Lecture douce et douloureuse. J’ai lu le livre par bribes, à petites lampées, pour le terminer hier soir alors que cela fait trois mois tout juste que Galou est mort. Énorme succès de librairie, prolongé par une bande dessinée, une pièce, un film… c’est peut-être trop, mais le texte raconte si bien ce que j’ai éprouvé que je pourrais souvent remplacer le nom d’Ubac par celui de mon vieux Galou.
Un accompagnement inattendu

Je n’aurais pas supporté un livre mièvre. Ce n’est pas non plus un simple récit linéaire. Il y a une écriture, un vrai ton, une ambiance. Sous la relation entre le chien et l’homme, il y a cette façon d’occuper le paysage. Ubac n’était pas un toutou de salon. La nature joue un rôle capital dans le livre. En cherchant ce qu’on en disait sur le Web, j’ai trouvé une interview apparemment mise en ligne hier (cliquer pour la voir) et une analyse littéraire d’Élise Nottet-Chedeville dont je ne nie pas les qualités scientifiques et savantes mais qui décortique le texte avec une telle acuité… que ça dissuade aussitôt de se lancer dans l’écriture. J’aurais lu ça avant de lire le livre, je ne l’aurais d’ailleurs pas ouvert !
Je ne sais pas si le livre doit être lu quand on a un chien ou quand on vient de le perdre. Je n’y ai pas trouvé de consolation à proprement parler mais plutôt été rassuré de mesurer que je n’étais pas le seul à partager ce ressenti.
On se dit alors, qu’on n’est pas tout a fait anormal.
Chacun fait son deuil à sa façon
Les humains que j’ai perdus, je ne ressasse pas à leur sujet. Ça occuperait mes journées. Avec Galou, il y a cette part de l’accompagnement partagé au quotidien qui manque. Les promenades dans la nature sont mêlées de sentiments contradictoires. Si je vais dans des lieux où nous allions, j’ai l’impression qu’il est là. Je lui parlerais presque où je l’attendrais pour le laisser humer un terrier ou se saisir d’un bâton… Les lieux que je découvre sans lui, je me dis souvent « il aurait aimé voir ça ». Je lis encore les paysages au prisme de son propre regard.
Mais il y a des lieux où les chiens ne sont pas admis, il m’est encore difficile d’y aller. Comme si j’étais devenu un peu chien.
Je ne suis pas retourné regarder les photos, mais il y en a dans mon téléphone qui s’affichent. J’avais montré ici Galou en jeux et en tendresses. Le mois dernier, je lui avais écrit une lettre. Je ne vais pas chaque mois m’arrêter. Mais trois mois, c’est proche et on dit « déjà ».
Isis la chatte, a changé de comportement. Elle occupe l’espace, accapare, réclame, multiplie les interactions, nul doute qu’elle ressent l’absence de Galou, comme une incompréhension sourde qui persiste. Elle aime de moins en moins rester seule, me suit au jardin, me reproche mes départs et fête mes retours comme un petit chien…

La relation avec « celui qui reste » est un rien ambivalente.
Si la famille est restée en retrait, les amis ont les mots justes. « — J’aurais aimé le connaître » m’a dit l’autre jour Alex qui possède aussi un chien et j’ai été touché par cette façon délicate de reconnaître la place du chien.
La chienne de la ferme
Je crois que c’est une chienne. Quand je rentre de Villefranche de Rouergue, je ne le fais pas par « la grande route » départementale mais par des chemins qui se perdent dans le causse. Il y a ce croisement, avec des chevaux, une ferme. Déjà, du temps de Galou, me voyant arriver, la chienne de la ferme, une grande bête, pas si jeune, un peu plus haute que lui, se levait, traversait la route pour venir saluer. Spontanément je me suis toujours arrêté ne serait-ce que par souci de ne jamais la heurter avec la voiture.
Jamais un aboiement agressif, mais toujours une façon calme et joyeuse d’accueillir. Une confiance dans l’humain.
Au début, Galou, se rendait compte et se relevait depuis le grand hayon où il était installé confortablement. Lui non plus n’aboyait pas, alors que d’habitude, il aboyait les autres chiens qu’il croisait, considérant l’auto comme sa propriété. Vers la fin, il ne se relevait plus.
Seul à présent, j’ai poursuivi le rituel. La chienne me voit, se relève, vient vers la voiture et je m’arrête. J’ai l’orgueil de croire qu’elle me reconnaît maintenant. Jusqu’ici je parlais à la chienne sans oser la caresser. Mais hier, je l’ai fait, elle n’attendait que ça. C’est le premier chien que je caresse depuis Galou. Poil doux, bonne tête. Un regard incroyable. Une tendresse. C’était idiot, j’avais l’impression qu’elle lisait en moi et savait parfaitement que j’avais eu un chien et qu’il n’était plus. Nous avons eu un bel échange, une vraie communication. À la fin je lui ai expliqué que je devais repartir et qu’elle devait faire attention aux autos qui roulent parfois vite. Elle s’est écartée tout en me regardant m’éloigner. C’était beau comme au cinéma. J’ai une amie de plus. En rentrant j’ai senti l’odeur de son poil sur la main. Ce n’était pas l’odeur de Galou. Mais mon cerveau en tira une étrange satisfaction.
Non, il n’y aura pas d’autre chien. Pour tout un tas de raisons. Mais je ne vous promets pas que je ne reparlerai pas de Galou un jour ou l’autre.
Alors que je ne rêve quasiment des morts, il m’est apparu l’autre jour dans mes rêves, venant me chercher dans la chambre, comme pour me retrouver et me consoler. J’ai senti parfaitement sa truffe humide et la douceur de son poil.

Un mot en retour ?