Je n’écrirai pas son nom. Il a suffi que je dise « son nom » pour que tu devines de qui je parle. Le totalitarisme c’est ça. Comme l’autre répugnant qui exigeait que l’on se salue en l’invoquant. Lui, il veut que partout son nom revienne, chaque jour dans les médias comme sur des lieux et des objets. Omniprésent. Alors nous pourrions décider un jour seulement sans dire son nom. Si cela passait à travers le vaste monde comme un mouvement, cela le désignerait dans l’abîme de sa vacuité et de sa solitude toxique et sombre. Surtout cela ouvrirait l’espoir de nous en émanciper.
Il est partout (et l’on se souvient du torchon « Je suis partout »)
Sur toutes les lèvres des journaux parlés et télévisés, dans la Presse papier, les réseaux sociaux, les pancartes de manifestations, les titres de livres.
Il est sur des tours, des immeubles, des terrains de golf. Sur des institutions, des bateaux de guerre, un avion de chasse… mais aussi des bouteilles d’eau, des baskets, des casquettes, de la vodka, des vêtements, des jeux de société…
Nous avons tous connu des enfants de quatre ans qui apprenant à écrire leur prénom s’essayaient partout, sur les murs, le sable, les cahiers…
Pour que l’on dise son nom, il est prêt à intervenir à tout moment, faire du bruit, dire des choses horribles un jour, leur contraire le lendemain, faire la leçon, choquer.
Sa signature immense a besoin de trente traits de plume pour la compléter dit-on.
Et voilà que nos cerveaux tétanisés semblent s’habituer et même mieux, cherchent à quel moment on entendra ce nom. Pour en dire du bien ou du mal, peu importe. Il devient le feu des préoccupations, il vient s’immiscer dans tout événement aux quatre coins du Monde comme un Dieu que l’on invoquerait.
Refuser de dire son nom ou de l’écrire un jour donné
Imaginez la respiration, l’émancipation, le souffle d’air.
Pendant un jour convenu à l’avance, 24 heures, on ne dirait pas son nom, on ne l’écrirait pas, on masquerait les écrits l’évoquant. Aucune conversation ne porterait sur lui, aucun article, aucune photo ne le présenterait.
Ce serait comme s’il n’existait pas. Un immense et vaste voile de silence sur son nom.
Et ne plus dire son nom l’empêcherait d’exister et de mal agir.
Car le toxique narcissique qu’il est ne tiendrait pas, maintenant que son cerveau est lui même corrompu et intoxiqué d’autosatisfaction.
Peut-être même qu’il péterait un câble ou s’effondrerait.
En larmes.
Il tenterait d’appeler mais son nom ne s’afficherait pas sur l’écran des smartphones.
Avouez que ce serait chouette, qu’on se sentirait mieux, on découvrirait la possibilité de s’intéresser à d’autres personnes, à faire œuvre de fraternité et d’attention.
Peut-être même qu’on y prendrait goût et que l’habitude se développerait.
Peut-être qu’un jour même en le rencontrant, s’adressant à lui, les personnes perdraient l’habitude de dire son nom et finiraient par l’oublier dans son coin.
Voilà, je suis fier de mon idée.
Ne reste plus qu’à choisir une date !

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