Les illusions perdues de Pauline Bayle et peut-être les miennes retrouvées au festival de théâtre de Figeac. Voilà le roman de Balzac mis en scène sans trahison, avec modernité en évitant de sombrer dans les pièges de la mode. Les deux-heures trente sont vite passées…
L’espace investi
À l’instar de l’Abolition des privilèges vue l’autre jour, ou même d’Une cérémonie, les acteurs vont jouer avec le public, lui parlant, s’y déplaçant… Une partie du public a été invitée à s’assoir sur la scène, directement autour du plateau, quelques chaises restant réservées aux acteurs.
L’arrière plan de l’Église du Puy offrait un décors forcément inspirant.
Un mot sur ce public, fait toujours quasiment uniquement de vieux bourgeois. C’est très bien qu’ils aillent au théâtre. Ils sont parfois insupportables dans la file d’attente notamment. Tentant de doubler en douce. Offrant de belles embrassades à quelque connaissance puis l’incendiant une fois éloignée. La pièce avant la pièce.
Au delà, mon petit refrain : mais où sont les familles de la région ? Où sont les jeunes ? À chaque fois, il faudra poser la question. Les jeunes, ce sont les acteurs sur la scène, les vieux dans la salle. C’est un peu comme si on perdait de la sève de ce qui allait être donné.
De la performance à bonne économie
Il y avait à mes yeux un problème de sonorisation de certaines voix, un peu chuintantes. Je sais qu’il est difficile de tenir longtemps sans micro, surtout de longs textes. Mais enfin, si la technique est appelée, elle doit être impeccable, surtout à l’extérieur.
L’éclairage présent est resté sobre. Les costumes aussi, relativement intemporels permettaient à la troupe de changer rapidement de rôle. C’est une pièce où les acteurs marchent beaucoup au risque que cela semble gratuit mais la dynamique est là. On se lève, on sort sans fioriture, on surgit du public, les acteurs passent d’un rôle à l’autre avec une précision qui fait que l’illusion est parfaite. Tout est bien dessiné. Le mouvement est en cohérence avec le texte… Et c’est beau. Ça va bouger beaucoup et même danser sans que cela ne frise à l’intermède superfétatoire comme c’est trop souvent le cas.
On sent la bonne odeur de troupe de théâtre. Les acteurs jubilent, se renvoient la balle et nous sommes émerveillés. Et respectés.
Allo Balzac ?
Le texte est là. Les dialogues sont à la hauteur de l’œuvre. On ne retrouve pas tout le roman mais le jeune héros aux traits féminins, justement incarné par une jeune femme. Ici, la critique caustique est exemplaire, mais on nous épargne des démonstrations trop appuyées pour faire lien avec l’époque actuelle.
Le parisianisme, la compétition, la célébrité… Nos influenceurs imbéciles n’ont rien inventé, pas plus que les « pseudo-experts » cooptés sur les plateaux de télévision.
J’ai aimé la place faite aux femmes dans le spectacle…
Au delà de la critique du système, Pauline Bayle sait pointer avec Balzac la responsabilité individuelle et poser la question du choix. Comment prendre sa place en restant fidèle à ses valeurs ? Comment réussir sans s’asservir, se trahir, trahir autrui ?
Preuve que la pièce était forte, vingt-quatre heures après je reste encore empli de son climat, de ses échos.
Nota : Pauline Bayle est en charge du théâtre public de Montreuil. À lire, une critique qui corrobore mon point de vue en apportant d’autres détails.
Mais bon sang, où ai-je mis le roman ?

Un mot en retour ?