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Zen et heureux !

l'écriveur

Zen et heureux !

Il pleut des trombes d’eau qui douchent la fenêtre de toit. Du coup, je peine à centrer mon attention sur ce que je voulais écrire…
D’ailleurs déjà en montant l’escalier la dynamique dans laquelle j’étais s’était quelque peu émoussée…

Ah, oui ! quelque chose comme : Faites pas chier avec le bonheur.

La pire question que l’on puisse poser à quelqu’un c’est : “alors t’es heureux ? “

Je trouve ça limite insultant. Très intrusif en tout cas. Vis ta life toi !

Sous entendu qu’avant peut-être tu ne l’aurais pas été et que maintenant si ou qu’il faille rendre compte, comme qui dirait passer l’évaluation…

Si ça te va, c’est ce qui compte…
C’est déjà bien en attendant…
Il faut savoir se contenter de ce qu’on a…
Ah oui ! formidable !

C’est peut-être encore pire que ceux qui t’étalent leur bonheur misérable : en général une maison payée sur trente ans avec un jardin bien aligné que se déchireront les héritiers pour en tirer pas grand chose, une bagnole avec des tas de voyants, un fils qui a réussi dans le e-commerce et voyage beaucoup, une croisière et ses inégalables photos d’ennui mortifère… On oublie un peu la mémé qui croupit dans son EHPAD, la fille qui se fait tabasser par son mari, le petit qui souffre à l’école… c’est comme qui dirait la petite poussière sous le tapis des apparences… mais l’apéro dînatoire est vraiment au top et vous les avez eues où ces petites coupelles fluos ? ha vraiment originales et ça présente bien les surimis !

Reste zen.

Justement, on te balance, ça tarde jamais : “Vous, toujours si calme, si zen, si professionnel… “.
Tu parles si je suis zen…
T’aurais pas un peu d’halitose toi ? ou c’est ce coktail qui pue…

Et pourquoi faudrait-il être heureux d’abord ? Et comment être heureux d’abord ?

“Qu’as-tu fait de beau aujourd’hui ? “

“Comment s’est passée ta journée ?”

Taisez vos questions importunes et indiscrètes. Ce qui compte c’est comment je suis maintenant et quel équilibre j’ai pu trouver dans mes sensations.

Un peu de fièvre momentanée c’est bien. Trop ça tue.
Les courbatures qui me félicitent de la longue marche, c’est chouette.
Les rhumatismes qui chantent ma mort prochaine c’est gonflant.

Lâchez moi donc avec vos bonheurs à deux balles, votre sérénité de façade.

Je ne suis pas trop dans la logique de Bruckner et de sa tyrannie du bonheur. Il y a des bonheurs de plénitude quand je plonge dans des pages bien écrites ou quand je fais bien l’amour. Il y a ce bonheur un peu écœurant de la pâtisserie. J’aime ça, mais le sucre est suicidaire. C’est un peu comme les séries idiotes de la télévision qui m’accrochent par le bout de je ne sais quoi…
Les chansons que je trouve jolies quand je les chante, pas quand je les écoute après.

Et ce délicieux lâcher prise lorsque je m’endors profondément par inadvertance.

Et puis on se prend des malheurs plein la gueule. C’est comme qui dirait au menu obligatoire. En général ça n’a aucune utilité ni justice. Ça ne sert même pas pour une place au paradis vu qu’Axiste pas vot’Dieu mièvre plein de misères et de cordes.

Il suffit qu’il vous arrive un truc vous chouinez. Vous supportez pas ceux qui mettent des habits avec des trous qui ont des tatouages partout ou vous mettent leur décolleté sous le nez. Un peu écœurant aussi mais bon.

Faites dont pas vos chochottes avec vos cellules psychologiques, vos spécialistes, vos vies médicalisées.

Mon bonheur ? Ce sera de crever chez moi, ni dans un hôpital, ni dans un mouroir, même si c’est plus tôt que prévu, mais libre !

Libre et digne. Si c’est possible encore lucide et que je fasse pas sous moi.

Et ma mort ne regardera que moi. Ceux qui m’aiment savent bien qu’il sera interdit de se réunir ce jour là autour de mon cercueil pour blablater ou dire des compliments idiots au lieu d’aller s’amuser ailleurs.

Zen et heureux ? Quelle idiotie !

Serein alors ? quelle indécence ! La sérénité c’est pour les niais.


Il fut un temps où je tenais un carnet de gratitude. Y a des jours où fallait aller chercher loin qui remercier pour la journée pourrie ou le fameux détail genre petite gorgée de bière à la con… ou bien sûr… ces petits moments chouettes…Mais putain ! laissez-nous vivre sans avoir à rendre compte ou nous justifier !

Il ne s’agit pas de laisser les détails et la souffrance prendre le dessus, encore moins de se mortifier ou de se culpabiliser… mais les donneurs de conseils, les ordonnances de bonnes habitudes aussi crétines les unes que les autres ne sont que des leurres.

Tiens, le vrai exercice à faire, c’est pas de trouver merveilleux le bruit des feuilles mortes dans la nature, c’est de se poser et de s’interroger deux bonnes heures, pleine face et de s’interroger : qui suis-je ?

Pas qui suis-je pour les autres, dans ce mensonge savamment entretenu.

Mais qui suis-je pour moi même ?

Ah, là on rigole moins déjà…

Très peu de gens ont les couilles de se confronter à ce qu’ils sont réellement. Très peu de gens ont le courage de savoir être seuls sans béquilles…

Vivre en Société quelle richesse ! mais se retrouver seul quel pied !

Bon après le risque c’est assez vite de ne plus supporter les petits travers, les désordres, les miettes sous la table, les serviettes mal rangées et les traces de dentifrice. Mais j’aime ça aussi. Ça a du charme les petits travers des autres…
Un temps.

Je voulais pas être agressif. Mais faites pas chier à poser des questions sur le bonheur et à me demander “t’es bien maintenant?”.
C’est sûr que la vie d’avant me manque pas. Et que je veux garder le droit d’être impatient. Et de faire des choses amusantes ou pas…

Faire la vaisselle est un truc assez détestable en soi. Mais je philosophe pas mal en récurant. C’est récurrent. L’ennui, c’est que je ne peux pas écrire en même temps et que je perds alors toutes les idées géniales que je voulais vous dire !

A bientôt. Peut-être !

 

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