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Un sentier…

l'écriveur

Un sentier…

Hier nous avons trouvé un nouveau sentier avec le chien, à deux pas de la maison.
Nous étions souvent passé tout près sans le deviner. C’est en ville, dans cette petite ville où nous vivons.
Ce n’est pas un immense sentier, il conduit à la route que nous connaissions déjà, mais il est là, caché, avec ses richesses, ses promesses, son modeste mais sincère espoir.

Ce n’est pas seulement un sentier nouveau, mais un chemin de joie.
Un chemin qui mène à l’écriture. Écrire c’est marcher, débroussailler, explorer, s’explorer.

Parfois, on pense que l’on ne pourra plus écrire et puis on trouve un sentier, une voie… il suffit d’un rien de curiosité.

Rien ne m’est plus poétique et nécessaire que la découverte d’un sentier et le sentiment de liberté qu’il procure.

Adolescents, la petite troupe de théâtre qui nous regroupait, je lui avais donné le nom de “Théâtre des chemins de Provence”. Et il y avait déjà ce même espoir enfantin d’aller jouer ensemble, de villages en villages, découvrant de nouveaux lieux, jouant là dans un théâtre de verdure, ailleurs dans une petite salle des fêtes…

Quand on marche sur le sentier on se souvient…

Il arrive que l’ on trouve la barrière d’un propriétaire dressée en travers, des pierres éboulées, des ronces… il faut alors un peu forcer le passage.

Enfant j’habitais quelques temps une sente. “La sente des Noyers”. Petit je croyais d’abord que c’était de noyés que l’on parlait… mais il n’y avait pas de rivière. Cette sente large entre des maisons calmes et des potagers soigneusement entretenus, menait à une sente encore plus étroite, “La sente St Pierre” où l’on trouvait dans le petit bois une cabane de pierres à moitié effondrée et des framboisiers.

Les framboises nous les goûterions à pleine bouche et en presserions un jus sucré qui viendrait colorer nos lèvres. Rien n’est plus sensuel qu’une framboise à la bouche de l’enfant…

Et si nous avions un peu griffé nos mollets aux ronces, avec François nous y trouvions cette récompense. Et nos jeux d’explorateurs, notre amitié renforcée par la peur de tomber sur le “P’tit clou” … un escogriffe de quatorze ans, aux cheveux hirsutes quimenaçait de nous transpercer avec son opinel considérant que nous étions sur son territoire. J’avais peur de lui, fascinant petit voyou qui vivait de rien avec sa famille dans une maison délabrée au bout de la sente…

Bien sûr aujourd’hui de sinistres vendeurs ont transformé la sente en rue lotie de maisons et mon amitié ne perdure plus que dans mon souvenir, François s’en étant éloigné… Certains adultes refusent de se confronter à l’enfant qu’ils étaient, comme s’ils avaient un peu honte, comme s’il fallait oublier.

Il y a un sentier pour mener des souvenirs de l’enfance à la découverte qui se poursuit, à l’exploration.
Explorer et se souvenir, rencontrer et garder mémoire.

Écrire aussi pour remercier la nature, toujours accueillante et consolatrice malgré les vicissitudes que les hommes lui firent subir.

Un sentier ça se perd, ça t’emmène hors du temps, ça grouille de vie et de surprises, d’insectes, de fleurs, de ronces, de bestioles. Et le chien, toujours prompt à partir, toujours joyeux à l’idée d’une escapade est le meilleur allié qui soit en ces moments délicieux.

Mais un sentier relie , tel un vaisseau sanguin, la nature à la ville, le passé au présent, un sentier enseigne… et le même jour j’ai renoué avec un autre ami perdu de vue depuis quelques années et nous n’avons rien oublié de notre confiante complicité.
Un sentier te guide si tu le suis d’un ami à un ami.
Mais il faut le voir et oser choisir de l’emprunter…

Découvrir un nouveau sentier, c’est découvrir la surprise de l’inattendu en soi. Lien entre souvenirs et avenirs.
Il reste encore un espace. Une découverte, une invention.

Des sensations.

Le sentier que je remercie, je sais bien que je le dois au passage de défricheurs, d’autres marcheurs, il n’y a pas plus humain qu’un sentier au milieu de la nature.
Trop emprunter un sentier peut s’avérer dévastateur. Un sentier doit ainsi savoir conserver quelque confidentialité, une intimité. C’est une tolérance qui doit savoir être délicate pour ne pas devenir blessure au milieu de la nature. Un sentier ne peut se fréquenter en groupe….

Le juste équilibre.

Hier, nous avons découvert un nouveau sentier en cette étrange période.
Étrange période car c’est celle du confinement, c’est aussi celle où je vais quitter une vie de plus de quarante ans consacrée à “servir l’État” , comme la formule est pompeuse, non pour ne plus travailler mais plutôt oser faire ce que j’aime…

Et c’est ainsi que je puis dire, “être à la croisée des chemins“…
Il faudra bien choisir cette fois quel chemin, quel sentier tracer ou emprunter…

Je marcherai à mon pas… j’aimerais pouvoir bientôt aller un peu plus loin…


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