Trois poétesses


Louise Michel, Louise Labé, Marceline Desbordes Valmore

·

3–5 minutes

Trois poétesses pour cette journée des poèmes lus à l’ombre : Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore et Louise Michel dont certains ignorent qu’elle écrivait aussi des vers.


Trois poétesses

Ce n’est pas seulement un choix subjectif et forcément restrictif, ce sont les trois premiers textes qui spontanément me sont venus à l’esprit. Un autre jour, je ferais sûrement un autre choix.

Avec Louise Labé, je vois forcément l’émancipation et la liberté amoureuse. Avec « Celle qui ne rit pas » peut-être ce droit de ne pas être comme les autres, attendue dans la joie. Avec « La Source » poème écrit en prison, le lien fort de Louise Michel à la nature qu’elle voit soumise par l’homme et son aspiration à l’égalité. Voilà un poème « révolutionnaire ».

Playlist Audio
  1. La Source
  2. Celle qui ne rit pas
  3. Baise m’encor

Je me suis amusé à improviser une version chantée de « Celle qui ne rit pas ».

musique et chant Vincent Breton

Les textes

Louise Labé (1524 – 1566)

Baise m’encor, rebaise-moi et baise

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé , Sonnets

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Celle qui ne rit pas

Heureuses pastourelles,
Qui cherchez, sous l'ormeau,
Des lits de fleurs nouvelles
Et la fraîcheur de l'eau,
Par vos danses légères,
Appelez-vous mes pas ?
Faites rire, bergères,
Celle qui ne rit pas.

Ruisseaux, où mes compagnes
Brûlent de se revoir,
Coulez de nos montagnes,
Rendez-leur un miroir :
Votre onde, qui soupire,
Attirera mes pas ;
Ruisseaux, faites sourire
Celle qui ne rit pas.

Comme les hirondelles,
J'ai chanté le printemps ;
Mais je n'aurai point d'ailes,
Quand fuira le beau temps...
Ah ! si ma douce aurore
Revenait sur ses pas,
Elle rirait encore,
Celle qui ne rit pas !

in Romances 1830

Louise Michel (1830-1905)

La Source

Sous la fenêtre au noir grillage,
Sans cesse on entend couler l’eau.
On se croirait en un village
Où doucement chante un ruisseau,
Ou bien dans les bois, sur la mousse,
Ouïr la source claire et douce
Qu’aiment le pâtre et le troupeau.
Ô source, coule, coule,
Coule, coule toujours.
Ainsi roule la houle,
Ainsi tombent les jours.

La nature, féconde mère,
Abreuve le tigre et l’agneau.
Ils apaisent leur soif entière
Sans jamais tarir le ruisseau.
Le soleil est à tous les êtres ;
Les hommes seuls donnent des maîtres
Aux bois, à l’herbe des coteaux.

Quand la neige couvre la terre,
Les loups hurlant au fond du bois,
Devant leur commune misère,
Ont les hasards pour seules lois.
L’homme, sur la grande nature,
Pour quelques tyrans la capture,
Burlesque et naïf à la fois.

De toutes les sources du monde,
La seule que rien ne trahit,
Qui, par bouillons, s’élance et gronde,
C’est le sang coulant jour et nuit,
Par les monts et par la vallée.
À ses quatre veines, saignée,
La race humaine, sans répit,

Elle saigne, elle saigne encore.
Et la goule société,
Sans cesse, du soir à l’aurore,
De l’aurore au soir, la dévore,
Horrible de férocité.
Et nul encore, sur la mégère,
Afin de délivrer la terre,
D’un bras assez sûr n’a frappé.

Pourtant, la fourmilière humaine
Manque d’abri, manque de pain.
On sait que toute plainte est vaine
Des petits qui meurent de faim.
Toute révolte est enchaînée.
La terre semble abandonnée
Au privilège souverain.

Ah ! que vienne enfin l’anarchie !
Ah ! que vienne l’égalité !
L’ordre par la seule harmonie,
Le bonheur dans la liberté !
Voici se lever, sur le monde,
Une époque grande et féconde,
Les jours d’un séculaire été.
Cesse, ô source sanglante,
Coulant depuis toujours
Monte, houle géante.
Tombez, heures et jours !

(Prison de Vienne, mai 1890)

Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.