J’ai tenté de causer du corps cette semaine. Le sujet est si sensible. Chacune, chacun reste sur sa réserve. Ne pas trop s’engager dans la danse. Le corps a ses raisons lorsqu’il parle à mon âme de ce qu’elle lui fait subir parfois. Les signaux, les petites douleurs, les perceptions et les effets du temps sur la machine. On s’avachit, on se redresse, on se replie, on s’élance, on tombe. Un jour l’homme a pris ce risque de se mettre debout et depuis il marche. Il explore. C’est peut-être avant le langage le premier signe de l’aventure humaine. S’il s’agit de marcher pour se fuir c’est raté.
L’intégriste nie le corps
Regardez bien à chaque fois, partout : à des degrés divers, avec des intentions et des pressions et des conséquences diverses, les religieux s’en sont pris au corps. Corps tondu, masqué, serré, circoncis, excisé, modifié, tatoué, voilé, accessoirisé.
L’athlète de son côté tire l’exploit physique jusqu’à la limite. On dit que le champion cherche l’exploit. Il cherche en réalité le moment où il sera en échec. Suprême masochisme.
Le salaud impose la torture ou le viol, ou les deux. Il s’empare du corps de l’autre pour fuir le sien. Se fuir.
La Mode à son tour s’est érigée en dogme et au prétexte du beau a voulu imposer une silhouette, une démarche.
Torture de l’anorexie du mannequin et son symétrique, le gavage du sumo.
Les militaires ont imposé le pas cadencé jusqu’au ridicule pas de l’Oie. Le « Garde à vous » est le summum de la bêtise et de la soumission.
L’uniforme que l’on veut ici et là participe de cette même démarche de mainmise sur le corps d’autrui et de négation de l’individu.
L’homme est un voyageur
Un jour l’homme s’est mis en marche, voyageur, explorateur. Tous les petits esprits, les « imbéciles heureux d’être nés quelque part« , ceux qui refusent l’étranger, ces graines de racistes, ce ne sont que des trouillards qui ont la peur de voyager, de découvrir, de se transformer en découvrant le vaste monde et l’autre. Ils ont juste peur de la Liberté. Alors ils sont prompts à en priver tout le monde.
Ou alors, ils n’acceptent que de coloniser l’autre, le plier à leur vision du monde où ils se pensent supérieurs par leurs us, leurs coutumes, leurs costumes.
Ils veulent expulser mais ils s’empêchent eux-mêmes. Ils se refusent à découvrir autrui. Ils ont la consanguinité comme vadémécum et réceptacle de leur manque de courage.
L’appel du corps
Mon corps veut du mouvement. Il n’aime pas que je me tienne des heures allongé ou sur ma chaise. Il aime la marche, l’escalade, l’entrée dans l’espace, la mise en scène. La rencontre.
Les émotions le traversent. Il les renverra à mon esprit pour créer quelque chose.
Il envoie parfois des signes d’impatience : « tu manges trop ! » « tu te stresses inutilement », « tu satures ! »
Le corps m’alerte. Mais avant d’aller chercher le médecin (je n’y vais jamais en vérité) , il faut que j’interroge ce que je fais : ai-je besoin de m’empiffrer, de m’épuiser, de me stresser ?
Le corps sait ce que j’aime. Il me sait.
Écouter son corps
L’inhibition c’est le contrôle, la régulation consciente et attentive du geste : empathie, valeurs, choix. Mes pulsions ne doivent pas submerger mon intuition. Je sais ce qui est bon pour moi. C’est cela bien habiter son corps.
Il faut accepter de se départir, changer de route, refaire, laisser… pour choisir d’être là où il faut avec qui il sera bon d’être pour esquisser,créer quelque chose de neuf.
Le danseur ou l’acteur qui bouge, les mains du pianiste, la voix du chanteur, les jambes du coureur, voici le corps instrument dans ce miracle créatif où l’unité de la triade corps, esprit, âme donne le meilleur de l’humain.
J’ai peur de ce corps qui vieillit. De ce qu’il me réduise dans l’image de celui qui ne peut plus. Qui ne pourrait plus aimer.
La peur bleue du vieux c’est de ne plus bander. Alors on a inventé le viagra et sa pilule bleue… Tiens voilà encore Tonton Georges et Fernande !
La question, plus que celle de l’érection, est bien celle du libre arbitre. J’espère pouvoir choisir le moment d’éteindre la lumière, le clap final. C’est cela la véritable préoccupation. Pouvoir continuer de marcher (l’autonomie qu’ils disent) et de me regarder ou me toucher afin de connaître mes propres délimitations dans l’espace.
Enfance
J’ai posé la question quelque part. Enfin, ce qui me turlupine, ce sont ces gens qui font tout pour masquer (étouffer) la possibilité de deviner l’enfant qu’ils étaient.
Peut-être qu’ils ne veulent pas avoir à rendre de compte à leur enfant intérieur ? Ils s’enlaidissent ainsi consciencieusement comme on recouvrirait sous la cendre le plus beau de soi. Pas la beauté édictée mais cette vérité de l’âme : le regard de l’enfant. L’espoir de l’enfant.
Un enfant ça voudrait toujours y croire, garder l’espoir qu’il pourrait s’envoler en agitant les bras.
Une nuit j’avais si bien rêvé que j’avais volé, que le lendemain matin j’ai tenté de m’envoler en sautant du lit. Je me suis salement cassé la figure mais je me suis dit : « j’essaierai encore, une autre fois ».

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