arbre

Une modernité !

C’est moderne !

La modernité n’est que déguisement à vos pensées recuites.

Vous mettez un peu d’anglais pour masquer votre vacuité.

Un peu de poudre pour arranger votre portrait. Vous avez bon teint, rajoutez de la crème !

Il vous faut chaque matin une polémique, bien sentie, pour éviter les vrais sujets.

Un étranger pour détester. Un drapeau pour énerver. Un prêtre pour absoudre.

Vous êtes prompt à faire la leçon au monde quand vos draps sont sales et la poussière s’agglutine.

Vous faites le Tartuffe dans votre impéritie.
Vous enjolivez vos livres de comptes mais vous avez laissé tomber le roman dans un coin.

Vous avez serré de trop près la femme dans un couloir. C’était dans l’ombre, il n’y avait pas de témoin. Qu’elle raconte ? Vous la ferez passer pour folle.

Ou bien vous lui donnez un peu d’argent. Vous essuierez la vaisselle et vous partirez content dans votre voiture silencieuse persuadé d’être altruiste.

Le pauvre

Le clochard auquel vous faite l’aumône en passant, celui-là qui est tout pâle dans son ruisseau de n’avoir pas eu sa ration, vous le secouez de vos reproches. Ça vous fait tant de bien d’imposer votre réussite comme le fruit de vos efforts. Mais vos efforts visent à travestir la réalité d’un héritage bien serré et fructifié.

Ce pauvre, dans son ruisseau sale, qu’il se lève un peu vite pour trouver de l’ouvrage !
Un pauvre qui n’a pas assez de trous à son manteau, n’est pas un vrai pauvre, c’est un profiteur d’aumône.

Vous avez payé des leçons à votre fils qui reste le nez en l’air. Mais vous demanderez au fils du pauvre de travailler un peu plus, de faire ses preuves, de passer son dimanche en pertes et profits à votre bon service. Ça se mérite d’accéder au strapontin de l’entre soi. Le mérite ! Quel joli mot couronné de médailles !

Travailler

Vous allez à votre bureau. Vous avez renvoyé vos employés chez eux. Que chacun travaille de son côté et consciencieusement à votre expansion. On se perdra moins en discussions, en protestations, en regroupements.

Votre employé modèle aura un peu honte lorsque la caméra montrera sa chambre défaite et fouillera son intimité. A-t-il assez œuvré au chiffre d’affaires ? N’a-t-il pas volé une récréation entre deux écrans ?

Vous pourrez insinuer vous qui êtes resté courageusement au bureau malgré les virus. Vous n’aurez pas de scrupules à être intrusif. Vos employés sont géolocalisés comme les prisonniers ont au pied leur bracelet électronique.

Vous avez vu sur la table les restes froids et sucrés d’un repas que votre employé hyperglycémique s’est fait porter par un livreur écologique, essoufflé et transpirant sur un vélo aérodynamique porté à bout de bras pour éviter d’être volé.

Vous donnez quelques ordres. Vous savez tout de votre employé. Vous lui donnerez une prime à discrétion. Qu’il se dépêche un peu cependant, on vous attend avec des résultats dans les hautes sphères. Son avenir en dépend.

Surveiller

Avec ces gens là, vous mettez de la police au coin des rues, au carrefour. Il faut un laisser-passer au peuple. Il faut séparer le peuple du peuple. Il faut que ça consomme, que ça s’engage à crédit, que ça signe des contrats, que ça justifie.

Une bureaucratie de machines s’étend sourdement. Les caméras veillent. Les algorithmes s’affolent au moindre signal. Les bases de données se croisent et se recroisent dans un tissage parfait.

Dans les rues, si jamais cela s’énervait ou s’agitait en feux de paille, vous enverriez les journalistes pour montrer d’où vient ce désordre . On verrait ces désoccupés brûlant de la charcuterie dans des bidons sentant le pétrole. Plèbe qui veut empêcher les bons citoyens d’accomplir leur devoir et de consommer à loisir. Surtout en période de fêtes. Alors s’il le faut, vous enverrez la police ou quelque milice.

Jeunesse virtuelle

A la jeunesse vous donnez des jeux à plus soif, des images qui bougent vite et rient dans des musiques accélérées.

Même l’amour ne doit pas être trop rapproché. Les sentiments pourraient engendrer quelque goût inutile pour l’autre, pour la soie d’une peau, pour l’émotion vraie. Il se pourrait qu’à trop se toucher les corps s’émeuvent de se ressembler dans le désir. Cette pensée vous dégoûte comme du temps perdu.

Alors, à l’instar du travail, le sexe pour le peuple, se fera à distance et à heures fixes si possible.

La nature

Les paysages, vous les mettez sous cloche. Vous faites de la nature un vaste conservatoire. Les vagues elles mêmes sont priées de mesurer leurs effets et vous aimeriez dompter les volcans.

Cette sourde inquiétude d’une révolte des plaques tectoniques vous perturbe. Vous voyez le niveau de l’eau monter. Il faudra protéger vos hautes maisons sur la mer. Prévoir de contrôler et mesurer tout ça dans de grandes conférences internationales.

Quand tout cela vous inquiète vraiment trop, pour vous consoler ou vous détendre, vous envoyez des fusées autour de la terre et des hommes très riches font du tourisme à vive allure en tournant autour de la planète. Pour la sensation. C’est plus smart que la fête foraine. Puis leur capsule tombe dans la mer. Et des bateaux viennent avec des caméras filmer l’exploit du progrès formidable.

Peurs et espoirs

Voilà ce bon progrès. Il vous faut un peu de peur pour tenir le peuple en laisse et si possible lui apprendre à se méfier de lui même, des pauvres et des étrangers.

Au loin des sauvages meurent de sécheresse et de faim.Ailleurs des intégristes lapident tranquillement des miséreux. Ça vous permet de donner du pire à comparer. On est si bien chez nous. Vous vendrez quelques canons pour qu’ils se détruisent avec des moyens modernes et hygiéniques dans le respect des traités et des conventions.

Ici, vous comptez sur la délation et le scandale, vous avez raison. Cela tient bien mieux que la menace d’une arme. Les gens qui se dénoncent et s’espionnent sont vos fidèles serviteurs.

Tout cela vous le savez bien.

Mais il reste encore un furieux détail fugace.

Ce petit moment malaisant où vous croisez votre propre regard dans la glace.

Cela s’appelle votre conscience. Et par ce trou de souris : l’espoir.

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