Comme un besoin de faire une pause


Saut de la Mounine

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3–4 minutes

Juillet tire à sa fin. Certaines maisons ont refermé portes et volets, des voitures sont parties. C’est ce bref moment entre le départ des uns, l’arrivée attendue des autres. On voit les gens du coin relever le nez dans cet entre deux. Une sorte de parenthèse où je n’ai envie de rien faire…

Mais je ne fais jamais vraiment rien

Remarque d’une amie. C’est vrai, à bien y regarder, si je m’octroie parfois une sieste, il y a bien longtemps que je ne me suis pas accordé ne serait-ce qu’une demi-journée de vacance complète, improvisant sans but, me reposant réellement.

Je me souviens de ces après-midis seul ou avec des proches, il suffisait d’une théière, d’une chaise longue et d’un peu d’ombre pour se laisser emplir des délices du farniente. Je ne sais plus faire ça.

Je suis à présent sur une sorte de qui-vive et les moments d’insouciance sont rares.

Penser, écrire, apprendre, faire…

Depuis petit garçon je suis celui qui se lève tôt tiraillé par des projets. Il faut que j’écrive quelque chose, que j’aille en chercher une autre, que je crée, fabrique, bricole…

Je me vois à cinq ans, déjà levé à cinq heures, m’agitant pendant la sieste des grands et tombant le soir dans un monde agité de rêves.

Adolescent, jeune adulte, oui, j’ai appris les joies d’une certaine lascivité, les bonheurs du bavardage, des confidences au bord de l’eau.

Puis, les aléas m’ont conditionné à la veille active parfois pour m’occuper d’autrui, parfois pour éviter de me retrouver seul face à moi-même et à la fuite du temps.

Lâcher prise

La procrastination a tellement été décrite comme la honte suprême que j’ai tout fait pour l’éviter quitte à trouver des subterfuges en m’inondant de priorités pour éviter la vraie.

C’est depuis peu que je m’accorde des droits à récréation et des droits à ne pas rendre compte.

Je veux m’accorder le droit de ne pas prévoir, de ne pas savoir ce que je ferai dans les jours qui viennent, non pas seulement dans l’idée d’improviser, plutôt dans celle de laisser l’impulsion du moment choisir, sans pression.

Il ne faut pas avoir peur de la page blanche, ni de la case vide à l’agenda.

Laisser juillet s’achever

Je veux laisser juillet s’achever. Je veux divaguer. Il faut prendre garde à ce que la fatigue n’impose pas sa dictature.

Il y a ces moments où manque l’amoureux, où le poil du chien Galou contre mes mollets me manque. C’est le premier été sans lui depuis quinze ans. Isis se cache quelque part dans un buisson, elle rentrera tout à l’heure en miaulant ses urgences.

J’ai trouvé des lunettes pour l’éclipse solaire du douze août.

Je dois laisser juillet s’achever sans chercher déjà de nouveaux projets, sans m’agiter, sans m’inquiéter de ceci ou de cela.

Dans le chemin, remontant derrière la maison, il y avait l’autre soir cette famille anglaise, des petits, des grands, qui chantaient tous en chœur. Bonheur contagieux. Je suis certain qu’ils rentreront chez eux en gardant un bon souvenir du pays. Je les ai tous aimés jusqu’à ce que s’évanouisse leur chant quand ils entrèrent chez eux. Ont-ils continué à chanter dans la maison ? Se sont ils accompagnés de baisers jusqu’à l’endormissement des enfants ?

Je fais semblant d’être d’ici. Je ne le suis pas plus qu’eux.

Je veux me dire que je ne vais pas réfléchir à ce que je vais faire dans ce qu’il reste d’après-midi, pas plus que je ne veux réfléchir à ce que je ferai demain.

Je viens de verser une citronnade fraîche dans mon verre. Je vais aller voir s’il reste une feuille de menthe.

Comme un besoin de faire une pause et laisser juillet s’effeuiller seul.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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