Quelques nuages roses

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ciel rose au couchant
2–3 minutes

Cette semaine je laisse le soin aux poèmes de me guider. Et puis le ciel sait à sa façon de ciel païen envoyer ses messages. Demain sera la journée d’adieux à Galou. Aujourd’hui c’était une journée d’abandon et de calme.


Hier

Promenade sur le causse

Pour ses pattes qui se blessent et se heurtent à la moindre pierre, au goudron… il fallait un lieu d’herbe, un champ de mousse, une vue. Il n’a pas eu le courage de grimper, il a humé et regardé le paysage au loin.

Nous avons marché si peu mais dans une communion et une confiance absolues.

Quand je passerai par là dorénavant, je saurai. C’est là que nous aurons fait notre dernière promenade.

Nous avons tant marché. Tant parcouru de kilomètres ensemble. Tant exploré de chemins, de plages, escaladé de montées, grimpé, descendu… Grâce à lui j’ai réappris à explorer le ventre des territoires secrets, à écouter la nature, guetter les oiseaux ou le passage des chevreuils.

Hier, il était heureux de humer, regarder au loin la brume sur le causse. Mais il manquait la force…

Aujourd’hui

Il n’aura presque pas bougé, à peine touché à la nourriture. Il s’abandonne devant le feu passant l’essentiel du temps à dormir. Marcher dans le jardin suppose que je l’accompagne, il chute si souvent, de façon si imprévisible et il reste au sol attendant que je le relève, presque impassible.

Même les balles, s’il s’en empare un moment, il n’a plus la force.

Et nous sommes restés de longs moments, sur le tapis devant le feu, tête contre tête. Il me respire et je respire l’odeur de son poil qui est resté doux.

Tout semble déjà se ralentir en lui.

Il ne saurait se projeter, je le fais à peine.

Je m’évertue à transformer la tristesse en tendresse.

Le téléphone me relie au monde des amis humains.

Je suis dans les gestes simples des choses qu’on range, des objets qu’on lave, mais ma pensée est toute tournée vers ce vieux compagnon qui va partir après un si long et si intense séjour. Mille histoires. Mille souvenirs. Et si nous les avons partagés avec d’autres, la plupart n’appartiennent qu’à nous.

Je lui ai appris les usages. Il m’a appris tant d’autres choses. Je n’ai pas terminé de le mesurer.

Peut-être ce soir voudra-t-il manger un peu. Je ne sais comment sera cette nuit. Ma fatigue viendra-t-elle se réfugier contre la sienne ?

Je retourne vers lui. Boire le lait de sa confiance et si je peux lui donner encore un peu d’apaisement.

Demain, c’est un autre jour, si loin encore.


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