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Oser trouver sa singularité

Réflexions

Entre vouloir entrer dans le moule et gommer toute différence, ou s’inventer voire mettre en avant une différence qui n’est qu’un masque, la difficulté est d’oser creuser en soi pour se trouver, se révéler à soi et pouvoir ainsi débroussailler son propre chemin pour créer et donner du sens à sa vie.

L’injonction paradoxale

D’un côté on dit vouloir promouvoir des personnalités originales, disruptives,créatives, y compris lors des recrutements en entreprise et de l’autre il faut tout de même rester dans les clous, susciter l’envie, ne pas trop déstabiliser autrui. Les normes ne s’imposent pas qu’à la fabrication d’objets.

L’intelligence artificielle c’est la mise en avant de la soupe conformiste. Il faut sur les réseaux sociaux commerciaux, plaire au plus grand nombre, obtenir le plus possibles de « like » en attirant l’attention. Oui, mais le buzz va si vite que ce sera éphémère.

«– Mon travail consiste à trouver chez les gens ce qui les rend unique afin qu’ils misent là-dessus pour briller très fort. » (sic). Voilà ce que je viens de lire sur la page d’une « coach ». La question n’est évidemment pas de vouloir briller (pour qui ? pour quoi ? ) mais de pouvoir prendre sa juste place dans le paysage en s’assumant avec bonheur, en se respectant et respectant l’autre.

Se démarquer ?

On peut vouloir le faire par le costume, le choix d’un mode de vie, la revendication d’une étiquette. Le refus du conformisme, le sentiment de l’oppression même, cela ne constitue pas « l’essence » d’une singularité. C’est toujours un récit de soi par rapport aux autres.

Boris Vian chantait ça si bien :

J'suis snob
J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
Ça demande des mois d'turbin
C'est une vie de galérien
Mais quand je sors avec Hildegarde
C'est toujours moi qu'on regarde
(extrait)

Se revendiquer par exemple « révolutionnaire » c’est souvent choisir à son insu un autre conformisme qui n’ouvre pas l’accession à sa singularité intime. C’est une posture qui touche vite ses limites dont celle de limiter son propre champ de perceptions et d’expériences, quand ce n’est pas prendre le risque de nuire à autrui.

La question n’est donc pas de se revendiquer comme différent ou de vouloir porter sa différence mais plutôt de savoir trouver en soi sa propre singularité, celle qui dépasse justement les différences apparentes. Alors on pourra agir en cohérence avec ce que l’on est vraiment et c’est pas mal si cela ne froisse pas l’éthique. Autrement dit, si ça ne fait pas de nous un dictateur en puissance qu’il soit domestique ou à l’échelle d’un pays.

Se rencontrer et savoir être surpris par soi-même

Les contraintes de la vie font que nous laissons le contexte guider nos actions sans nous relier à nous-même.

La question n’est pas de regretter nos erreurs passées mais de trouver les leviers pour que notre vie se trouve en cohérence avec ce que l’on est, nos besoins en acceptant d’avance d’essayer, au risque de devoir s’y reprendre à plusieurs fois.

Devenir ce que l’on est ?

Prenons garde au fait que personne n’échappera à son contexte de vie, éducatif, social. Si je me construis et évolue, ce n’est pas à partir de rien. Mais il y a un travail intéressant qui consiste à « se rencontrer » pour débusquer en soi des possibles, de l’inattendu, une sorte de révélation à soi qui est intéressante en ce qu’elle ouvre des perspectives pour soi : s’émanciper d’un destin, vivre sa résilience, habiter le présent sans fard.

Lever les obstacles intérieurs

Préjugés vis à vis de soi même, prophéties autoréalisatrices, empêchements multiples, pour que « ça tienne » nous nous imposons souvent une armure intérieure entre nous et notre fameux « enfant intérieur » celui là même qui rêve d’apprendre et de créer pour que nous partagions vers les autres.

Une façon que j’ai de me rencontrer, c’est parfois par l’écriture du poème, de la chanson où je me surprends non par ce qui serait réussi ou non dans l’exercice, mais par ce que cela révèle d’inattendu. Les mots du poème me dépassent et osent me dire des choses sur moi que je me cachais. Ils agissent comme des médiateurs.

On ne tient alors que des pièces d’un puzzle dont l’assemblage n’est pas si facile, ou croit-on l’avoir trouvé, l’image prend une autre forme.

Ouvrir vers l’extérieur

Tout un travail consiste alors à chercher l’alignement entre sa vie intérieure et le Monde, les autres humains. La singularité s’exprimant alors plutôt par ses actes que par un drapeau.