La compagnie Jolie Môme à Villefranche de Rouergue

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Pour son clap de fin de la saison 2025, le festival en Bastides a choisi d’inviter la Compagnie Jolie Môme à Villefranche de Rouergue. La troupe a donné là son spectacle militant et radical « À contre courant ». Presque un défi dans un pays où l’extrême droite a contaminé l’ensemble de la Société.


Au cœur de la Bastide

la Bastide de Villefranche de Rouergue accueillait un spectacle le 9 août 2025 sur la place Notre Dame

C’est une de mes villes préférées. La sous-préfecture de Villefranche de Rouergue est souvent lieu de tournage pour des films et des séries. La place Notre Dame en est l’espace emblématique qui n’accueille pas que son célèbre marché du jeudi mais aussi de nombreux spectacles. Robert Fabre, radical de gauche et président de son parti longtemps influent dans la région, en fut le maire pendant de longues années. Il fut aussi l’un des artisans de l’Union de la gauche… Le territoire a réélu aux dernières élections un député LFI pour faire barrage à l’extrême droite . Il y avait du monde ce soir et à l’applaudimètre, beaucoup se reconnaissaient dans les thèmes du spectacle…

Un concert militant

J’ai donc délaissé les rencontres musicales de Figeac et son ambiance beaucoup plus bourgeoise pour assister au clap de fin de ce festival en bastides. Le site a fait son focus de la semaine sur ce festival que je ne connaissais pas et qui aura été la bonne surprise de l’année. Le spectacle de rues sous les diverses formes qui ont été proposées, sait aller au contact de la population. On retrouve des locaux dans le public et pas seulement des touristes ou le public habitué. Que ce soit le festival de théâtre de Figeac pourtant fort intéressant ou les rencontres musicales, il reste ce problème majeur de représentations et concerts qui ne s’adressent qu’à une partie de la population… ou en tout cas vers lesquels une grande part de la population n’ose pas aller. Mais c’est aussi la question de l’accès aux bibliothèques, aux librairies ou aux musées…

Ciejoliemome

Choisir ce spectacle « À contre courant » clairement militant est un choix assez courageux pour l’équipe du festival dans un contexte difficile où les associations peinent à trouver des financements.

La compagnie Jolie Môme a connu des déboires en 2024 avec la mairie socialiste de Saint-Denis qui après un appel d’offres, lui a retiré la possibilité d’être présente dans une salle où elle s’était implantée depuis une vingtaine d’années. Ce n’est pas qu’une troupe de chanteurs, musiciens et d’acteurs, ils sont « militants » et portent plutôt les thèmes d’une gauche radicale et humaniste.

Leur répertoire, leur approche, s’inscrit dans la veine des chansons révolutionnaires qui ont traversé l’histoire. Certaines mélodies rappellent des chansons que l’on a connu dans le répertoire de la révolution russe par exemple… Mais on retrouvera également Moustaki et sa chanson « La révolution permanente » ou une citation du poète Neruda… Ce sont des références qui me rappellent ma propre adolescence. Et peut-être que ce qui est plaisant dans ce spectacle, c’est aussi la veine nostalgique d’une époque où l’on osait rêver à l’Utopie… Mais la compagnie n’ignore pas les doutes, les peurs qui pèsent…

Radicalement efficace

C’est vif, ne fait pas dans la dentelle mais a pour mérite de s’opposer à la guerre, la colonisation, de défendre le droit des femmes ou des sans papiers. On sent une générosité, un goût de la solidarité et de la fraternité. Le collectif qui a composé les chansons se revendique de la lutte des classes et semble préférer la rue aux urnes… Ils ne sont pas seulement militants sur scène mais sont présents sur « le terrain des luttes ».

La chanson sur Cuba m’a laissé perplexe. Car si on peut s’opposer au blocus, souligner l’originalité d’un régime qui a su offrir une médecine gratuite ou lutter contre l’illettrisme, il n’en reste pas moins que la question de la démocratie et de la liberté d’expression reste posée dans un pays qui a le plus faible taux d’équipement numérique de l’Amérique latine…

Le spectacle n’échappe pas aux contradictions qui traversent la gauche depuis des lustres. Il doit être défendu dans un contexte où l’expression revendicatrice risque vite la censure qu’elle soit par la parole, le recours parfois à l’action judiciaire ou tout simplement par le porte monnaie.

C’est donc un spectacle qui ose affirme ses opinions, ce qui est courageux. Peut-il convaincre au delà des convaincus ? Rien n’est moins sûr, mais peut-être encourager et conforté celles et ceux qui sont engagés…


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