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Vieillir !

sans honte ni orgueil

Vieillir !

Ah ! Vieillir ! la belle affaire !
Suis-je jeune, suis-je vieux ? J’ai beau tenter de laisser croire à mes rêves que tout est encore possible, le chemin parcouru a bien fatigué le cheval. Carcasse qui suit comme elle peut. Vieillir, est-ce exister dans ces mille douleurs crétines du corps, dans la décrépitude, l’impuissance… non pas celle du désir… mais celle à transformer le Monde comme on y croyait gamin, à se transformer comme on y croyait adulte, à dessiner un lendemain, un rien lumineux… ?

Les gars, ils avaient inventé un Paradis pour nous faire patienter dans l’antichambre de la mort.
Je veux mourir avant d’aller au mouroir. Je veux mourir vivant, mes mains encore capables de me vêtir seul… Je veux mourir sans avoir à engendrer pitié ni dégoût.

Je veux homme autonome pouvoir éteindre la lampe moi-même et quand je le voudrai. Libre ! Libre de vos assistances respiratoires, de votre dictature de charité, hors de vos enclos honteux pour vieux.

Je ne veux pas mourir comme un chien dans un refuge poisseux où il faudrait attendre le passage d’une dame de salle qui aurait à se confronter à mes excréments.

Je veux mourir à la maison ou tel le vieux des contes africains, pouvoir aller rejoindre l’immense arbre au loin du village et m’asseoir serein à ses pieds en pensant à mon enfance.

Je veux mourir dans le silence absolu, sans messe, ni commentaire, ni rassemblement hideux de fausse compassion.

Avant de mourir, je vous préviens, je serai un vieillard insupportable, intraitable, un vieillard révolutionnaire, un vieillard épris de justice et de vérité, de liberté et de poésie.

Il n’y a pas de Dieu.

Tenez-vous le pour dit et ne faites pas chier avec ça ! Dieu n’a jamais été qu’un prétexte pour faire accepter l’Ordre et le grand Bordel qui permet aux plus malins d’imposer leur pouvoir.

Vieillir la belle affaire ! Il faut accepter de perdre sa beauté pour se trouver plus beau encore dans ce quelque chose des chairs avachies qui ont vécu. Pourvu qu’elles aient reçu assez de caresses à défaut d’amour puisque de celui-là on doutera toujours….

Vieillir. Vieille ire.

Je ne sais pas vieillir. Je suis un orphelin.
Mon ami, c’est l’enfant aux grands yeux, le rejeté des caniveaux, le né par mégarde. Celui qu’on n’a pas voulu. C’est à lui que je laisserai ce que je sais, le peu. Trois chansons, une histoire, quelques conseils pour tenir le coup, des livres, du sel et le goût de la dignité, et de la liberté, encore, celle du pionnier qui débroussaille, non pour faire conquête, mais se révéler à lui même…

Je tâcherai donc de mourir au bon moment, avant de ne pas savoir le faire dignement.

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