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un coup de dés


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Apprendre

Accepter qu’apprendre résiste

Réflexions

Expérimentant ce matin un apprentissage dans un domaine dont je ne suis pas familier, j’ai pu revivre ces phases de déstabilisation, de confrontation, de déconstruction puis de réappropriation par le langage et l’essai. Il faut travailler la tolérance à l’inconfort de ce moment et accepter de se laisser transformer, à tout âge.

Apprendre c’est pas que dans la tête

« — Mais c’est pourtant simple à comprendre ! » dit l’enseignant agacé. Ce matin j’étais presque crispé physiquement confronté à une situation d’apprentissage que j’avais voulue mais qui me résistait. C’était à la fois le sens des mots qui m’échappait soudain comme si j’avais été dans une langue étrangère, la clarté des étapes qui manquait me réduisant dans la bêtise du pas à pas ou de l’étapisme qui ne permet pas de penser une perspective, la compréhension surtout de ce que je faisais et pourquoi.

Un axiome sur lequel je butais presque physiquement. Voilà que je me cognais à la difficulté, j’avais beau faire et refaire…

L’entêtement bloque. Apprendre ne se force pas. Il faut trouver un autre point de vue, pendre du recul, choisir un autre angle d’attaque.

Je me suis souvenu de la violence éprouvée par les enfants dans les écoles lorsqu’il leur faut dépasser leurs propres représentations. Et plus on met d’émotions, plus le langage est éloigné, plus ça peut secouer. L’algèbre fut une torture.

La curiosité et la motivation

Je n’ai jamais vu un enfant ne pas s’intéresser ne serait-ce qu’à l’objet livre. La curiosité est là. On veut parfois la nourrir de facilitateurs destinés à motiver. Mais si c’est trop facile, quel enjeu ? Il ne s’agit pas de compétition mais de dépassement, d’élargissement.

La curiosité doit se nourrir ou en tout cas se préserver mais il n’y a pas besoin de mettre en scène l’apprentissage comme s’il fallait détourner l’attention du cœur de la notion nouvelle. Et ce qui est nouveau pour toi est peut-être basique pour moi. Et ce que je n’ai pas compris aujourd’hui, je le comprendrai autrement demain.

Sans confiance, impossible de tenir en équilibre sur la poutre.

La seule motivation qui vaille c’est dans la promesse d’émancipation apportée par l’apprentissage nouveau. Mais il faut qu’elle soit dite. Une affaire de pouvoir qu’on donne par le secret partagé. C’est pour cela que les trucs et ficelles qui n’élucident pas ne sont que le placebo de la connaissance. Voilà les limites du Bled qui n’apprend pas à transférer les connaissances dans un cadre décontextualisé. Tout le monde réussit au Bled ce qu’il ratera dans son propre écrit. Le geste répétitif à ne pas confondre avec l’automatisme qui libère la pensée, rigidifie, assujettit en empêchant de réfléchir. On ne joue pas aux dés ni à pile ou face.

Sans promouvoir le masochisme, il faut penser au bébé qui accepte de se casser la figure pour apprendre à marcher. Il le fait parce qu’il a vu des gens debout. Je suppose qu’un bébé qui ne verrait que des grands couchés ne trouverait pas tout seul l’envie de se mettre en marche. Il le fera mieux si le sol n’est pas trop dur, si on le félicite à bon escient, l’encourage.

Ma motivation ce matin, je la tenais dans l’envie ou le besoin de résoudre un problème. Je me suis un peu blessé (psychologiquement) à des outils retors et des conseils inadaptés qui agissaient comme des bruits parasites.

L’explicitation et l’essai

Pour me rassurer j’avais besoin d’explicitations : sur le sens de mots simples mais qui pouvaient vouloir dire autre chose en contexte, sur les étapes et la possibilité d’essayer sans danger, d’avoir un retour.

Dans les écoles on a confondu le cahier de brouillon avec le cahier d’essais. Essayer mérite que l’on garde trace de la pensée sans être jugé mais que l’on comprenne pourquoi on prend tel ou tel chemin pour se repositionner ensuite sans risque, ni celui de se blesser, de détruire quelque chose, d’être jugé ou noté. Essayer c’est déjà créer. Expliciter c’est partager. Partager c’est une façon de prendre soin de soi et des autres grâce à l’autonomie gagnée et à la joie du faire ensemble. La coopération aide à mieux apprendre.

Ce matin c’est parce que j’ai pu essayer et demander autant de clarifications que possible que j’ai pu avancer. Mais il faut aussi dépasser le simple empirisme, piège de l’autodidacte, pour dégager la solution la plus efficace qui pourra être fixée et réitérée.

Apprendre transforme

Maintenant que je sais ça, je suis un autre homme. Je m’émancipe aussi bien d’un contexte social ou culturel que de moi-même. Il faut accepter de se laisser transformer ce qui ne veut pas dire renoncer à ce que l’on était. Notre pensée se sculpte à partir de la même matière.

Celui qui apprend doit accepter une certaine fragilisation, une vulnérabilité qui n’a pas bonne presse dans un monde où il s’agit de paraître à son avantage.

Je vois qu’à mon âge avancé, ce sont les mêmes schémas mais ça me rassure : il reste « un peu » de plasticité mentale.