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Vivre plutôt qu’espérer !

l'écriveur

Vivre plutôt qu’espérer !

“Ceux qui ont beaucoup à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux” disait mon ami Edmund Burke qui déjà à l’école maternelle était assez sentencieux mais restait un bon copain.

C’est bien parce qu’ils espèrent le paradis pour compenser leur vie de merde que des crétins plus ou moins influençables se croient autorisés à dézinguer leur prochain.
Je dis plus ou moins, car je veux bien trouver des excuses et en vouloir aux pires toxiques qui les influencent, ils n’en restent pas moins responsables eux de leurs actes.
Personne ne vous oblige à devenir un salaud. Personne ne vous oblige à devenir un assassin (je ne parle pas du geste d’urgence qui consiste à se sauver soi-même ou sauver autrui).

Au nom de l’espoir d’un futur meilleur, on nous a laissés souvent dans la salle d’attente. Le bonheur c’est pour plus tard, si t’es sage, la récompense…
Au nom de l’espoir futur on nous a souvent fait faire de belles conneries et imposé un règlement intérieur inique.
Ce n’est pas à confondre avec les contraintes que l’on nous impose aujourd’hui où l’on fait payer à tous l’inconséquence de quelques uns. Là, faut juste tenter de se prémunir pour limiter les dégâts. L’ennui c’est qu’on a du mal à faire confiance au tôlier quand c’est lui ou ses prédécesseurs qui par leur impéritie nous ont mis dans le fossé… mais on est un peu responsables aussi. C’est affreux de mourir tout seul de la COVID ou d’autre chose dans un EHPAD. Mais c’est aussi affreux qu’on considère normal de stocker des vieux dans des mouroirs parce qu’ils nous encombrent au quotidien et qu’on a ni le temps ni le courage ni la possibilité de les prendre en charge à la maison.
Donc, je respecte les gestes barrière sans aucune illusion sur le pouvoir politique… Fermons la parenthèse…

On nous a promis la vie éternelle (euh oui ? mais laquelle ? si c’est pour être éternellement esclave) et pour nous dorer l’amère pilule, le Paradis genre hôtel de luxe cinq étoiles vachement cool (sauf qu’en même temps je crains de m’emmerder rapidement dans un endroit aussi parfait avec des gens tous tellement gentils et sirupeux que ça doit vite être étouffant comme ambiance non ? … )

Quand j’étais ado, c’était “passe ton bac et après tu choisiras…”. Et puis finalement, il fallait rester sage, se prémunir pour l’avenir, on se pliait aux contingences et il fallait composer entre renoncement et espoir d’un meilleur lendemain… Il y a quand même deux trois trucs auxquels j’ai pu échapper ou avec lesquels j’ai pu négocier…

On espère éviter le pire. On fonde des espoirs sur une personne. On espère un avenir meilleur, sortir un jour des difficultés…
Y a même des optimistes qui se mettent en ligue ! (ce que je trouve quand même assez flippant, on dirait une ligue de vertu…)
Et puis parfois, il faut juste tenter dans l’urgence de sauver les meubles, ou de se sauver soi de l’accident. On a l’instinct de survie. Voir plus haut.

Est-ce qu’on a l’instinct de vivre ?

Jacques Higelin (qui nous manque bon sang, gravement) chantait, “je n’vis pas ma vie je la rêve” . Il ajoutait dans la chanson “la vie c’est ce qui nous tombe dessus au moment où l’on n’y croit plus.”(c’est ça la résilience docteur Cyrulnik ?- pourquoi une voix ne cesse de me provoquer “Cyrulnik ta mère !” ?- . (Trop de signes de ponctuation).

Rêver permet souvent de rendre le monde acceptable ou d’oser imaginer pouvoir le transformer. Mais le progrès n’est que relatif et provisoire. Confondez pas avec le bonheur (j’ai déjà dit dans un autre post “faites pas chier avec le bonheur !”, on ne vit pas pour se conformer à une idée du bonheur, sinon c’est juste une façade comme ces milliers de gens endettés pendant des décennies pour se payer une maison qui tombera en ruines dans trente ans dans un lotissement standardisé et sinistre).

Il n’y a pas d’aboutissement possible autre que le mouvement dans la complexité. Vive l’incertitude ! (Et salut à Edgar Morin qui tweete un peu n’importe quoi en ce moment, vous trouvez-pas ? )

La vie reste ce truc bizarre qui nous dépasse et dont il faut accepter les questions. Suis-je encore vivant où déjà mort depuis longtemps ?

A la télévision, j’ai adoré cette série un peu idiote ou une dame est “mort-vivant”(faut-il dire “morte-vivante” ou zombie quoi…?) . Elle est très sympathique, adore sa famille tout ça, elle doit juste de temps en temps manger une personne humaine, alors pour justifier cela, elle essaie d’en choisir une méchante.

Elle fait énergie de la méchanceté d’autrui.

Et l’un des enjeux, enfin un truc dont j’ai conscience aujourd’hui, à l’heure où chacun prend conscience (merci Cynthia Fleury) que le ressentiment nous sape, c’est qu’il faut transformer sa colère en joie.

Je crois que nos potes Bouddhistes disent ça. La colère doit être une étape. Mais juste une étape.D’ailleurs le Dalaï Lama rit tout le temps. Ce qui ne l’empêche pas de dire des bêtises aussi de temps en temps. C’est un type comme vous et moi.

Transformer sa colère en joie, c’est pas faire des leçons à la planète sur les réseaux sociaux, c’est juste habiter sa vie.

Être. Se connaître est le truc le plus difficile, se définir sans se laisser définir par autrui. S’affirmer sans s’opposer. Et accepter de changer sans se renier. Rester digne.On est digne pour soi, pour les autres. Quand on vieillit on rajoute un peu de parfum. Mais le savon reste ton ami.

L’altruisme restant toujours meilleur que la politesse de salon.

Réfléchir. Et ça commence par ne s’interdire aucune question. Et à quiconque. Questionner c’est révolutionnaire ! Et j’en appelle à la science et à la rationalité. Pas une rationalité incapable de comprendre que l’on peut se leurrer et mal interpréter, mais une exigence de vérité tout en n’oubliant jamais que la science elle-même est un/en mouvement… ce qui fait qu’on ne saura jamais tout et qu’il faudra souvent changer de paradigme et de perspective… ce qui ne veut aucunement dire que toutes les vérités se valent et qu’on peut croire n’importe quoi !

Choisir ce qui est bon. C’est toujours ce balancement entre le plaisir immédiat et les conséquences… Chocolat ou pas ? Pour mon chien c’est interdit, même si je suis certain qu’il adorerait. Ah, oui, je suis responsable de lui… et pas que de lui…


Oser l’aventure sans s’y disperser, ne pas être timoré, construire sans bâtir sa propre prison. Dialectique infinie entre ce qui est essentiel et ce dont on a besoin.
J’ai absolument besoin de lire et d’écrire (bonjour ami libraire, et toi qui me faisais la gueule derrière ton comptoir et qui chouine maintenant, mais oui, je l’ai signée la pétition mais Monsieur Castex, tu crois qu’il lit des romans ? ) et en même temps, si je n’ai pas mes nouilles au fromage pour remplir mon estomac, je risque d’avoir une moindre motivation pour bouquiner …
Mais choisir ce qui est bon, pour moi et les proches. Take care. On ne peut choisir sans éthique et souci de l’autre. Faire attention, prendre soin d’autrui.

Agir. Mais agir au bon endroit, “pour la bonne cause”. Ne pas dilapider son énergie dans des guerres absurdes et fratricides.

J’ai écrit ailleurs que je voulais “mettre de la distance avec l’horreur passée ou à venir”. Cela ne veut pas dire ne pas s’investir, mais ne pas se tromper de combat et même parfois refuser de se laisser entraîner dans des combats sans intérêt. Les petits trolls haineux je les signale à la rigueur mais je les bloque, je ne leur donne pas d’importance, ils n’existent que parce que je leur répondrais… dans leur petit club,ils finissent par s’ennuyer entre-eux…

Plus ça va, plus je pense qu’une révolution positive ne saurait venir d’un pouvoir politique ou d’une autorité extérieure… il faut vivre et incarner les valeurs auxquelles ont croit. Suffit pas de gueuler, “la République ! la République!” si on ne sait pas se mettre en cohérence avec la devise républicaine. Mais ça commence par soi. Le changement c’est en soi, vers les autres en acceptant d’emblée les nuances d’interprétations et de représentations. Et tant mieux, sinon on tombe dans l’Art officiel.
Mais agir suppose de s’engager dans ce “faire ensemble” en tolérant parfois de passer outre certaines de ses propres représentations ou croyances.

J’avais seize ans (je suis très vieux, il faut vous y faire un vieux ça raconte ses mémoires, ça pérore…) , avec une copine dont j’étais éperdument amoureux (si elle lit ça ce sera la révélation pour elle), je m’étais retrouvé dans une réunion d’un mouvement catholique (moi l’agnostique et libertaire déjà c’était rigolo) qui animait le mercredi des activités pour les jeunes. On dirait aujourd’hui un centre de loisirs sans hébergement. C’était un peu le symétrique des “Francs et franches camarades” soutenus par le parti communiste que je connaissais bien par ailleurs. Il fallait se répartir les lieux où l’on intervenait. Eh bien ces personnes fort sympathiques avec leur joli chemisier blanc et leur gilet gris, rechignaient quand même à intervenir dans le seul quartier du coin à forte population migrante. Du coup on s’y est collés avec la copine (Elle était vraiment très chouette avec ses yeux en amande, une fille d’une douceur qui sentait le chèvrefeuille). Les mômes adoraient qu’on leur raconte des histoires. Ils s’émerveillaient d’un rien. Mais j’ai quand même obtenu qu’on retire l’encart de propagande religieuse de la revue pour enfants qui était diffusée. Aller là bas, dans “la cité”,je l’ai fait à l’instinct, ça n’a pas été un sacrifice et au contraire, j’ai beaucoup appris. Je n’en tire donc aucune espèce de gloire mais singulièrement, je me suis mis en cohérence avec les préceptes de personnes qui avaient du mal à les appliquer pour elles-mêmes. A ce moment là, j’étais plus catholique que les catholiques… Même si l’idée de me laisser jamais embrigader dans une religion, ce ne serait pas possible.

Faire. Et il faudra refaire. Et se donner le temps. Faire parce que ça ne sert à rien d’espérer les lendemains qui chantent.

Faire mais pas tant dans la recherche d’un but final que dans une sorte de mouvement équilibré, dynamique et respectueux, créatif, inventif si c’est possible.

Pour finir je vais vous raconter un petit projet que j’ai. Asseyez-vous, ne partez pas tout de suite ! ça n’a pas sonné !
Voilà, j’habite une maison de ville depuis peu mais je vois que depuis un moment j’ai passé beaucoup de temps à tenter d’éradiquer les mauvaises herbes et la mousse qui ne cessent de repousser au pied du mur côté trottoir. J’arrache, je tente d’annihiler toute velléité de repousse de ces herbes sauvages qui mettent une belle énergie à me contrarier. C’est incroyable la force de la vie ! ça repousse ! et ça me nargue !
Force de la vie. Je pourrais m’acharner. Je ne vais pas déverser des produits qui iraient polluer le canal proche, j’ai quand même deux ou trois principes… mais je vais changer de paradigme et de stratégie. Je vais tenter cette fois de semer des fleurs au pied de ce mur et dans tous les interstices. Oui des fleurs colorées !
Peut-être bien que certains ne vont pas le tolérer… ou peut-être que d’autres voisins vont jouer à m’imiter.
Faut choisir quelles graines maintenant !

Bon dimanche bande de confinés ! (je le suis aussi, c’est pas une insulte en même temps..Amen)

PS, je ne résiste pas à vous citer le blog de Camille Loty Mallebranche.

À l’échelle individuelle, l’espoir est une téléologie simplement rêvante et agissante vers son but. Au niveau collectif, l’espoir est prospectif voire futurologique, inscrit dans la perception du déploiement du temps de l’évolution sociale, visant  à l’aboutissement de son objet dans le devenir historique d’une société donnée. L’espoir tient donc de l’eschaton, inapte qu’il est, à abstraire le schème de la temporalité dont il relève.

Une réponse

  1. Sandrine Ascoet dit :

    Très beau texte encore une fois. Merci

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