Je renonce à une carrière de général


Bicorne

·

4–5 minutes

Je fus tenté. Le discours de notre président aimé devant les zinfints de la patrie frappa tant les esprits. Partout j’entends la France unanime et ravie ralliée à son chef des armées de terre, de mer, du ciel et de l’espace. Je sais que beaucoup m’auraient vu. Certains seront déçus.Mais j’ai dû abdiquer et j’explique pourquoi je renonce à une carrière de général. C’est irrévocable.


Raison numéro 1 : la place est prise, y a eu méprise

Un jour, -véridique !- je reçus une lettre de félicitations pour mon intervention à la télévision. Un quidam de Belgique m’avait trouvé brillant. Il m’écrivait en me donnant du « Mon général ».

Il était très sérieux et ne se moquait pas. Il m’avait trouvé en tapant mon nom (avec délicatesse) sur les internets et m’écrivait avec tant de passion pour me féliciter que mon teint naturellement pâle rosit. « Mon général ». Avais-je été promu à mon insu au sommet de notre belle armée ? Un frisson me parcourut l’échine avant que je ne me reprenne et mon sexe retomba flasque.

Las, y a maldonne, si je suis bien Vincent Breton, j’suis point général cher correspondant, vous confondez.

En effet, il existe déjà un général Vincent Breton. Il présente bien, il est brillant, incontestablement. Mais imaginons un seul instant : il n’y aurait point usurpation mais confusion, risque de concurrence…

Aurais-je pu me contenter de n’être que colonel ? Il le fut un jour. Il y avait là une gênance indépassable à moins qu’il ne se démette lui même en ma faveur et se retire quelque part pour écrire des vers…

Raison numéro 2 : je ne suis resté que deux jours à Tarascon

J’étais jeune et peu large d’épaules. Petit instituteur fragile mais déjà avec des charges de famille, on m’envoya à Tarascon vérifier ma musculature et tester mes aptitudes intellectuelles. L’heure était venue de servir la patrie.

Déjà j’aurais préféré la matrie, mais bon. En ce temps là, Tarascon bien que désertée de son Tartarin était une ville assez maussade qui sentait la tannerie.

L’ambiance à la caserne était assez affligeante. Il fallait marcher sur une ligne blanche de la porte A à la porte B située à environ 5 mètres et ne point déroger. Certes mon sens de l’orientation n’a jamais été mon fort mais il eut été difficile de se perdre.

On nous passa des films pour nous expliquer combien l’URSS menaçait notre chère patrie. Derrière un rideau des officiers espionnaient nos réactions afin de repérer les éventuels espions mais leurs pieds dépassaient.

La soupe était claire et le pain dur. Entre tests, films, analyse d’urine, il fallait deux jours pour passer de porte en porte, de salle en salle.

La nuit, dans des chambrées où nous étions entassés comme des prisonniers, l’oxygène manquait autant que l’hygiène. On entendait des cris. Des garçons criaient « au viol ! » – véridique encore – et la testostérone emplissait tout d’une homophobie aussi franchouillarde que visqueuse.

Ah, oui, des soldats étaient passés et pour quelques francs auraient accepté de rallumer les lampes une demi-heure après l’extinction officielle des feux.

Pour faire régner l’ordre des engagés tournaient autour des bâtiments avec de lourds gourdins. -Véridique !-

Il était clair que je serais mort assez vite dans cet univers et d’un commun accord malgré une première erreur de tampon, l’officier en charge de la validation me déclara inapte, sous-homme et me renvoya dans mes pénates.

Ce fut une sorte de divorce à l’amiable. Chacun vivrait sa vie de son côté.

Raison numéro 3 : mais où est le prestige de l’uniforme ?

Non parce que je veux bien mourir pour l’honneur. Enfin, à la rigueur. Et plutôt pour la liberté que pour un drapeau, mais pas dans ces combinaisons immondes, ces espèces de chasubles informes dont les couleurs sont tout de même problématiques ! Mais qui a dessiné ça ? Quel couturier a osé ? Dites moi que toutes ces tenues affreuses ont été achetées sur Shein ! Ça pue la haute trahison.

Il fut un temps où les uniformes étaient chamarrés. Certes parfois un peu voyants, mais ils avaient le mérite d’aider à distinguer l’ami de l’ennemi.

Franchement, je suis pas à cheval sur la mode, mais il y a un minimum. Et là c’est la coupe qui a fait déborder tous mes vases à espoirs.

On ne peut pas gagner la moindre guerre avec des tenues pareilles !

Conclusion

Je renonce. D’abord je suis vieux. Ensuite ce n’est pas avec de tels jouvenceaux qu’on va appâter Poutine. Ce n’est pas avec cette comédie qu’on fera des choses sérieuses et surtout ce n’est pas en assénant des mots vides et creux qu’on se situera du côté clair des valeurs.

Avoir un ennemi c’est commode, l’énerver un peu aussi. Non pas qu’il faille minimiser les dangers, mais cesser de jouer les petits coqs nous grandirait un rien.

Donc non merci ! Et je regarde avec intérêt tous ceux (et celles ?) qui courent et applaudissent l’air grave, prompts à envoyer les autres défendre un drapeau oubliant la Liberté et la nécessité de faire civilisation en portant la Paix comme valeur première.

Mais bon, je le concède, en temps de paix, on ne vend guère de canons et les gens ont des revendications, c’est vite agaçant. Pour certains.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.