Ouverture des rencontres musicales de Figeac. Avec le retour de la chaleur et la succession de spectacles , je n’avais pas forcément l’envie de reprendre la route. Mais le Château de Saint Dau est un bel écrin. Et Brahms sous la lune, je vous le dis, c’est divin !
La stoppeuse
Surgie de nulle part au détour d’un virage, une stoppeuse faisait de grands gestes. Ici, on ne laisse pas les gens aux bords de la route.
Elle était toute heureuse, mais complètement cuite. Je ne l’avais pas perçu en la laissant monter. Elle allait vers Figeac, moi aussi. Je n’avais pas spécialement le moral et à chaque fois que je tombe sur une personne alcoolisée ça m’attriste et me renvoie à de sales souvenirs.
J’étais mal à l’aise, elle devenait tactile. Il fallait faire attention. Je tenais le volant. J’imagine qu’il se serait trouvé des hétéros ravis qui auraient profité de la situation. Elle ne demandait que ça, avec ce côté gluant et désespéré d’une femme dont je voyais bien la précarité. En quittant la voiture, elle avait déjà commencé à me tutoyer, elle m’embrassa sur la joue, elle aurait pu faire pire. Elle disparut au rond point. Je cherchais mon château.
C’est curieux de voir où la culpabilité peut venir se loger. Je l’imaginais rejoignant d’autres fragiles. Je me sentais soudain du côté des nantis qui peuvent aller écouter un concert dans un château. Un château classé sur son parc de 21 hectares où l’on peut dormir pour 225 euros la nuit. Je n’aurais jamais l’idée d’aller payer une telle somme pour une nuit, plutôt dormir dans ma vieille auto.
Au bout d’une petite route étroite, j’arrivai sur un parking où des vieillards (comme moi ou un peu plus vieux) tentaient de manœuvrer leur véhicule dans un ballet aussi drôle qu’improbable afin de se garer dans un espace trop petit. Un Dieu devait être affecté à la surveillance des lieux pour qu’aucune tôle ne fut froissée.
Abonné par Internet, il fallut du temps à la dame de l’accueil pour me retrouver dans son smartphone. Merveille de la technologie…
Les cordes et la chaleur

Olivier Pons est le directeur artistique du festival. C’est lui qui répond aux mails quand on veut un renseignement. C’est lui qui explique ce que l’on entend avec une pédagogie de bon aloi. Il tient la maison si j’ai bien compris depuis un moment, c’est la 28e édition. C’est lui qui tient le violon et ouvre le concert.
Les rencontres musicales mêlent des concerts à des stages. Public, musiciens, ce sont des habitués qui sont là et les stagiaires ne sont pas loin. Comme c’est ma « deuxième année » , je reconnais des visages familiers.
Avec la chaleur, les cordes sont mises à rude épreuve. Celles du violon, celles du violoncelle et j’imagine du piano.
Les maîtres du château ont veillé à disposer de la citronnelle pour tenter de chasser les insectes qui tourneront souvent autour des musiciens, attirés par la lumière. Le moustique n’aime pas ma peau. La citronnelle me pique le nez.
Vive la musique vivante !
Pour un lieu extérieur, l’acoustique est bonne. Devant nous, un français, un japonais et une finlandaise. Trois habitués : Olivier Pons et son violon, Massanori Kobiki au piano, Helen Lindén au violoncelle. Ils sont là depuis un moment et forment un trio bien rodé.
Le répertoire est connu mais j’aime la façon dont il prend chair; C’est à dire sans abus de performance, avec précision et humanité. Massanori Kobiki détache les notes et les rend lumineuses, Olivier Pons va chercher son violon comme un funambule faisant vibrer la corde, Hélène Lindén conduit son violoncelle avec force et chaleur. Mozart et Beethoven reviennent à nous, relus avec respect, dans leurs couleurs vibrantes.
Mais surtout, voilà le trio n°1 de Brahms qui me console et me récompense de ma journée.

J’aime ce moment où la musique sait nous prendre jusqu’à nous faire oublier notre propre rêverie et nous conduire en elle, dans sa langue. Comme une connexion intime entre la musique, les notes et l’âme. On entend la musique, on ne voit plus ni n’entend les musiciens, on est dans la musique et l’on ne perçoit plus l’entourage, ni même le cadre magnifique. D’âme à âme, dans cette incarnation qui surpasse la perfection des enregistrements que l’on écoute chez soi.
Je le dis pour cet ami qui prétend préférer écouter les concerts au casque dans son canapé. Un concert donné devant soi, n’a rien à voir avec le plus parfait des enregistrements et l’on sait qu’il est réussi lorsqu’on va jusqu’à s’oublier dans le « flow » et que l’on rentre chez soi content, empli et apaisé.

La lune presque pleine
Au retour à la maison, la lune éclairait le jardin. Juste à côté, je fus accueilli par les aboiements des brocards et des chevrettes probablement énervés d’être dérangés dans leur exploration du verger voisin. Mangeraient-ils sous la lune ces prunes tombées au sol ?
Ce soir, le concert, je pourrai y aller à pied.

Un mot en retour ?