Gamin, j’ai lu « Jerry dans l’Île ». J’avais conservé l’image plutôt sympa des aventures du chien. Je l’ai à la maison dans une vieille édition de la bibliothèque verte parue en 1937. Par curiosité, je l’ai repris. Dès les premières pages, le livre se montre ouvertement raciste. Il n’a pas déteint sur moi, loin s’en faut, mais à l’époque, je l’ai lu tranquillement. Les illustrations sont terribles. Si le racisme de London est connu, j’ai le sentiment que l’on reste bien complaisant avec l’auteur…
Une déshumanisation cynique
Je ne sais pas si le livre est encore en vente et pas plus si les dernières éditions (j’en vois une de 1976 sur Internet) ont été expurgées… Je ne vois pas comment ce serait possible tant tout au long des premiers chapitres, le chien au service des hommes blancs , « les maîtres », est dressé à chasser les hommes noirs, appelés « nègres » et catégorisés selon leurs rôles… C’est cynique, c’est glaçant et ce d’autant plus qu’il s’agissait de littérature de jeunesse.
Ce qui est fou c’est que le regard sur l’œuvre de London reste flatteur. Le personnage aux mille vies sent bon l’aventure. Il défendait même la cause animale souligne la page que Wikipédia lui consacre, bien silencieuse sur les ignominies écrites par ailleurs… France Culture a dédié une page à sa gloire et je n’ai pas le courage d’aller écouter les émissions pour voir si l’on émettait des réserves sur ce qu’il a pu écrire…
Son style était superbe. Cela doit-il masquer le reste ?
Une étrange bibliothèque
Petit, j’ai donc lu pas mal de livres qui puent aujourd’hui ou qui fleurent bon la réaction… Entre les Trilby avec ces enfants pauvres s’extrayant de leur condition à force de sacrifices ou la collection « Signes de Pistes » avec ses jeunes scouts blonds un rien ambigus, jusqu’au sous-lieutenant Langelot aux relents colonialistes et militaristes, j’aurais pu mal tourner… Mes grands parents catholiques ont heureusement pour eux évolué au long de leur vie grâce notamment aux voyages, personne dans la famille n’a dérivé… mais on voit combien les bibliothèques jeunesse des « bonnes familles » pouvaient être infiltrées par une littérature problématique…
Pas étonnant avec ce type de littérature que le patriarcat se soit senti à l’aise. Au passage, j’ai vu dans la collection « Blake et Mortimer » qui continue de s’augmenter d’albums à la manière du créateur de la BD, que le machisme y reste de rigueur…
En même temps, on peut contextualiser. Au fond, quand je suis né l’Algérie était encore française. Quand j’étais petit, le racisme de comptoir n’était pas mis en cause… Fallait voir quand j’ai refusé d’écrire le mot « nègre » dans la dictée et que j’ai écrit « noir » à la place : le maître n’a pas compris et m’a convoqué sur l’estrade… Il ne voyait pas le problème. J’aurais pu avoir 10 sur 10 !
Censurer ? Remettre en question ?
Les auteurs ne manquent pas qui peuvent être mis en cause pour leurs écrits. Céline n’a pas écrit pour les enfants mais son talent reste sérieusement entaché.
Lire un auteur problématique n’est pas adhérer à ses thèses, je suis la preuve qu’on peut lire des auteurs réactionnaires sans devenir loi s’en faut d’extrême droite… j’interroge juste la complaisance avec laquelle nombre d’auteurs problématiques restent considérés…
Très contextualisé, la présentation des premières pages de « Jerry dans l’Île » pourrait montrer à quel point le racisme était intériorisé… mais comment ces pages pourraient être acceptables ?
Du coup, je me suis dit que j’allais regarder de plus près la bibliothèque jeunesse de la maison pour éviter que des enfants non avertis ne tombent inutilement sur ce genre d’écrits…

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