Mastodon se décline en autant d’ambiances que d’instances. Si l’on s’accorde à y trouver l’air plus respirable, cela tient à sa structure mais aussi à des bonnes pratiques qui tiennent à ce que l’on vient y faire et à la façon de le faire. J’ai déjà évoqué les interactions, on peut revenir sur les interventions quand on « poste » et leurs modalités dans un petit inventaire commenté.
Quels types de contenus ?
Si certaines spécificités concernent Mastodon, l’inventaire peut s’appliquer à la plupart des réseaux sociaux « généralistes ».
- La présentation #presentation : c’est souvent un message épinglé. Il est possible de l’actualiser au besoin mais on la rédige souvent au moment d’arriver. Ce n’est pas un CV, ça doit rester bref mais laisse entrevoir qui écrit.
- une interaction : j’ai listé 4 interactions principales et diverses actions possibles à partir d’un message lu.
- différents types de contenus (liste non exhaustive)
- une humeur, une impression, un trait poétique ou humoristique
- une alerte
- une information factuelle et il est mieux que ça ne reprenne pas ce que tout le monde a déjà lu ou entendu
- un retour d’expérience personnel qui peut engager au partage d’expérience, susciter une question…
- le partage à propos d’une recherche, d’un travail en cours
- l’invitation à la discussion, mais dans ce cas, il faut assurer le « service après-vente »
- la demande de solidarité ou d’entraide (en restant prudent avec le fait que brouteurs et arnaqueurs se manifestent y compris au prétexte de causes justes)
- une question sur un thème et le hashtag sera bienvenu
- un sondage : souvent utilisé de façon humoristique, ça n’a en réalité à mes yeux que peu d’intérêt si on se veut « scientifique »
- une image et il faut la décrire pour les personnes qui ne peuvent pas bien la voir (renseigner le alt)
- une vidéo
- un lien vers un article en évitant à mes yeux les liens vers les sites payants ou alors on résume le contenu
- un texte à vocation informative, littéraire, un poème, une fiction courte…tout est possible
- le fil thématique (thread) est pertinent si bien structuré, numéroté mais un enchaînement ne peut être archivé proprement, se mêle dans le fil aux réponses éventuelles : dans ce cas il me semble qu‘un article de blog avec un lien est beaucoup plus facile à écrire et à lire
Le bon ton
Que l’on poste ou réponde, il est très facile de mettre le feu rapidement. Sur Mastodon comme ailleurs l’affect compte.
C’est vrai que j’ai appris à ne plus réagir quand je lis des énormités. Certaines personnes transmettent parfois des informations erronées et même si on dispose d’un argumentaire solide, il est très difficile de compléter une information avec nuance ou de la contredire sans heurter ou vexer. On peut sombrer dans le ton professoral. Parfois, plutôt que « répondre », je poste un message distinct pour exprimer un autre point de vue…
Le pire ce sont les querelles de chapelle ou l’étiquetage des personnes…
Il faut éviter l’arrogance, le surplomb, le ton sentencieux. Facile à dire, on tombe souvent dans le travers malgré soi. Il y a des personnes qui disent des choses justes mais sur un registre de supériorité assez pénible qui me rappelle le poème de Miatlev « Ravages délicats »
Le citadin est imbu de sa supériorité
Et le paysan est persuadé de sa supériorité.
Le bourreau est tout sacré de sa supériorité
Et la victime est toute sainte de sa supériorité.
L’homme fourbe est tout savant de sa supériorité
Et l’individu vertueux se rengorge de sa supériorité.
L’artiste est convaincu de sa supériorité
Et le boutiquier se félicite de sa supériorité.
L’ouvrier se barricade de supériorité,
L’intellectuel s’électrise de supériorité… (extrait)
Répondre à celles et ceux qui répondent
Sans laisser enfler une dispute ou une polémique, il faut pouvoir répondre avec attention et respect à toute personne qui écrit. Avec certaines personnes, on échange souvent, on peut avoir une proximité, une sympathie naturelle. Il faut pouvoir se protéger des conflits. Ils sont rares sur Mastodon et en plusieurs années je pense n’avoir bloqué que deux ou trois personnes toxiques.
Le cas particulier du Content Warning
On peut pour soi même utiliser des filtres qui protègent et évitent de voir certains sujets. C’est à mes yeux la première démarche à effectuer si on est sensible à un thème particulier. On peut masquer par défaut ou interdire les contenus sensibles, mettre un compte en sourdine, bloquer un compte ou même bloquer une instance.
On peut également choisir si un message sera public (visible par tous), non listé (visible seulement sur son profil), réservé aux abonné·es ou à des personnes mentionnées.
On peut marquer les images comme sensibles et selon les paramètres les personnes ne les verront pas. Au passage, j’ai souvent noté qu’on cachait un sein mais qu’on laissait aisément des images de cadavres d’enfants…
On peut marquer tout le message comme « Content Warning » afin de protéger les lectrices et lecteurs qui pourraient être choqués, blessés ou voir des émotions douloureuses réactivées. Un CW n’autorise pas pour autant à ne pas respecter la Loi et le droit à l’image !
C’est un instrument utile et souvent nécessaire mais je vois trois points problématiques :
Le CW comme instrument de bonne conscience
Le CW devient un geste rituel de « vertu » plutôt qu’une attention véritable. On cache soigneusement un mot un peu cru derrière un avertissement, mais dans le même fil on laisse passer une image de corps mutilés sans broncher. C’est une façon de vouloir paraître sensible et attentionné alors qu’en réalité on ne prend pas soin de l’autre.
Cacher pour attirer
Le « CW : contenu choquant » agit parfois exactement à l’inverse de son intention déclarée : il crée une fenêtre, une promesse, une tentation. C’est le mécanisme classique de l’interdit qui exhibe ce qu’il prétend protéger. Bonjour Tartuffe ! Certains en jouent en proposant des contenus anodins.
La « chochotisation »
Ce n’est pas propre aux réseaux sociaux. Notre société violente, où l’on ne prend pas soin notamment des plus jeunes, est championne en cellules d’aide psychologiques. On joue trop souvent « les mijaurées » au lieu de prendre en compte les sentiments réels. C’est une culture où l’on confond la protection des personnes vulnérables avec la gestion administrative des émotions. On étiquette, on avertit, on catégorise, mais on ne demande jamais vraiment à l’autre ce dont il a besoin. C’est une forme de condescendance masquée en sollicitude. J’ajouterais qu’il peut même y avoir une auto-complaisance dans la victimisation et un enfermement qui a pour conséquence de nuire à la résilience. C’est d’autant plus marquant qu’on observe cette asymétrie révélatrice : les sujets qui dérangent politiquement ou sexuellement sont sur-avertis, tandis que la violence réelle, les guerres, les enfants morts, passent souvent sans CW.
J’ai tendance alors à ne pas proposer de contenus qui relèveraient d’un CW. Si ça devait blesser ou torturer une personne je m’en dispense, tout en acceptant aussi l’idée que chacune et chacun doit accepter d’être déstabilisé, renvoyé à ses émotions et surtout pouvoir les exprimer. Très souvent, il faut que « ça sorte » pour pouvoir être dépassé !
La nature même des réseaux sociaux est problématique. La plupart des personnes avec lesquelles j’échange, je ne les connais pas « en vrai ». En même temps, notamment en France, le monde est petit. Je me souviens de personnes qui avaient reconnu mon chien parce qu’elles l’avaient vu sur un réseau social (où va se loger la célébrité ?). Si nous observons les personnes qui nous suivent ou que nous suivons, les interactions se limitent à un petit groupe.
Il faut interroger la façon dont nous fréquentons un réseau : pour consommer ? pour découvrir quelque chose de nouveau ? pour voir ce qu’une personne qu’on apprécie a publié ?
Il faut réussir à être présent·e sans se placer en attente, en dépendance et surtout sans jamais se priver des interactions dans le réel dont on n’aura pas à rendre compte.
Y compris sur Mastodon, certaines personnes n’échappent pas à la tentation de la compétition. J’observe toujours le rapport entre le nombre de personnes qui suivent un compte et le nombre de personnes que suit le même compte.
Au fond pour préserver les choses, la principale question à se poser en « postant » un message c’est : pourquoi j’écris ça ?
Alors souvent, j’efface !

Un mot en retour ?