Autonome, pas rebelle, une espèce d’autodéterminé !

·

Avatar de Vincent Breton
Caussedeloin

Vous reconnaîtriez vous dans ce type de personnalité ? Alors, nous aurions quelque chose en commun. J’ai toujours respecté la Loi et je l’ai appliquée. Mais j’ai toujours refusé les ordres intrusifs, que l’on tente d’orienter mes choix personnels. Je fuis l’infantilisation ou la condescendance. Elles pourraient même me conduire à une certaine réactance si l’humour ne me sauvait pas de moi-même. Ce n’est pas forcément confortable ni applaudi. L’émancipation est un cheminement, pas une position. Elle doit être partagée.


Une affaire d’éducation

Une démarche plutôt qu’une méthode

Éveillant ma curiosité, la figure maternelle ne fut pas maternante mais sut m’ouvrir des possibles. Ainsi, si je pus apprendre à lire « seul » à l’âge de quatre ans, c’est bien parce qu’elle m’avait lu beaucoup de livres chaque soir, que j’avais repéré le lien entre ce qu’elle disait et les mots écrits puis que montrant les mots sur la page, elle avait accepté de répondre à la question inlassablement répétée : « — C’est quoi ça ? »

Au passage, je suis la preuve vivante qu’on peut apprendre à lire « globalement », le découpage syllabique étant venu à la fin de mon parcours pour valider selon la norme. Il n’y a pas un seul chemin pour apprendre par des étapes obligées même si certaines stratégies peuvent être plus efficaces que le seul empirisme. L’étapisme est une façon d’exercer une domination sur celle ou celui qui apprend et de le maintenir dans la dépendance.

Plus tard, c’est ma mère encore qui me demanda vers 12 ans si j’aimais avoir des chemises repassées et me montra comment me débrouiller avec le fer et la table. Elle me donna les outils pour me mettre en projet.

Grandir enfants, nous conférait de nouveaux droits et les interdits ou obligations étaient toujours explicités sans violence, ni punition. Je plaignais mes amis dont nombre étaient régulièrement tabassés et mal traités par leurs parents. Nombre de parents parlent de leur progéniture de façon souvent possessive, y compris adolescente ou jeune adulte, avec une condescendance assez détestable et une amnésie atterrante.

Féministe en actes, ma mère n’avait jamais caché la réalité de la pension paternelle payée en retard, les pressions des hommes dont elle avait appris à se libérer. Il y avait donc sous-tendue, une critique du modèle dominant. Cela m’enseigna à ne pas être naïf tout en trouvant les sources de confiance dans ce que j’allais construire ou réaliser grâce à mes essais.

Dans un autre contexte, le simple fait d’avouer ne pas avoir été baptisé auprès de mes copains dans la cour de l’école, constituait déjà une forme de subversion dont j’appris immodestement à me délecter tôt. L’impertinence, le choix assumé d’aimer qui je voulais et de choisir mes amis furent aussi des marqueurs. Mais je n’ai jamais accepté les étiquettes fussent-elles faussement bienveillantes.

J’ai pu avancer par appropriation active.

Cette démarche étant intégrée à mon quotidien, elle ne se faisait pas par opposition, ni par snobisme ou pour jouer les originaux.

À l’école, j’ai toujours préféré faire des exposés ou animer des ateliers qu’exécuter des exercices fermés sur eux mêmes. J’ai trouvé dans le théâtre expérimenté en petite troupe avec une bande de copains de quoi supporter les contraintes scolaires et mieux nous approprier « Les fourberies de Scapin ».

Plus tard, dans mon travail, si j’ai appliqué les instructions officielles c’était toujours en les utilisant pour créer quelque chose de nouveau.

La curiosité comme moteur m’a conduit à l’apprentissage et pour que celui-ci prenne sens en moi, il a toujours eu besoin de s’exprimer en création, en réappropriation puis en partage.

Chacune, chacun trouve son chemin plus ou moins douloureusement, il faut se frotter à la réalité. Il existe des personnes qui se pensent autorisées à diriger la vie d’autrui, à orienter les choix, prétendent savoir ce qui est bon pour les autres. Les conseilleurs de toute nature ne manquent pas. Les coachs aujourd’hui sont les nouveaux curés. Notre société reste très hiérarchisée malgré tout et fondée sur la compétition et la comparaison.

Je n’ai aimé le pouvoir que s’il permet d’agir dans une fonctionnalité claire, un rôle défini, un mandat, mais surtout s’il peut être partagé et favoriser l’émancipation.

Certaines personnes n’envisagent pas de sortir des chemins balisés et conformistes. D’autres pensent s’en émanciper en s’en extrayant systématiquement au risque d’y perdre leur dignité et de ne plus savoir prendre soin ni de soi-même ni d’autrui.

J’aime la règle écrite, extérieure à l’autorité individuelle, en ce sens qu’elle peut être confrontée rationnellement au réel, éprouvée, discutée et transformée si besoin par la revendication ou l’action sociale. Cela m’a très vite opposé à toute forme de pouvoir personnel et convaincu de m’imposer un travail éthique. La démocratie ça se travaille au quotidien.

L’autonomie réelle ne s’exerce pas tout seul

Comme lorsque jeune adolescent j’ai partagé avec la bande de copains la passion du théâtre, enseigner plus tard sera pour moi motivé par l’idée de permettre à mes élèves de devenir autonomes et de s’émanciper de leur destin. Ce qui est complexe face au déterminisme social.

Si j’exige d’être respecté, je suis attentif au libre arbitre de chacune et chacun. Cela passe par l’acceptation des différentes formes d’intelligences, la diversité des compétences. Un bon maître, un bon « manager »(terme que je n’aime pas beaucoup) c’est celle ou celui qui va aider chacune et chacun à gagner en autonomie, s’émanciper et créer à son tour.

Si je me dis autodidacte créatif, il faut que je permette à l’autre de l’être. Cela suppose rencontres, brassage, frottement d’idées, partages. Quand je partage poèmes et chansons, ou fiction, ce n’est pas pour me mettre en avant que dans l’espoir que « ça donne envie » à autrui d’essayer à son tour. Tout comme tenir un blog est mieux que de s’énerver sur un réseau social. Mais c’est à chacune et chacun de s’approprier les choses à sa façon.

Si je me dis autonome constructif cela témoigne de mon souci de ne pas tourner à vide. Il faut un peu de confiance en soi, en les autres, pour produire quelque chose.

J’essaie et je m’autorise à refaire, reprendre, changer d’avis. Il existe des contraintes, alors il faut en faire des opportunités de création. Cela suppose le refus du dogmatisme. Penser par soi même et se libérer de la doxa.

Autodéterminé, j’entends par là que la motivation qui continue de me donner l’envie de me lever matin, vient de l’intérieur. Il faut fuir le sentiment d’imposture. Les condescendants, les dénigreurs ne manqueront pas de vouloir imposer leur censure, leur bien-pensance, mais il faut les renvoyer à leur propre imposture avec détachement. Inutile de dilapider son énergie. Il faut refuser l’autodénigrement, s’assumer mais sans fierté ni orgueil ni volonté de vengeance ou inutile ressentiment. Il n’y a pas de supériorité à choisir ce chemin, juste une affirmation, une exigence.


J’aime innover de façon pragmatique, en expérimentant si besoin en prenant en compte les contraintes, les règles peuvent aider à innover, c’est une antienne connue en musique comme en littérature.

Je ne veux pas cesser d’apprendre, je travaille à la réactivation quotidienne de mes connexions neuronales, la passivité m’ennuierait.

Je ne voudrais pas mourir dans les ordres qu’on me donnerait, ni qu’on pense à ma place.

Et toi lectrice et toi lecteur ?

Es-tu du genre à aimer apprendre souvent par toi-même tout en créant ? Du genre à respecter les règles quand elles ont du sens, mais à les transformer pour innover ? Du genre à aimer partager sans forcément rechercher l’approbation ? Du style à ne pas aimer tellement les pressions externes ? Du style à te respecter et respecter les autres mais sans te soumettre ?

Boite avec un personnage rangé dedans

Interactions

Vos commentaires directs ou issus du Fédiverse

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.

©Vincent Breton — Vivons heureux en poésie !

Écoresponsable – sans cookie, sans traçage, sans IA. Présent sur le Fédiverse