Et voilà qu’Hélène et Victor se retrouvent sur les chemins à bicyclette…
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Hélène. Je te retrouve presque mutine et joueuse. C’est vrai qu’avec tous ces événements tu as peut-être eu la sensation que je t’ai délaissée quelque peu. Jusqu’à présent, il y avait la fac, les copains et toi. Maintenant, il y a toi Grégoire, Stéphane, Adelin et Chien Jaune et la fac et les copains.
Tu es venue me chercher toute mystérieuse. Tu m’as dit de laisser mes affaires, qu’il n’était pas urgent de tout ranger maintenant. Tu m’as tiré par la main et conduit sur le terre-plein devant la maison et j’ai découvert que tu avais aligné nos deux vélos. Un petit panier est arrimé à mon porte-bagages.
— Tu crois que Chien Jaune peut venir avec nous ?
— On va traverser la route mais après ce ne sont que des chemins. Bien sûr qu’il vient !
Il est déjà là. Il fait des bonds comiques autour de nous. Le vélo, il trouve ça très drôle, il voudrait jouer et mordille mon pneu.
— Hé ho ! Pas question ! Allez hop ! En route !
Hélène est partie devant sans m’attendre. Je vérifie l’équilibre du panier. Je me demande ce qu’elle a mis dedans, c’est lourd ! Elle se retourne en riant et au lieu de ralentir, accélère.
— Hélène ! Attends-nous ! Je ne sais même pas où on va !
Surtout que nous franchissons un faux plat. Le chemin est herbu et les pneus mordent dans la terre humide et grasse. Il fait soleil, l’air est doux et les oiseaux s’en donnent à cœur joie. Hélène a passé un virage, je ne vois plus sa jupe bleue qui s’agitait devant moi pour me dire de la suivre. Je m’essouffle, je suis écarlate. Chien Jaune qui trouve tout ça très amusant, jappe sa bonne humeur vers moi pour me dire d’accélérer puis me lâche à son tour et file retrouver Hélène. Je maugrée qu’on m’abandonne. Mais où allons-nous ? La petite montée nous a fait grimper sur une sorte de promontoire qui surmonte un vaste espace ouvert sur de grands champs encore verts. Magnifique ! Je suis incapable de dire ce qui pousse là. Nul en agriculture. Il y a plusieurs nuances de vert. La nature sent bon l’herbe qui sèche.
Le chemin descend assez vivement maintenant et je réalise qu’Hélène est déjà loin devant. Je reconnais la touche bleue de sa jupe derrière un bosquet d’arbres et Chien Jaune qui galope avec les pattes écartées. Il semble voler au-dessus du sol. On se croirait dans ces tableaux anglais. C’est très beau, lumineux avec des lumières crues. Le ciel immense est bleu lui aussi mais pas celui de la jupe, quelque chose de maritime avec juste deux petits cumulus de printemps. On dirait qu’ils jouent à saute-mouton.
Et je freine des deux freins car avec le panier qui m’alourdit je dévale la pente au risque du renversement. Le cadre du vélo m’envoie des secousses dans les avant-bras, je vibre et grince jusqu’aux dents.
— Hélène !
Concentré sur le chemin et ses obstacles, je réalise que je l’ai totalement perdue de vue. Le chemin descend tout droit avant de décrire une boucle en épingle que masque la colline.
J’ai mal aux bras et la selle n’est pas confortable.
Je marmonne par-devers moi. Je passe le virage et la pente semble enfin être moins rude, on revient sur le plat, ça me convient mieux. Tout remonter plus tard risque de m’épuiser, je ne suis pas un grand sportif. Mais je ne vois plus du tout Hélène. Elle a filé. Elle est folle.
— Elle est folle ! Elle m’a laissé en plan ! Avec mon panier !
— Ah oui ? Elle est folle ?
J’entends un énorme éclat de rire et Hélène surgit avec Chien Jaune. On dirait qu’il rit aussi. Est-ce qu’un chien rit ? Oui, il rit, lui. Ils s’étaient planqués comme des gamins et semblent jaillir d’un buisson tels des diables de leur boite.
— C’est pas vrai vous étiez cachés ! Et toi le chien tu m’as trahi !
— Il est resté rudement sage. Il est drôlement intelligent, il comprend tout.
Hélène rapproche son vélo du mien. Je me suis arrêté. Elle est à ma hauteur, à moins de trente centimètres de moi. Je sens presque la chaleur de son corps et le sel parfumé de sa transpiration. Sa poitrine soulève sa chemise blanche.
— Hé mais ! Tu m’as piqué ma chemise en plus !
— C’était celle que tu portais hier, j’aime bien avoir ton odeur sur moi.
Hélène, je ne sais pas si tu joues où si déjà certaines idées te traversent.
— On se remet en route ? Le lac n’est plus très loin.
Le lac ? Je ne savais pas.
Nous continuons notre chemin à une allure beaucoup plus tranquille. Hélène roule à mes côtés et c’est une impression absolument délicieuse. Chien Jaune nous double, puis s’arrête pour vérifier que nous le suivons bien. Je ne sais pas combien de temps nous roulons comme ça, cinq, huit kilomètres. Hélène ne dit rien, elle a le visage presque grave et pensif. Je lui lance des petits regards, elle m’inquièterait presque. Je lui demande si tout va bien. Elle hoche positivement de la tête puis soudainement elle arrête son vélo. Je freine et me replace à son niveau.
— Tu m’aimeras toujours ?
Quelle drôle de question Hélène.
— Je t’aime
— Mais toujours ?
— Pourquoi ne t’aimerais-je plus ?
Je sens un désarroi. Elle a le regard de Chien Jaune quand je l’ai trouvé. Ce regard de l’abandon.
— Mais je n’ai aucune raison de te quitter, pourquoi es-tu inquiète mon amour ?
— Tu m’aimeras même si une autre personne t’aimait ?
Voilà une question bizarre. Que puis-je répondre, que dois-je répondre ? Est-ce qu’on sait si l’amour est éternel ? Je sais que je l’aime maintenant oui.
Hélène se hisse de nouveau sur la selle de son vélo et nous reprenons notre trajet presque lentement.
Heureusement que nous ne roulons pas trop vite parce que nous nous regardons dans les yeux et nous pourrions perdre l’équilibre.
— Ça va être là.
Et apparaissant derrière un petit talus, voilà que se dessine un lac. Enfin un si petit lac qu’on le prendrait presque pour une grosse piscine, mais c’est un joli petit lac cerclé d’un chemin de sable ocre, bordé de peupliers sur la droite avec une sorte de petite plage au fond à gauche.
— C’est joli ! Tu ne m’avais jamais parlé de ce lac Hélène. C’est joli, il y a du monde tu as vu ?
— Oh oui, c’est embêtant. On n’est jamais tranquilles.
— Chien Jaune ! Chien Jaune ! Zut, il court vers les gens, il va leur faire peur.
— Très ennuyeux ajoute Hélène sérieuse comme un pape.
Les gens, je viens juste de les reconnaître au bord du lac : Grégoire, Stéphane et sur une petite chaise, ma Grand-mère !

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