Il y a des jours comme ça, non, je n’ai pas rien fait. Mais je suis resté dans la salle d’attente. En juillet j’irai revoir au théâtre »En attendant Godot« . Je n’attends pas de diagnostic. La canicule me donne l’excuse de me confiner à l’ombre. C’est un cycle invisible et silencieux de la vie qui ferme une époque, en entrouvre une autre. Ce n’est pas qu’affaire de patience, mais de recomposition intime et il faut savoir laisser la pâte monter…
Habiter sa pensée des gens aimés
Certains sont loin. Entre les pudiques, les revenus de leurs aventures, les fidèles qui savent et tant d’autres. Les fidèles, les amis, ceux-là ne demandent pas de compte-rendu. Mais je les tiens au chaud de ma pensée comme on veille sur la flamme d’une bougie. Ce courant qui les traverse fonctionne à l’énergie singulière de leur différence. Nous en avons fait du chemin !
J’ai pour eux la même tendresse que Poucet pour ses frères.
Puis celles et ceux à qui je suis redevable.
Jusqu’à ces anonymes qui parfois ont jeté leur regard dans le mien et que je n’oublierai jamais.
Dans la salle d’attente, celle des moments en apparence perdus, chaque visage est là, souriant ou grave qui me tient et me retient.
Je sais que d’autres oublient.·
Le couvercle de la canicule.
Le cerveau à petite vapeur titube un peu. Les gestes se font moins exacts. Pourtant dans l’étroitesse du bureau la tête veut apprendre inlassablement. Je cherche le code sous le bloc. L’influence d’une virgule. Ce qui se refuse… Comprendre si je peux comment ça marche. Parfois, il faut tout déshabiller en secret, démonter et tenter de remonter les pièces… Alors c’était si simple ? Ou trop compliqué.
Dans cet état d’ébullition le cerveau laisse remonter des morceaux de la mémoire et s’égare. L’empirisme de l’autodidacte lui fait prendre de drôle de chemins.
Qui suis-je ?
Mon smartphone, machine addictive et abrutissante, m’envoie de drôles de messages. J’ai raconté cela aux gens de Mastodon.
Le soir, alors que je suis allongé dans mon lit, il m’indique souvent : « Retour en cours ».
C’est déjà bien inquiétant. Mais voilà que la machine à présent ne reconnaît ni mon empreinte pour l’ouvrir, ni même mon visage.
Ai-je changé à ce point ? J’ai noté sur l’agenda : « prévoir dans la semaine d’aller vérifier au miroir si c’est bien toujours moi »
Mais imaginons que fidèle à mon ami Arthur je dise : « Je est un autre ».
Tu imagines quand Izambard recevait ses lettres ? Savait-il qu’on n’oublierait jamais cette formule magique ?
Si je est un autre, l’autre est-il moi ?
Secouer l’arbre des écritures
Maintenant, à force de dire qu’on simplifie, il faut aller droit au but. C’est à dire approcher les choses rudes de l’écriture un peu plus sérieusement. Passer par le chemin des cailloux.
J’ai acheté de grosses chaussures pour les randonnées que je ne fais pas assez. Parfois mon pied dérape sous la bille ronde d’une pierre. Ne pas perdre l’équilibre. Écrire, c’est affaire de bonne posture, comme pour le jardinier. Sinon on se tord facilement un pied dans une relative.
C’est une affaire d’épaules. Tout bon écrivain trace le sillon de l’écriture avec ses épaules, il se fraye un chemin. Ceux qui écrivent avec leurs mains ne sont que de petits secrétaires convenus. Non, il faut pousser devant, avec ses épaules ou bien son dos. Un bon écrivain écrit avec son dos et ses épaules, il s’accroche avec ses hanches et tient ses jambes arc-boutées…
Pourquoi donc croyez vous que Victor écrivait debout ?
C’est ça !
Oui. Ça. Tu entends ? Marguerite, elle entend très bien ça. Elle a appris, non pas à être laide mais à ne plus pouvoir se revendiquer dans les canons du désir patriarcal pour écrire ses meilleures pages.
Mais pourquoi ?
Pourquoi dans cette salle d’attente ? Parce que tout simplement j’avais rendez-vous avec moi même.
Alors, ça excuse bien un jour de retrait…


Un mot en retour ?