Une semaine sur Mastodon : quelle est l’ambiance ?


réseau social mastodon

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5–8 minutes

La question de l’ambiance sur les réseaux sociaux revient souvent compte tenu de la toxicité des grands réseaux commerciaux. Par sa structure même, Mastodon protège d’un certain nombre de dérives. Mais le climat peut varier selon l’instance et les modalités de régulation. Le rôle direct des abonné·es y parait plus déterminant qu’ailleurs.

Quelques principes

Sur le papier, toute personne disposant des compétences techniques, d’un serveur (et donc du financement derrière) peut créer son « instance ». Elle peut être strictement personnelle, ouverte à tout le monde ou pas etc. Chaque instance Mastodon utilise des protocoles partagés sur le Fédiverse et peut accepter ou refuser de se relier aux autres instances.

C’est la grande différence avec Facebook ou X qui restent chacun dans leur couloir et ne peuvent pas se relier.

La possibilité de se relier n’est pas non plus inconditionnelle : par exemple un instance peut choisir d’en bloquer une autre. C’est un choix de ses administrateurs qui fait que s’abonner à cette instance ne permettra pas de lire les messages d’une instance bloquée.

En France, une instance est placée sous la responsabilité de celle ou celui qui l’édite et doit donc respecter la Loi. Sur le papier ça s’applique aussi à X ou Facebook où pourtant on voit de graves dérives par exemples racistes.

Il faut garder en tête qu’une instance doit être financée pour vivre. Comme il n’y a pas de publicité, ce sont les dons qui vont permettre à une instance de tenir et se développer. Plus une instance est grosse, plus il faudra du monde pour réguler et des moyens techniques pour supporter la charge.

Sur Mastodon :

  • pas de publicité
  • pas d’algorithme sournois orienté par l’éditeur qui mettrait en avant les uns ou cacherait les autres
  • l’action de l’abonné·e et ses propres choix vont jouer

Rappel du schéma de publication d’un message

Le site Kafetal met en avant un schéma que je reprends ici et qui montre bien comment un message est visible ou pas. Comme le flux est chronologique, sa visibilité dépendra aussi du moment où il est publié. Tout le monde ne « remonte » pas son fil.

Le climat sur l’instance que je suis : piaille.

C’est une instance non spécialisée, francophone, ouverte à toutes et tous. Sur sa présentation on peut lire :

Piaille.fr est un serveur Mastodon créé pour accueillir les personnes souhaitant profiter d’un réseau social décentralisé, amical, francophone. Il permet de discuter avec toutes celles et ceux qui, sur piaille ou sur d’autres services de la fédiverse, échangent des messages, photos, vidéos etc.
La modération est active et transparente, visant à rendre ce lieu clair et sûr.

Piaille

Je ne m’y suis fait agresser qu’une seule fois par une personne toxique et insulter une autre. Je n’ai vu que quatre ou cinq fois des comptes « fake » qui se sont abonnés. Ce sont des personnes qui peuvent être intéressées, proposer des sollicitations sexuelles… On peut les invisibiliser très aisément, les bloquer, si besoin les signaler.

Sur cette instance, on ne voit pas de comptes racistes ou d’extrême droite ce qui repose. Dans l’ensemble les contenus qui pourraient être offensants sont bien masqués. La nudité est cachée mais hélas il arrive que des images de personnes mortes, y compris des enfants soient montrées sans précaution.

Les échanges sont en général conviviaux. J’y ai observé peu d’arnaques sauf parfois des tentatives d’appel à la charité peu fiables notamment ces temps derniers autour de la cause palestinienne fortement défendue sur cette instance.

Comme points positifs je dirais :

  • un sentiment général de sécurité
  • la possibilité de découvrir des informations politiques, sociales, culturelles originales et intéressantes
  • des interactions plus axées « coopération » et échanges sincères que compétition ou mise en cause

L’ambiance y est plutôt de gauche, humaniste, sensible aux problématiques écologiques ou progressistes. Mais, à l’instar du climat social, les échanges n’échappent pas aux contradictions, aux divisions internes. Parfois un discours militant sûr de sa vérité n’admet aucune contradiction, ni la moindre mise en cause. J’ai cessé de suivre un certain nombre de comptes qui n’apportent rien avec des discours réducteurs et totalitaires.

Le ressentiment qu’il soit de droite ou de gauche, reste du ressentiment. Si le racisme est absent (à peu près), la tendance au clivage, au classisme ou à la discrimination sociale peuvent vite assécher l’espoir d’échanges intéressants et constructifs. Il peut exister des effets de groupe. Manton Reece évoque bien ça sur son blog.

Je reviendrai plus tard sur l’idée qu’en tant qu’abonné·e nous contribuons au climat. Si un message m’énerve trop… je passe mon tour !

Quelles interactions ?

Ce qui est important c’est qu’une instance Mastodon ne fonctionne pas sur des algorithmes secrets même si l’impact d’un partage ou repost sur un message peut accroître sa visibilité.

Je note parfois que des anciens messages que j’ai publiés peuvent être mis en favori ou partagés bien après leur publication.

J’ai migré un temps mon compte piaille vers le compte du site. Ça m’a permis de voir que sur mes 550 abonné·es d’alors il y avait pas mal de comptes « dormants » ou inactifs depuis parfois plusieurs mois. Certains sont des lecteurs discrets, ont publié un ou deux messages puis ont cessé… À contrario une poignée de comptes que je suis sont très actifs et pourraient être considérés comme des sortes d’animatrices ou animateurs du réseau. Certaines personnes peuvent adopter comme partout une posture descendante et ce c’est pas le syndrome de l’imposteur·e qui les envahit ! Comme partout, c’est à chacune chacun de savoir prendre de la distance et de se refuser à la compétition ou à la vaine querelle.

De beaux échanges

J’ai découvert des artistes de grande qualité : plasticiens, photographes, poètes et poétesses, des autrices et auteurs… Certains animent leur fil avec humour et dérision, semblent très présents. D’autres partagent des publications, des articles et alors le fil Mastodon devient un bon outil de veille.

Je regrette parfois que certaines personnes produisent des messages longs qui s’enchaînent sur un long fil à étages pas simple à lire : il serait mieux que ces personnes tiennent un blog et partagent un lien vers leur article.

Si je suis quelques sites d’information, j’attends surtout de Mastodon qu’il m’informe de ce que je n’ai pas déjà entendu ailleurs.

Le recours aux mots clés permet de retrouver des thèmes qui m’intéressent, on peut aussi faire des listes etc. Mais cela dépend de la façon dont les personnes utilisent ou pas les mots clés dans leurs propres publications.

On voit quelques robots publiés ou reposter automatiquement des messages. Il semble que certains comptes soient écrits par des machines comme ailleurs et c’est dommage. Leur contenu est en général pauvre.


Au passage, il faut rappeler que si on ne se sent pas à l’aise sur une instance, on peut déménager vers une autre en faisant migrer son compte. C’est à dire que sauf blocage entre instances et refus des abonné·es il sera possible de continuer à suivre qui on suivait et de retrouver les personnes qui vous suivent. Certains préfèrent des instances très spécialisées en fonction d’une thématique etc.

J’ai quitté X ou Facebook il y a un moment et sans regret. J’ai tenté un retour vers Bluesky mais j’y retrouvais beaucoup de personnes suivies également sur mon instance et le climat me semblait plus froid. Je ne suis donc qu’un réseau social, avec intérêt mais distance.

Sans naïveté et sans y rester trop longtemps chaque jour, il me semble que l’on peut en tout cas ne pas se sentir en insécurité, trouver des infos intéressantes et de vivre de beaux échanges sur une instance Mastodon bien choisie.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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