Nous lisons souvent des sondages à propos des priorités supposées des français. Selon une chaîne d’info, « En un mois, la protection de l’environnement est devenue la quatrième priorité des Français, alors qu’elle se trouvait à la huitième place le mois dernier ». Prendre le pouls de l’opinion est une chose mais créer les conditions d’un débat serein et étayé en est une autre.
Il n’y a pas de revanche des enfants de Cassandre.
Le mauvais réflexe de certain·es, serait d’affirmer haut et fort « on vous l’avait dit, vous n’avez pas voulu nous croire. »
La stratégie serait mauvaise si l’on espère enrôler.
« Ça te servira de leçon ! » disait-on autrefois au petit garçon qui en réalité n’en avait cure et se cherchait déjà des excuses.
René Dumont avait déjà raison, on se fichait de lui ouvertement. Tout juste si on ne le traitait pas de vieux gâteux avec son col roulé rouge.
Le technosolutionnisme soutenu par le pouvoir économique se marie aisément au déni. Comment ? Vous n’avez pas la clim chez vous ?
L’idée de progrès c’est comme la croissance, un leurre si on se contente de penser en chiffres et en courbes ascendantes.
Chercher des coupables ne sert à rien
La question n’est même plus d’aller chercher des coupables et de vouloir les traduire au grand tribunal de l’Histoire humaine. C’est une perte de temps. Il faudra agir pour réduire le pouvoir de nuisance d’un système économique qui nous conduira à notre perte s’il ne change pas mais en déplaçant la révolution dans la mise en actes, non en coupant symboliquement des têtes. Et puis le sang c’est salissant.
Analyser les causes, en mesurer les conséquences, débattre et décider collectivement
Avant de s’accorder sur les solutions qui ne consistent pas seulement à réparer ou reconstruire, il faudrait qu’un véritable débat puisse s’installer dans le pays. Un quoi ?
Un débat qui malgré tout prendrait le temps de croiser l’expérience de la vie quotidienne, en la contextualisant avec ce que peut nous dire la science. La science, pas les experts de plateaux télé.
L’aménagement du territoire par exemple est une question majeure. Les géographes devraient être invités à élucider ce qui fait nos paysages.
Quand on loue ou achète une maison, on reçoit des éléments relatifs aux risques concernant la zone. Mais cela reste comme théorique, éloigné. Les candidats aux élections locales ou nationales évoquent peu ces questions.
Le développement économique d’une zone par exemple, est vu au simple prisme des retombées immédiates en taxes ou en emplois. Les conséquences sont envisagées a posteriori et rarement dans une véritable approche systémique qui prenne en compte les différents aspects.
Des priorités aux projets
La courte vue qui anime la vie sociale et publique aujourd’hui (déjà hier en réalité), voit les médias articuler leur propos sur une supposée opinion nourrie de sondages, comme un serpent qui se mord la queue et non sur une dynamique capable de relier les citoyens, l’État, le monde économique dans un projet partagé.
Nous ne partons pas d’une feuille blanche, mais il faut arrêter avec cette logique où l’on penserait qu’il suffirait de voter de nouvelles lois et ponctuellement d’attribuer des budgets en mettant chaque année les lignes en compétition.
Quand on va sur les sites des partis politiques, outre le fait qu’on voit rarement une véritable définition des valeurs, encore moins d’un cadre éthique, ce ne sont que des catalogues de mesures rarement articulées entre elles. Il n’a pas manqué de recherches pour démontrer pourtant les nombreux liens qui existent entre les différents choix.
Il ne s’agit pas de « prendre des mesures », il s’agit de s’entendre sur ce qui doit être prioritaire collectivement, à l’échelon économique et même individuellement. Il faudrait définir une démarche, s’accorder sur une une logique, quelques principes.
Le lien
Dans une société émiettée, où sa dispute, où aucun parti politique ou mouvement n’obtient l’adhésion de la majorité de la population, il peut sembler difficile de dépasser les logiques de confit, de compétition.
Les vieux logiciels sont à l’œuvre. La logique « majorité/opposition » avec la pseudo alternance, empêche de penser le long terme. Ce n’est pas l’élection qui devrait se faire à la proportionnalité mais l’exercice du pouvoir lui-même ! Si tu te présentes à une élection c’est que tu acceptes d’exercer des responsabilités, d’en rendre compte et de les partager.
Ma vision est évidemment utopiste même si l’Histoire nous a montré que de grandes avancées sociales ont été obtenues ainsi. Vive le partage du pouvoir et le mandat unique non renouvelable ! (Ah, ah ! oui je sais, je suis pour que ça tourne et qu’on se responsabilise partout.)
Dans tous les cas, la question est de savoir si nous serions capables de nous asseoir autour d’une table ou si nous continuons de penser pouvoir avoir raison contre les autres chacune et chacun de notre côté.
Sinon l’uniforme des pompiers vous le trouvez seyant ?

Un mot en retour ?