Sur fond d’incertitudes la routine me rassure. Mais l’accident peut me perturber grandement si je ne me suis pas rendu disponible à l’imprévu. Tout projet a besoin de régularité, d’habitudes ancrées et aussi de phases d’immersion, de centration. Mon habitus ne doit pas être un obstacle à la rencontre épanouissante, à sortir de ma zone de confort et de préjugés. Le chemin, c’est le sens que je construis au travers de valeurs éprouvées en tentant de les incarner sans me torturer, sans doxa figée. Mes failles peuvent m’aider à me définir dans une singularité assumée sans compétition, ni opposition.
Ce que l’on fait chaque jour
À heures plus ou moins fixe, on s’alimente, se lave, allume la télévision, travaille, appelle un ami.
Manger sans faim ou regarder un programme idiot n’a pas de sens.
Je n’ai pas appris la régularité du sport, pas réussi à l’intégrer autrement que par des formes de pulsions ponctuelles. Le besoin de mouvement, la météo favorable, une ambiance propice. Des excuses, on s’en trouve toujours et l’on procrastine.
Il arrive aussi que la procrastination protège de décisions hâtives, un peu enfantines, des impulsions sans intérêt, des risques inutiles.
Je dis souvent que ma vie est réglée autour de quatre axes : apprendre, créer, partager, prendre soin.
Ces axes peuvent s’interpénétrer (je peux apprendre en créant ou en voulant partager…).
Chacun d’entre eux comporte des temps de régularité nécessaire et des « plongées » en immersion pour approfondir :
- apprendre :
- je le fais par des temps dévolus, repérés, orientés où la répétition sera nécessaire
- je le fais par l’exploration, qui laisse place à la surprise, parfois à sérendipité… tout ne se programme pas
- créer
- difficile de créer à heures fixe, sur commande
- mais la régularité est nécessaire par exemple pour un projet long d’écriture
- et parfois l’ampleur ou l’intensité du besoin de création feront que je laisserai tomber le reste, les habitudes pour me centrer sur le projet, y plonger tout entier
- partager
- suppose des rendez-vous, des temps de retrouvailles
- suppose de la disponibilité à la réceptivité d’autrui
- prendre soin
- c’est savoir pour soi ou autrui être régulier dans l’entretien de sa santé, de ses relations
- c’est savoir être disponible dans l’urgence, improviser, réagir à bon escient
Naviguer entre ce qui me rassure et ce qui me motive
Une sorte de dialogue, de souplesse, doit s’établir entre ce qui me rassure, me sécurise et ce qui me motive.
Il faut que ce qui me rassure ne m’empêche pas.
Il faut que ce qui me rassure ne soit pas fait d’habitudes qui dilapident mon énergie, prennent de l’emprise sur moi en imposant une vacuité où mon vrai choix sera occulté.
Il faut cependant que mon enthousiasme ne m’envahisse pas au risque de me mettre en danger.
Je ne veux pas d’une vie monotone qui serait balisée jusqu’à ma mort. Il y a ce que je suis prêt à laisser pour l’aventure. Mais je n’ai pas le goût de l’aventure suicidaire.
Faire comme je le sens mais oser se pousser un peu
Un moment décisif que connaît le plongeur hissé sur le haut plongeoir, c’est estimer le danger puis oser se lancer pour trouver sa récompense.
J’aime aller au spectacle. Sortir pour sortir n’a pas de sens. Il n’y a pas d’urgence. Il y a le risque : celui d’être déçu. Il y a la chance : être heureusement surpris, faire une jolie rencontre.
L’ambivalence de nos choix est là. Selon les périodes, les cercles d’amis, les influences parfois nous engagent à accepter tel projet, telle sortie…
L’expérience – mauvaise ou bonne- nourrit nos représentations. Des goûts, des affinités vont se définir, s’imposer… Il faut que je ne me laisse pas dominer par mes goûts supposés.
L’habitude nous joue des tours
« L’habitude nous joue des tours, nous qui pensions que notre amour, avait une santé de fer » chantait Maxime le Forestier dans la Rouille.
« Rien n’est jamais acquis à l’homme… » disait Aragon.
Ce léger vertige pourrait effrayer, il est pourtant une chance. Celle de ne pas s’endormir sans avoir réfléchi à ce que l’on fera le lendemain.
Peut-être bien qu’il faut se faire une surprise par jour. Si tout ne se décrète pas, il faut donner à la surprise la chance de se révéler. Un simple tour de jardin et l’inattendu peut surgir. Prendre en mains le livre d’un auteur inconnu ou le temps de répondre avec attention aux questions d’un passant…
Se rencontrer
Au travers de l’ouverture au Monde, il y a la possibilité que l’on se donne de se rencontrer soi-même. Je continue de me découvrir dans mes élans, dans ma créativité, dans mes capacités d’apprendre ou d’être présent. Je peux me décevoir aussi quand je manque de force, de pertinence ou d’à propos, mais alors c’est qu’il me faut prendre le temps de comprendre ce qui s’est passé (ou ce qui ne s’est pas passé).
Ne jamais oublier que je peux et dois être mon meilleur ami et que je ne suis pas le centre du Monde. Heureusement pour le Monde et Moi !
Tout ferment de ressentiment doit être refusé pour que je m’accorde la chance de ne pas m’enfermer dans le désespoir irréversible.
« Alors, on y va ? « Zouc, dans le sketch « les courses » où une femme propose à son mari de faire les courses… mais elle veut lui imposer en réalité.

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