Ce n’est pas tout à fait une radio intérieure mais sous la douche, en marchant, au volant, en faisant le ménage ou en jardinant, elles viennent presque malgré nous et nous les chantons. D’où viennent les chansons qui remontent sur nos lèvres ? Pourquoi certaines ressurgissent-elles à tel ou tel moment ?
Le tube de la radio
La radio, la publicité… Une chanson écoutée peut revenir parce que plus tôt nous l’avons goûtée et nous y revenons. Certaines se font plus insistantes que d’autres.
Ce n’est pas forcément une chanson plus appréciée qu’une autre, juste un refrain qui s’est coincé dans la mémoire, une formule, une mélodie insistante… C’est la puissance du slogan publicitaire : « Heureusement qu’il y a F…. » « Quand je fais de la purée M…«
Il y a déjà de quoi s’interroger sur la puissance de ces chansons ou de ces « bouts de chansons » qui s’impriment mais si elles viennent à l’esprit, c’est que souvent nous venons de les entendre.
Comme des remontées
Non, ce qui me frappe plus, ce sont ces chansons ni chantées, ni entendues depuis des lustres et qui soudainement reviennent et s’imposent.
Certaines, ce ne sont que des bribes, des réminiscences. En général la mélodie domine. D’autres se déploient étonnement et l’on découvre qu’on les avait en mémoire bien mieux qu’on ne le pensait.
Il y a cette émission à la télévision qui repose un peu sur ce principe, mais les gens ont travaillé leurs compétences, se sont entraînés.
Pour ma part, souvent au volant, quand je suis captif, une chanson revient : pourquoi elle ? Souvent c’est une chanson aimée, écoutée autrefois… mais pourquoi revient-elle à la façon des songes la nuit ?
Que vient me dire ce refrain ? Comment se fait-il qu’il puisse me revenir si bien ? Pourquoi lui ? À ce moment précis ? Pourquoi la cerveau vient-il puiser dans cette espèce de sonothèque intime ?
Souvent une chanson en appelle une autre dans une association que je ne sais pas forcément décrypter. Un enchaînement mystérieux.
Il y a ce mélange de plaisir et d’étonnement.
On cherche à creuser, ça ne revient pas. On laisse venir, la chanson défile parfaitement. Une autre se glisse…
Mémoire d’aphasique
Lorsque ma mère perdit le langage suite à un AVC, ce qui lui revint le mieux d’abord, ce furent les injures. Puis les mélodies de chansons. Comme nous les connaissions, nous pouvions chanter les paroles avec elle et elle nous rejoignait progressivement.
La mélodie possède cette prééminence sur le langage mais les paroles restent liées. Si j’oublie la musique d’une de mes chansons, c’est à défaut de solfège, la page écrite qui me permet de retrouver l’air (une association entre la disposition du texte, sa visualisation et la mémoire de la mélodie et des harmonies…).
Racines
Ce qui me revient le mieux ce sont les chansons apprises dans l’enfance : par dessus tout les vieilles chansons françaises puis des chansons marquées très fortement d’un point de vue affectif notamment au moment où je devenais jeune adulte. Principalement celles d’Anne Sylvestre (pour les adultes) ou de Jacques Bertin…
Bizarrement, lorsque la mémoire me présente une chanson à fredonner, c’est très rarement une de mes propres chansons.
Dans une moindre mesure des poèmes reviennent, des morceaux de tirades… ce sont alors des textes qui possèdent leur propre musique.
Affectivité
C’est certainement à des périodes ou des moments particuliers que des chansons me viennent à l’esprit.
Des moments de fatigue douce, de déprime ? Pas forcément. Des moments après des épreuves personnelles ? Possible, mais pas seulement. D’ailleurs les moments joyeux sont nourris de chansons.
Certaines, je les fredonne comme pour m’accompagner, me rassurer peut-être, presque me consoler… D’autres viennent souligner l’état dans lequel je me trouve, qu’il s’agisse d’un sentiment joyeux ou plus triste…
Il arrive qu’un lieu suggère de chanter : une pièce qui résonne, la pleine nature, la présence proche d’un torrent m’incite…
Pensez à l’artisan qui sifflote en travaillant, au travailleur des champs. Si parfois c’est un choix conscient qui l’anime, dans bien des cas, la chanson s’est imposée d’elle-même.
Alors, vient la question de savoir depuis quand l’homme chante-t-il à côté du langage parlé ? Depuis quand a-t-il aimé ses propres mélopées ? La poésie fut souvent chantée, dite comme une mélopée…
Et l’on pressent toutes les fonctions du chant : ce chant qui encourage, nous parle de nous-même, nous relie au souffle, à notre passé, nous guide vers autrui.
« Les chants des hommes sont plus beaux qu’eux-mêmes » disait Nâzim Hikmet. Et Bertin chantait ça si bien que la chanson me monte souvent aux lèvres.
Et vous ? Avez-vous comme moi des chansons qui vous viennent aux lèvres presque à votre insu ?

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