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Une nuit tu te dis…

sans honte ni orgueil

Une nuit tu te dis…

Il y a bien longtemps que je n’ai rien écrit.

J’ai dans la main un téléphone. Je suis digital.

Petit garçon j’avais de l’encre sur les doigts, adolescent je déroulais le ruban de la machine Olivetti Lettera 22. Bien plus tard, j’ecrirai des pages à l’ordinateur.

Mille pages, mille écrits de toutes sortes. Des chansons, des poèmes à vocation thérapeutique, des romans, du théâtre, des critiques… des articles professionnels… beaucoup de choses écrites pour vivre, transmettre ou tenir le coup, pour rester fidèle au petit garçon qui à défaut d’être jamais vraiment aimé trouva la chance de la lecture, la joie de l’écriture, cette ivresse addictive de la page…

Tellement écrit comprends-tu lecteur ? Tant de pages partagées, perdues, jetées, froissées, entassées, publiées parfois…

Et ces lettres… un jour un garçon me montra tout ce que j’avais écrit pour lui. Je ne m’étais pas rendu compte. Des centaines de lettres.

Il y eut des amitiés en écriture mais…

Il reste un livre important. Il reste en réalité le livre que je porte en moi et qui n’a jamais été écrit.

Ni honte, ni orgueil…

Ce livre là, l’ultime, si je l’écris, si je le termine, alors ma vie sera peut-être bien terminée.

Non pas qu’il contienne quelque aveu affreux ou de révélation supérieure. Non, parce que ce livre aura osé me dire à moi-même qui je suis…

J’écris pour différer le moment de vérité, le moment où je comprendrai pourquoi je suis là à vous écrire ou plutôt comment j’en suis arrivé là.

J’ai, il y a quelques semaines, tourné les pages du journal intime de ma mère écrit il y a presque soixante ans alors qu’elle est morte il y a plus de trente ans.

On y comprend qu’elle se fiança avec peu d’assurance, vomit le jour de son mariage et que les enfants qui naquirent de cette union sèche et conventionnelle elle les aima, mais ils furent aussi ces encombrants objets qui détruisirent sa vie en la privant de liberté.

Je conserve farouchement un goût formidable pour la liberté et dans le même temps la crainte permanente d’encombrer autrui.

Rien ne m’est plus détestable que les obligations familiales, les cérémonies…

J’ai toujours veillé à ce que mes liens restent libres et jamais été autant heureux que lorsque je n’avais de compte à rendre à personne.

Bien plus que mes écrits et rien n’en restera pour autant, l’amour que j’ai pu donner et ses quelques preuves aura été le plus fort de ma vie.

Et j’ai aimé des personnes dont certaines sont vraiment exceptionnelles, différentes… et m’auront marqué à jamais…

Et j’ai parfois cru aimer, ou aimé des personnes à ce point contraires à ce que je suis qu’il n’était pas possible d’envisager quelque chose de conventionnel…

Oui, il reste ce livre que je dois écrire et cette chanson.

Et puis je pourrai mourir. Qu’il soit publié ou non cela n’a aucune importance.

Ma liberté est par-dessus tout.

Je n’appartiendrai jamais à personne, à aucune famille, à aucun lieu, aucune nation, aucun clan…

Cela ne veut pas dire que je me fiche de tout, que je n’assure pas ma part de contraintes et de tâches. Mais ma liberté n’est pas dans ce prix à payer pour m’acheter de quoi manger.

Elle est dans mon bonheur de ne rien posséder, ni objet, ni personne et de laisser les sensations étranges de la vie m’envahir et me traverser… comme un flux d’énergie surprenant qui désigne la Solitude, cette chance de pouvoir poursuivre le chemin ou de l’arrêter brutalement.

Je veux conserver ce droit précieux sur ma propre vie. Me poser la question chaque matin : stop ou encore ?

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