Le soir, passent les rapaces


les rapaces

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2–4 minutes

Il n’est pas rare en ce moment de pouvoir les contempler. Le soir, passent les rapaces. Leur moment préféré, c’est lorsque le soleil commence à descendre et que ses rayons obliques font ressortir les détails. Ils voient tout, aussi libres qu’insaisissables. Et je reste tout petit, collé au sol.

Béotien aussi dans le domaine des oiseaux

Ce n’est pas tout de les reconnaître dans l’encyclopédie dépliée sur les genoux. Il faut savoir les identifier en plein vol. Celui là c’est un faucon, cet autre un aigle royal et l’enfant a reconnu le milan. Lui prétend que c’est une buse. Un gypaète barbu ? L’oiseau attend d’avoir 8 ans pour se marier et faire des enfants.

Et je n’y connais rien, ils vont si vite. Un battement, un coup d’aile, ils sont loin. Une certitude se dessine ? L’oiseau pousse en avant et franchit la barre du causse. Les falaises et leurs creux sont leur refuge. Je les reconnais avec peine, ils échappent plus surement encore à l’objectif tremblant de mon smartphone.

L’as-tu vu ? Non.

Pourtant.

Peur féline, indifférence canine

L’instinct signale à la chatte qu’on est mieux dedans. On ne sait jamais. On prête à ces bêtes une agressivité que la faim peut parfois réveiller. Mais que de bêtises ont été dites.

Galouballe

Le chien joue, trop motivé et captivé par la quête des balles. Chacun son addiction. Parfois dans le ciel, juste au dessus de la maison, un rapace opère une boucle savante comme s’il inventoriait les lieux, au cas où.

Les rapaces qui ont du métier voient tout, observent tout, nous décryptent. Mais ils sont bien au dessus de nos soucis de piètres jardiniers ou de joueurs de balle.

Un ciel de cinéma

Mieux qu’au théâtre mais il faut de la patience. Guetter qui va entrer en scène et donner son spectacle. De nombreux seconds rôles traversent le jardin : geais, mésanges et autres rouges-gorges injustement sous-estimés assurent en coulisse ou dans l’orchestre en attendant le passage du maestro.

 « Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l'air
Le plus beau vers
De la langue française.

Tiens ? Et voilà. Un « renvoi » de Monsieur Obaldia. Il est mort en 22 non ? Il avait 103 ans. On devrait connaître son œuvre par cœur et l’apprendre chaque jour dans les écoles et dans les collèges. Mais voilà, trop subversif ! Qu’était-il donc aller se perdre à l’Académie française ?

Une amie maligne s’amuse à guetter les allusions

Dans les chroniques, dans les textes, dans les chansons, je glisse des clins d’œil. Ce sont souvent des réminiscences. Des petits bouts, des allusions, des illusions.

On croit trouver un vers ou une formule géniale, ils sont d’un autre !

Parfois, elle montre du doigt :  » ça, c’est … « 

Non en fait. C’est comme pour les rapaces. Tu as cru le reconnaître pouvoir le désigner. C’était un autre, il est déjà parti, tu ne pourras rien vérifier.

Bien moins dangereux sont les oiseaux que les rapaces humains. Les griffes de ces derniers agrippent ce qui servira leur orgueil. Le rapace n’est pas orgueilleux mais il est fier d’être lui-même, fait pour l’aventure, les grands ciels au dessus de la vallée, la falaise où l’on peut s’accrocher discrètement en attendant que la lumière du soir, plus propice éclaire la future victime…

Le rapace est passé. Tu ne l’as pas vu. Tant pis pour toi myope terrien, reviens demain !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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