un-article-au-hasard

Avec des centaines d’articles au compteur, pourquoi ne pas laisser le hasard décider ? Laissez-vous surprendre. Vous pouvez rejouer à l’infini.


un coup de dés


en ce moment 1519 articles sont en ligne

les toits de Figeac en juin 2026

Chercheur d’ombre

Sur le vif

J’étais chercheur d’ombre tout à l’heure dans les rues de Figeac. Un pauvre hère errant dans les ruelles et suivant le précepte du chanteur au bandana rouge pour un opiniâtre « marche à l’ombre ». Je marchais dans la touffeur que le Célé, rivière moite des lieux, ne parvenait plus à compenser.

Route fondue

Sur la route, fenêtres ouvertes à mon carrosse dévalant le causse, j’entendais le chant du goudron fondu qui s’agglutinait aux grosses roues. Je m’étais brûlé les doigts au volant et évitais de passer les vitesses.

Je croisais quelques fous cyclistes hébétés. Les troupeaux ont été calés à l’ombre. Plusieurs vieillards éblouis de soleil conduisaient leurs camions de la mort empiétant le côté gauche. Ils sont fiers de ces maisons laides où ils dorment et s’ennuient préférant le faire à deux euros dix le litre de gas-oil plutôt que dans leur pavillon sous vidéosurveillance.

Jardin public

Au bord de l’eau verte de la rivière, quelques mères de familles impatientes de s’en débarrasser, exposaient leurs bambins à la canicule dans l’espoir d’une insolation. Assises, défaites sur leurs bancs, elle les contemplaient se vautrer dans la poussière sèche dans des disputes assourdies.

Sur le pont le clochard de service avait déclaré forfait.

Rues

Dans les rues un groupe de retraités perdus. Des adolescents impatients de vacances dans des vêtements collés de sueur, des filles en improbable pull-over, des marchands abasourdis assis devant leur boutique déserte, des petites filles obscènes avec leur cornet de glace.

La place des écritures enferme l’air. L’ombre n’y est pas de bonne qualité. Personne ne lit l’immense reproduction de la pierre de Rosette.

une rue à l'ombre dans les rues de Figeac

Merveille des ruelles à l’ombre. On y meurt l’hiver on y ressuscite l’été. Je me laissais guider. D’ombre en ombre, de ruelle en ruelle. J’aurais aimé faire quelque rencontre tendre et suspecte mais ce n’était que le désert. Quelque part dans une autre ruelle, je découvris une sorte de climatisation inversée qui relâchait un vent presque glacial. Luxe. Je pus y loger mes épaules impunément quelques minutes. Mais à peine sorti du halo de fraîcheur, je retombais dans la gueule sourde de la torpeur imposant partout son emprise comme une loi absolue et irrévocable. Traverser la ville, tenter de me souvenir ce que j’étais venu y faire. Folie. L’après-midi tu resteras chez toi à écrire des bêtises. Le matin les gens dorment mais il fait frais. Demain, des réparateurs doivent installer un store pour tenter de protéger l’intérieur de la maison où ce soir à presque vingt-et-une heures, il fait près de trente degrés.

Alors je trouve qu’avec une température pareille, je reste encore relativement lucide.

C’est un tilleul non ? Une petite tisane peut-être ?