ouverte qu’un jour sur deux je crois. Elle était fermée, comme ça pas de tentation, surtout avec mon régime.
Ce qu’il y a de bien c’est que le chemin fait comme un petit circuit, tu traverses le village, tu grimpes la montée qui contourne une sorte de petite montagne, tu passes dans un hameau avec quatre ou cinq maisons, on dirait qu’elles sont du Moyen-Âge. Oui, au début ça grimpe et après ça redescend tranquille.
Franchement, c’est trop joli, tu pourrais venir un jour. Au début tout se passe bien. J’ai croisé un marcheur avec un gros sac à dos, il avait dormi dehors. C’est stylé mais pas pouvoir se doucher le matin, je pourrais pas et avec les températures en ce moment, il ne risquait pas de pouvoir se tremper dans le lac. Oui, il y a un petit lac et l’été on peut nager. On se salue, je continue.
Je me gorge de bon air pur. J’ai même vu une sorte de rapace, une buse ou un aigle, j’y connais rien. Ça grimpait, je commençais à m’essouffler mais tout allait bien.
Je pensais que le hameau était plus près. En vrai, ça faisait plus long que prévu, mais de toute façon, je n’allais pas rebrousser chemin, autant finir. J’arrive au niveau du hameau et là, presque toutes les maisons étaient fermées. En fait, ce sont des maisons de vacances. Toutes, sauf une. La plus près du chemin. Assez grosse. Et là j’ai bien vu que les volets étaient ouverts en grand. Le soleil éclairait bien la terrasse pour la saison. Je n’avais pas le choix, pour passer, je m’approche, tranquille.
Et c’est là que ça s’est passé. C’est là que je l’ai vu direct. Assis à la table, tout près de la fenêtre grande ouverte, bien éclairé par le soleil, il y avait un type.
Tu devineras jamais : ce type portait un gros pull en laine et j’ai bien vu qu’il mangeait du poisson.
La trouille que j’ai eue !
Je te prie de croire que je suis rentré en courant.
Ma mère à tout de suite vu que je n’étais pas dans mon état normal. Le temps que je reprenne mon souffle, me douche et me change, je lui ai tout raconté.
C’est elle qui a appelé la gendarmerie.
Ils sont allés là bas pour l’arrêter. Il paraît que la semaine d’avant ils en avaient chopé un qui faisait griller de la viande. Les gars, ils profitent de la basse saison pour se planquer et bouffer des sentients en cachette. Je te dis, il y en a qui méritent la peine de mort !

Un mot en retour ?