La salle applaudissait, je mourais d’ennui


Masque

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3–5 minutes

Une pièce encensée par la critique, une salle qui applaudissait de bon cœur la réelle performance des acteurs. Mais après cinq minutes, je me suis ennuyé. Applaudissant d’abord, mes mains sont restées dans le vide.

Un sentiment attristant de décalage

Peu importe la pièce.

Au bout de quelques minutes j’avais la sensation d’être le spectateur d’une de ces émissions de radio enregistrée en public où les animateurs plaisantent avec les spectateurs, évoquent les lieux, font lever les bras et chauffent amicalement la salle dans une ambiance bon enfant. En général on enchaîne des sketchs, on fait des allusions à l’actualité, ça se veut provocateur mais ça ne mange pas de pain.

Ça passe à la radio au moment du repas, ça divertit. Ça passe dans un café théâtre pour accompagner la boisson… Sur la scène, après les cinq premières minutes, l’ennui m’a submergé surtout quand le sketch tirant les mêmes ficelles devait durer plus d’une heure.

C’est très rare que cela arrive à ce point. La salle semblait s’amuser. Sans être pliée en quatre, elle répondait volontiers aux demandes des acteurs qui en rajoutaient.

Et soudainement, la sensation d’être en décalage, en surplomb, de trouver ça navrant, est venue m’envahir… Malaise. Un peu comme lorsque dans un repas de famille tu es censé rire avec les autres aux blagues racistes de Tonton Albert. Tout le monde rit, pas toi. Et tu es non seulement triste de voir Tonton Albert dériver, mais plus encore de voir comment il entraîne les autres.

Tiens au passage, dans ce spectacle, il y avait de vraies fausses blagues racistes qui m’ont furieusement rappelé certaines dérives. Car dénoncer le racisme avec humour suppose de la clarté et de l’attention dans le propos. Là, ils m’ont perdu.

Si j’avais pu me lever, je serais parti, mais je n’allais pas me singulariser plus encore…

Ce n’est pas grave, mais la sensation est déplaisante quand elle arrive. Cela souligne plus encore une différence de perception pas toujours simple à porter. Mais je l’assume. sans pour autant citer la pièce, on s’en fiche.

Le théâtre a un problème

Ce n’était pas tout à fait dans le même registre et pourtant, il y a un an presque jour pour jour j’écrivais « il y a un problème avec le théâtre ». J’évoquais déjà le problème d’incarnation, d’empathie et du texte.

On est plutôt bons pour la mise en scène, la performance d’acteurs tout ça… On a des acteurs engagés. Ils en voulaient ce soir. Mais le but de toute cette agitation ?

Pas de personnages, pas d’histoire, pas d’émotion et une écriture surtout laissant souvent à désirer.

Ce que j’ai vu ce soir, était bien joué mais sans enjeu, vide. J’ai à peine été distrait, et surtout rien ne m’a enrichi. La maîtrise du jeu y était, mais le texte ne permettait pas de l’habiter tant le propos était ténu. Quand Ionesco écrit « La cantatrice chauve » d’abord on se souvient des personnages, mais il avait quelque chose à dire, à en dire et il les rendait vivants, aimables. Il y avait de la critique sociale, de la critique du théâtre, une vraie critique du conformisme, le tout porté par une langue ciselée. Je ne dis pas que « c’était mieux avant » mais quand on se revendique de l’absurde comme veut souvent le faire le théâtre aujourd’hui, il ne faut pas le confondre avec des propos gratuits.

Ou alors s’agissait-il seulement de nous aspirer par le vide comme une démonstration pathétique du désespoir absolu dans lequel nous sommes ? La démonstration d’échec du théâtre à élargir l’horizon, à nous ouvrir vers le poétique ?

Une sorte d’autolyse théâtrale ?

J’ai d’autant moins d’indulgence quand on se targue de s’adresser à un public prétendument éclairé. La démagogie est pénible.

On a payé, il faut applaudir

Il n’y avait rien de scandaleux, du travail certainement… Un manque d’humilité de la part des acteurs qui ont sombré dans le cabotinisme, certes. On ne peut leur en vouloir, il leur fallait remplir la scène avec ce que le texte ne leur donnait pas.

Et le texte, il a été écrit pour être joué, accepté, vendu. Le produit doit être conforme, se montrer vif, se donner des allures disruptives pour plaire au public des festivals.

J’aurais voulu de la poésie et l’invention par les mots, être surpris…

Je suis parti comme un cavalier solitaire, triste d’avoir perdu ma soirée et de n’être en phase avec personne… Ça, j’ai l’habitude !

J’attendrai le prochain spectacle.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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2 réponses à « La salle applaudissait, je mourais d’ennui »

  1. Avatar de fourmiune

    @vbreton

    Ecouter les oiseaux … les merles c’est fini pour cette année (janvier / juin) mais il y a encore les loriots …. et bien sur decoder le rythme des tourterelles et des pigeons (tourterrelle en 5 temps , pigeon en 11 temps ) …… bonne ecoute 😉

    1. Avatar de Vincent Breton

      ce commentaire concerne-t-il cet article ? 😉

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