Le concert de trop ou une certaine prise de conscience ?

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la vallée du Lot près de Cajarc
5–7 minutes

Dans le balancement entre le poids de la torpeur caniculaire et le plaisir de pouvoir aller au concert à pied, hier soir, j’eus le sentiment que c’était le concert de trop. Une certaine prise de conscience. J’ai réalisé que j’étais à consommer du concert pris au piège de ce qui pourrait devenir une habitude non réfléchie si je ne me reprenais pas. S’abonner c’est risquer de manger sans faim et de tuer la magie. Hier soir je n’étais pas là où j’aurais voulu et dû être.


L’abonnement de trop

Depuis le début de l’été, j’enchaîne les spectacles. L’offre de festivals est riche ici. En traversant le village hier soir, j’ai même découvert une journée qui m’avait échappé où il est question de clowns, pourquoi pas.

J’ai déjà dit tout le bien que je pense du travail incroyable des associations qui mobilisent des dizaines de bénévoles pour que ces festivals vivent malgré l’absence de politique culturelle dans ce pays depuis bien des années. Cette semaine la découverte du festival en Bastides aura été la révélation et un bonheur.

J’ai regretté souvent qu’il ne semble pas exister de coordination des calendriers des festivals locaux qui parfois se chevauchent ou peuvent se concurrencer inutilement même si les publics ne sont pas forcément les mêmes.

Mais c’est hier soir, en tendant ma carte d’abonné à la gentille dame qui cherchait mon nom dans son smartphone, que j’ai pris conscience que j’étais là au concert parce qu’abonné et non motivé par une soif de découvrir de nouvelles œuvres… ou d’en retrouver des aimées.

Je n’étais plus là en amateur de musique, mais en consommateur.

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En regardant le public

Construire un programme de concert n’est certainement pas aisé. Hier soir, on nous proposa de passer du chant grégorien à la Petite musique de nuit. Le collage était risqué et la distorsion un peu rude. Je n’ai pas compris l’intention, si ce n’était celle d’offrir une première partie à des amis musiciens… Beethoven vint sauver Mozart mais il y avait quelque chose d’hétéroclite qui ne passa pas sur ma fatigue.

Le public ici, était pour grande part ce public bourgeois avec des dames aux coiffures impeccables, avec des colliers et des bijoux, des vieux messieurs en chemises amples ou marinières. Quelques jeunes gens sages. Un très beau vieux couple à ma droite. La dame passait de l’anglais au français avec élégance. Elle sentait bon, habillée avec distinction… Un frisson pourtant me parcourut. Une sorte de bouffée de révolte adolescente, un sentiment d’oppression. Je ne sais pas pourquoi je les ai trouvés indécents et pénibles ces vieux riches dans leur bulle. Comme hier soir quand j’ai laissé mon auto-stoppeuse alcoolisée, je me suis senti du côté des nantis et je n’en étais pas fier. En plus je ne suis pas un nanti, je ne possède qu’une vieille Dacia et quelques livres usés.

Je me suis demandé combien de personnes venaient là juste par habitude, comme chaque année, depuis des années avec la certitude de ne jamais être dérangées par une programmation certes agréable mais somme toute tranquille, puisant dans le connu.

Rien de plus difficile que d’accrocher les oreilles avec la Petite musique de nuit si on n’a pas une démarche forte, un propos particulier qui puisse se percevoir. Un art trop tranquille, qui ne dérange pas ou qui ne s’incarne pas dans un souffle touchant une part inconnue de l’auditeur, ce n’est plus de l’art. Je demande à être surpris, non pas pour être surpris, mais pour découvrir un espace nouveau, explorer en moi des sensations inattendues y compris si l’on me propose une œuvre connue. L’exercice est d’autant plus difficile avec des « tubes ». Je ne demande pas à écouter une œuvre pour seulement la reconnaître…

Mais surtout, j’ai compris deux choses : j’ai trop rempli mon agenda de concerts et spectacles. Je me suis lié inutilement avec un abonnement choisi il y a plusieurs semaines, dans un autre contexte.

Tout cela a un impact y compris sur le déroulé des journées… ça piège. Ça me rappelle un ami qui dit ne jamais programmer ses rendez-vous y compris professionnels plus de quarante huit heures à l’avance pour toujours être dans une dynamique.

Analyser ma propre intention

Quand on se situe du côté du public, que l’on choisit des spectacles, on compose sa propre ambiance, on est aussi dans un acte de création.

Pour rester dans le « flow », être présent à cette exploration, je ne peux tout figer dans un agenda trop serré. Certes, il faut parfois réserver pour avoir une place mais il faut aussi pouvoir improviser, changer d’avis, croiser le besoin de découverte au réel de ce que l’on vit par ailleurs. Il faut être disponible à la découverte et à ses propres besoins… Il faut pouvoir agir librement, choisir pleinement…

Une personne avec qui j’échangeais dans un autre contexte, a cru que j’étais journaliste ou critique… Non, non… Je ne veux parler que de ce que j’aime. Et d’ailleurs j’ai vu ce risque, sombrer dans le commentaire critique, je l’ai fait plus haut – et ça n’enseigne pas grand chose – ou se taire sur un moment dont j’aurais pu seulement me dire, « voilà, c’est fait, coché à l’agenda, date suivante ».

Vous comprenez, c’est comme les visites obligées, les rituels, les conventions. Ça me navre et me prive d’être là où je serais mieux, c’est à dire présent à ce que je veux vivre.

Je ne veux pas aller au concert comme d’autres vont à la messe. Je veux qu’un peu de foi sincère m’anime, de soif. On ne va au restaurant sans faim, j’espère… ou alors on bouffe. Je ne veux pas être ce spectateur qui bouffe du concert pas plus que du cocktail mondain ou du vernissage. Je ne veux pas être un touriste quand j’explore un lieu. Je veux être pleinement dans la découverte, pouvoir en revenir augmenté…

Retour au festival des bastides

Ce soir, j’aurai le choix entre aller au concert. Ma place est réservée , je sais un peu d’avance le programme, cela ne me déplairait pas… et la surprise d’un spectacle en plein air qui va clore de le festival en bastides.

Ma décision est prise, tant pis si je perds la place. Et pour la suite, on verra si j’ai l’esprit à cela ou si j’irai débusquer d’autres surprises.

J’ai ce côté nomade, explorateur… au fond ma chance, c’est de pouvoir choisir.

Merci beaucoup à M. qui sut m’aider dans ma réflexion avec les mots qu’il fallait. Il importe d’être présent à ce que l’on fait. Au moins j’aurai appris ça de ma déception d’hier soir.


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