À l’Ouest avec le Collectif Bajour

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spectacle à l'Ouest du Collectif Bajour
3–4 minutes

À l’Ouest avec le collectif Bajour. C’est du théâtre. L’Astrolabe propose une programmation qui mérite attention. Figeac n’est pas une grande ville. La petite troupe est venue de Bretagne et sillonne le pays. Le collectif possède à son actif un joli répertoire et venait proposer en ce mois de février 2025 un spectacle vivant et vibrant, une véritable œuvre collective, bien rodée, capable de fédérer. La jolie réussite !

Un collectif de collectifs

Bajour, c’est un collectif. La force de la troupe c’est de faire pack comme au rugby. Pas de vedette avec des faire-valoir qui graviteraient autour. De l’écriture à la mise en scène en passant par l’interprétation, c’est la force de ce spectacle, son énergie. Chacune et chacun à sa pleine place mais tous font bloc. Et cela colle bien avec l’histoire.

La pièce a déjà commencé

Les spectateurs en s’installant, ont-ils tous pris garde au fait que la scène était déjà occupée ? Ils sont là. Silencieux, sur leur plateau. Ce qu’ils font et parait n’être qu’un jeu anodin, une diversion en attendant l’heure, annonce déjà l’essentiel de la pièce. Je n’en dirai pas plus. Déjà dans leur rôle. Le décor est là. La lumière est encore dans la salle, les gens cherchent leur place et commentent à peine cette grande tablée où ces jeunes gens semblent se parler en convivialité.

Un public d’âges mélangés. Ce qui change un peu au regard de ces spectacles trop squattés par les vieux. Les jeunes en scène ont attiré des jeunes dans la salle. Pas mal de lycéens, d’adolescents, des familles.

Devant moi, juste devant, une gentille famille justement. Très jolie image d’un collégien tendre avec son père qui ne lui refuse pas son épaule. Cela peut sembler anodin. Les nouveaux pères sont là, capables d’être présents et tendres.

Ne pas déflorer le sujet

Il ne faudrait pas en dire trop long. Sur le plateau : une fratrie, un voisin. Leur point commun, être orphelins. Leur fraternité et sororité scellés. Trentenaires, ils ont un métier mais ne travaillent pas, pour être ensemble on dirait dans cette maison. Cette maison où ils sont liés, joyeux comme des frères et sœurs ayant gardé les jeux de l’enfance.

Unis au point qu’ils semblent échapper au monde dans cette maison qui est peut être une prison et à sa façon la source du drame.

Unis par la naissance, unis plus tard par le drame.

D’emblée, le public sera interpellé : ça risque de faire mouche. On est ou sera forcément concernés. Nous voici pris dans la boucle affective mais pas noyés dans le sentimentalisme. L’humour parfois caustique est là. Les clins d’œil évitent de s’enfermer dans l’anecdotique.

C’est une pièce résolument moderne mais qui ne s’enferme pas dans son temps.

Un spectacle vivant

Une très belle lumière, une bande son très travaillée, toute la pièce est millimétrée et animée par une chorégraphie jubilatoire. Tout se maille et se mêle avec efficacité.

La petite équipe est à son affaire. L’orchestration est bien menée. Les effets amenés dans un bon tempo qui sera soutenu pendant les quatre-vingt-dix minutes du spectacle.

Les acteurs savent jouer de la voix, du geste, du corps tout entier. Les silhouettes forment des tableaux presque dansés, le mouvement se dessine pour faire du spectacle une représentation très graphique. Ce sont des images que l’on va retenir. Une adaptation cinématographique est en projet pour 2026.

Le texte vif se tisse à ce qui est donné à voir et entendre. Peut-être ne tiendrait-il pas tout seul entre les mains. Il n’est pas fait pour ça. Il est acteur comme chacun des personnages. Ce n’est pas une pièce pour les imbéciles, mais ce n’est pas du théâtre pour les intellectuels. C’est exactement le type de spectacle qui m’aurait amené adolescent vers l’expérience théâtrale. Petite pensée pour André Rousselet et son Théâtre Demain qui en son temps provoqua cela…

Graines d’actrices et d’acteurs

Car j’en suis certain. Dans la salle, parmi les jeunes gens qui étaient là, non seulement les nombreux rappels ont prouvé qu’ils n’ont pas boudé leur plaisir, mais certains d’entre eux seront repartis avec l’envie d’essayer à leur tour, d’aller sur scène, d’aller jouer et improviser, d’aller « faire ensemble » du théâtre…

Car le théâtre, spectacle vivant, peut-être une belle maladie joyeusement contagieuse !

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