Un moment collectif heureux ?


13 juillet 2025 repas collectif

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3–4 minutes

Quand le récit médiatique met en avant une société morcelée et divisée, était-ce une illusion que cette soirée du 13 juillet 2025 à Cajarc ou un véritable moment collectif heureux ? Si je n’aime guère la foule craignant toujours qu’elle empêche les individus de penser et choisir leur vie, d’où vient pourtant ce sentiment d’être touché par un bonheur à se retrouver « gratuitement » pour la fête ?


Une poésie populaire ?

Des flambeaux, une banda, des jeunes, des vieux. Une résolution et une énergie douce, entrainante,dans la simplicité. Un lieu dont le groupe va s’emparer déambulant dans le village à la nuit tombée pour y reprendre ces airs que tout le monde connaît sans savoir toujours les nommer… Des gens d’ici, beaucoup, des gens d’ailleurs. Pas de tri, pas de code vestimentaire (excepté pour les musiciens). Une douceur dans l’air. Une tradition qui semble ancrée, quelque chose entre retrouvailles et rencontres, une générosité dans le partage… Faut-il nommer tout ça ? On est là pour le 14 juillet, mais ce n’est que le 13.

Si je peux marquer le rythme, je ne sais pas spontanément me laisser aller comme ces adolescentes qui osaient crier et sortir d’elles-mêmes. Mais leur joie est contagieuse…

D’où vient cette joie ? Pourquoi je peux la trouver si proche du désespoir et malgré tout rassurante ? L’exutoire comme substitut à la colère, la tradition au service du conformisme, si tout le monde est bienvenu, si la fête n’est pas feinte, ce serait être bien naïf que d’en nier les limites…

Si l’on grattait un peu, si l’on interrogeait les gens, on trouverait probablement beaucoup d’électeurs d’extrême droite dans cette foule réunie. Il faudrait aussi savoir qui ne se voyait pas défiler, qui n’est pas venu.

La retraite aux flambeaux passait devant les restaurants où nombreux étaient attablés. La banda y faisait parfois des haltes. Les convives venaient saluer aux fenêtres ou faisaient signe depuis les terrasses, saluant celles et ceux qui peut-être n’auraient pas eu les moyens de se payer un restaurant en famille. Était-ce le peuple qui venait saluer la bourgeoisie laquelle lui rendait son amical salut ? Pourtant, aucune opposition, pas l’ombre d’une division dans le verbe… tout au plus l’impatience à peine retenue de quelques automobilistes qui devaient attendre pour passer ou changer de route. Loin, loin tout ça de 1789…

Les lampions

Petits enfants sur les épaules de leurs pères, magie des lampions, rythmes marqués de la fanfare… Dialogue entre la banda et le public, accélération du rythme, tous étaient ensemble dans la petite bulle de leur famille, de leur colonie de vacances, de leur vie et tous progressaient ensemble vers la rivière où allait être donné le feu d’artifice. Forcément touché par l’ambiance douce, je l’étais tout autant par l’indéfinissable mélancolie intemporelle qui passait d’épaules en épaules… Toute cette vie humaine posée en chants, en espoirs, en fragilités.

Le banquet

La retraite aux flambeaux, le banquet organisé par le « football » local (et non le rugby tiens…) et puis le feu d’artifice et puis le bal hélas sans musicien présent et vivant. Rituel. Tradition. Spectacle partagé. Le lien entre les uns et les autres… La petite banda ne voulait plus quitter l’espace.

Le feu

Sans surprise, et peut-être rassurant à cause de cela. Pourtant le feu d’artifice c’est déjà quelque chose du passé. Une fusée tombée sur le toit d’une maison manqua de l’enflammer. Mais c’est beau un feu d’artifice sur un pont. Le village est relativement petit mais il s’affirme dans la vallée. Il y aura eu du monde cette année. Les gens veulent faire la fête.

Émotions

Au milieu de la foule, j’étais dans cette ambivalence, partagé entre des émotions positives, goûtant toute joie et plongé dans le même mouvement dans cette mélancolie d’un monde révolu… Je ne sais toujours pas si c’était quelque chose de pleinement ressenti par les participants, d’une sincérité pure ou juste quelque chose de factice et conformiste où des adolescents auront été trainés pour faire plaisir à la grand-mère… et malgré tout,ils auront eu plaisir à être là.

Et nous avons si peu de moments collectifs où nous pouvons être heureux ensemble sans arrière-pensée.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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