Il y a un problème avec le théâtre


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5–7 minutes

En rentrant hier soir, dans les lacets de la route de Figeac, je me disais ça : il y a un problème avec le théâtre. Vous me direz il y a un problème avec la société toute entière. Mais tout de même, quitte à forcer le trait je me demande si le théâtre n’est pas en train de mourir avec son public.


Un problème avec le public

Si parfois je vois des jeunes, souvent des scolaires poussés par les profs – et c’est tant mieux-, lorsque je vais au théâtre comme au concert classique, j’ai l’impression de me retrouver dans une sortie du troisième âge. Un troisième âge plutôt aisé ou cultivé. J’avais l’impression de faire partie des jeunes…

Certes c’est très bien que les vieux s’amusent et fassent marcher le commerce, mais où sont les jeunes ? Que n’a-t-on fait pour qu’ils viennent, restent et reviennent ?

Adolescent le théâtre m’a sauvé la vie. Il m’a sauvé de difficultés sans nom. Et c’est en assistant en classe de cinquième à un Scapin donné par le Théâtre Demain d’André Rousselet que je fus subjugué au point de vouloir écrire et monter sur scène à mon tour avec les copains tant j’avais compris tout ce que l’on pouvait libérer de soi et dire aux autres…

Les pièces que je vois en ce moment ne me donnent ni l’envie d’écrire du théâtre, ni de monter sur scène. C’est cru mais c’est ainsi. Les spectacles que j’ai pu voir cette année, je les ai déjà presque tous oubliés, à l’exception peut-être de « À l’Ouest » avec le collectif Bajour.

Je me demande si voyant le théâtre d’aujourd’hui, si j’avais 13 ans, je trouverais l’envie de voir des pièces, jouer, écrire…

Des acteurs virtuoses et performants

On ne peut pas dire, les acteurs d’aujourd’hui sont bien formés. Ils savent prendre leur place, chanter, jouer de la musique, danser et faire des acrobaties s’il le faut. Ils sont vifs, intelligents, souvent cultivés… Ils sont performants. D’ailleurs ils se donnent tellement à leur performance qu’il est impossible de leur en vouloir. Ils savent prendre leur place dans le groupe, leur technique est parfaite.

Mais je ne suis pas certain qu’ils « incarnent » la chair humaine. Trop souvent j’ai vu des « performances » dont on dirait qu’elles sont faites pour un « scroll » d’Instagram, faire du buzz, obtenir des like, susciter l’adhésion…

Encore plus après le confinement, on dirait que le théâtre ne sait plus où se poser, à qui s’adresser…

Une cérémonie

La pièce du Raoul Collectif ouvrait hier soir la saison du festival de théâtre de Figeac. Un festival repris par la communauté de communes. La préfète du Lot et des élus étaient là. Le public était sagement installé sur ses coussins. En ce qui me concerne, sachez que je ne mets pas sous mes fesses des coussins inconnus, trop risqué. Il faudra aussi qu’on lance une grande campagne contre les méfaits de l’halitose, nous étions pourtant en plein air. Je n’aime pas être entouré de vieux, on devrait obliger au mélange des âges. Une devant moi demandait sans cesse des explications. Il faudra que je me surveille pour ne plus sortir le moment venu.

Je n’ai pas l’habitude de dire du mal d’un spectacle et encore moins des acteurs. Mais je vais en dire.

J’ai trouvé sur France Culture une critique que je pourrais reprendre mot pour mot. Elle est assez nuancée et pondère mon agacement.

Ce spectacle j’en suis certain plait au public. C’est une vraie performance. La scénographie est parfaite… Les comédiens ne se ménagent pas, y compris physiquement. Ils ont construit le texte ensemble. Ils savent chanter et jouer fort bien. On a droit à de belles envolées lyriques et poétiques. On rit. L’absurde est là… La provocation rappelle celle du bouffon du roi. Le texte s’autorise des références. Mais la longue digression avec Antigone ressemblait un peu à un exercice scolaire. D’ailleurs ce spectacle ressemble à un curriculum vitae visuel où les acteurs viendraient nous montrer, « regardez tout ce qu’on sait faire ! on est brillants « . Et ils le sont !

Je n’ai pas trouvé d’empathie. Pas de personnage attachant, pas d’humanisme entre eux ni vers le public. Le désespoir mérite d’être mis en scène. On peut le pousser. Mais alors il faut y aller.

Le cynisme lui est délétère. Dire le désespoir oui, désespérer autrui, non !

Des imbéciles on applaudit et même manifesté leur soutien quand à la fin du spectacle de petits panneaux ont été posés sur des chaises pour soutenir la Palestine. J’ai trouvé ça insultant pour les palestiniens. Pas comme ça, pas à ce moment là. Installer des petits panneaux pour flatter le bourgeois et lui laisser croire qu’il a vu du théâtre engagé n’était qu’une belle illusion. De la démagogie. La véritable subversion est souvent beaucoup plus subtile et surtout mérite d’être incarnée. Si on s’engage, on ne reste pas à la porte de l’engagement. Ce spectacle ne nous fait jamais entrer dans le sujet, il le dit lui-même mais alors il aurait fallu qu’il sache laisser entrer l’humanité des personnages.

Une fois le spectacle terminé, il me reste quelques images en tête,trop peu, mais surtout il reste du bavardage dont je n’ai pas même retenu un moment, une tirade émouvante.

Un problème d’auteurs ?

Où sont les grands auteurs de théâtre d’aujourd’hui ? Les Jean Anouilh puisque la pièce citait Antigone, Bertolt Brecht,Beckett, Giraudoux, Sarte ou Camus ? Aujourd’hui on a qui ? Rambert ? Melquiot ? Pommerat ? Pauline Peyrade ? D’autres encore. Oui. À la même hauteur ? Certainement des plumes se cachent dans l’ombre qui ne trouvent pas à être jouées. C’est comme côté chanson française pour les Brassens, Ferré et Magny des temps actuels… on attend.

Il y a peut-être un problème d’auteurs qui n’osent plus investir le théâtre tant le conformisme a tout mangé. Et puis ce n’est pas rentable, il y a si peu de petites salles. On ne va pas faire une troupe comme au temps de Poquelin !

On ne voit pas de théâtre à la télévision, les scènes sont restreintes… et je regrette forcément le temps où Marcel Maréchal, Peter Brook ou d’Ariane Mnouchkine portaient (porte encore pour ce qui la concerne) ce théâtre généreux qui savait être populaire et engagé sans être démonstratif, qui n’était jamais désespérant mais au contraire venait nous chercher dans notre humanité.

Le théâtre va-t-il mourir ?

Et renaître autrement de ses cendres ? Peut-être que je ne comprends juste rien encore de ce qui se transforme.

Il n’empêche, où sont les jeunes dans cette histoire ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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