L’auteur du site

Hilda Von Kabrünke* s’est livrée au jeu de l’interview pour les lectrices et les lecteurs du site.

Qui es-tu donc ?

Je suis un autodidacte. Ce qui se prononce notodidacte mais est sans rapport avec les notonectes.
Bref, depuis toujours j’ai appris les choses de manière empirique bien que je sois républicain et que pour le pire… on est jamais sûrs bien que tout le monde s’accorde à trouver que les choses empirent. .
Du coup j’apprends beaucoup en me trompant et en lisant des modes d’emploi avec une certaine impatience.

Quand naquis-tu et où ?

Je suis né au tout début des années soixante. On n’a jamais su très bien, entre un 2 et un 3 décembre. Il pleuvait. Il paraît que c’est une nonne qui m’extirpa des jambes de mère qui n’en pouvait plus. La nonne favorable à l’Empire proposa que l’on me nomme Napoléon (cette anecdote est authentique). J’ai donc échappé au pire grâce à la lucidité de mes parents.

Je naquis à Paris, rue Blomet. C’est une longue rue qui doit abriter encore l’école normale catholique, connue pendant les années folles pour son Bal Nègre, où vécurent des gens comme Joan Miró, Desnos ou Gauguin. Mais je n’y restais pas longtemps.

Que fut ton enfance ?

À cette époque la vie était assez grise mais pas forcément triste. En noir et blanc comme la télévision encore bien rare, j’ai appris à lire à peu près tout seul, vers l’âge de quatre ans. J’ai beaucoup joué dans les jardins.

Vincent Breton

J’ai aussi appris à faire mes lacets tout seul. Donc je ne les noue pas de façon académique ce qui fait qu’ils se défont encore souvent et que je peux me casser la gueule y compris lors de cérémonies officielles ce qui m’a valu la désapprobation du Colonel B lors de la cérémonie de remise de décoration à l’artilleur M. En même temps, on s’en fout je pense.

A l’âge de 12 ans ma mère m’a confié le fer à repasser si je voulais des chemises aux jolis plis. Je m’en suis débrouillé comme j’ai pu et je l’en remercie. Je n’ai brûlé que quelques chemises et une maison par distraction.

J’ai souvent été une sorte de passager clandestin du savoir et de la connaissance. J’ai lu trop tôt des ouvrages destinés aux grandes personnes. Cela perturbe les sens d’une jeune âme sans compter que la lecture accroît la myopie. Je me suis abandonné aux vers des poètes et j’ai été bercé par des chanteurs à textes la plupart influencés par des idées anarchistes ou révolutionnaires. Très tôt aussi j’ai aimé les jardins, les animaux, l’amitié et l’amour. Je pense que je suis amoureux depuis l’âge de quatre ans. Pas toujours de la même personne…

J’ai été exempté de cours préparatoire comme plus tard de service militaire. Je n’ai pas beaucoup aimé l’école, excepté les copains et notre maître de cours moyen qui nous emmenait faire des parties de hand-ball dans sa Peugeot 204 verte.

Le collège fut rude au début, mais je m’en suis sorti grâce au théâtre et à la troupe d’amis. Nous étions huit en général. Tous boutonneux. Sauf les filles qui étaient fraîches et parfumées. Nous écumions les salles des fêtes et les foyers municipaux des petits villages de la région provençale où nous vivions. J’écrivais des pièces sur mesure et à la va-vite. Nous répétions dans le salon ou dans une salle des fêtes glaciale, mais l’ardeur était là. Il y avait du monde dans les petits villages. Les gens s’ennuyaient et s’amusaient d’un rien. Quelle joie ! Cela dura jusqu’au lycée.

Obtins-tu ton baccalauréat ?

J’avais fait un peu de grec ancien mais encore moins de mathématiques. Néanmoins je l’obtins ce bac, avec mention et le journal départemental s’en fit l’écho. Le bac en poche, le dilemme fut de savoir si j’allais continuer à faire l’acteur. Un chef de troupe, une vraie celle là, était venu à moi avec une proposition, me former… J’aurais pu ainsi écumer les chemins de Provence, tendre mon chapeau et faire l’acteur de village en village.

Mais j’étais pleutre. Les trente glorieuses s’essoufflaient, nous n’avions pas de fortune, je voulais gagner mon indépendance et la fonction publique me tendait les bras.

Je présentai le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs et devins élève-maître à l’âge de 17 ans. À l’époque il fallait un certificat de moralité délivré par le Maire de la commune. J’avais l’air sage. Ah ! Ah !

Je dus abandonner le théâtre. Quel chagrin !

Mais j’eus la chance de pouvoir m’amuser un peu en participant aux premières émissions d’une radio libre avant même qu’un président gauchiste ne vienne les autoriser officiellement. J’y causais musique, littérature, poésie, éducation et je présentais tout un été durant le journal du soir… Une auditrice appela tout de même car j’avais diffusé l’Internationale un dimanche.

J’obtins le permis de conduire et conduisais alors une 2CV Citroën bleue à phares ronds. Ce véhicule possédait un moteur de 3CV fiscaux ce qui permettait de s’enivrer de vitesse surtout en décapotant. Joie des premières escapades, des rencontres impromptues dans le Massif Central ou l’Ardèche sèche.

Tu étais devenu adulte !

Je vois des jeunes aujourd’hui encore collés aux basques de leurs parents à 25 ans. Ce n’était pas mon genre. J’ai toujours bien aimé décider seul de mon destin, de mes erreurs comme du reste. Et très tôt, grâce à ma politesse exquise, j’appris à éviter les petits chefs, les machos et autres personnages ennuyeux.
J’ai toujours bien aimé m’émanciper …

Je devins instituteur. Avec les enfants, je crois qu’on s’entendait bien. J’adorais mettre du petit bois au feu de leur curiosité. Mais le métier me mangea le temps.

Tu enseignais quoi…

Je devins formateur, après … et pire encore ou drôle quand on y pense, je devins inspecteur des écoles portant la cravate. Ce fut sérieux, je trouvais à m’amuser … mais cela me mangeait la vie… Quand “le roi des menteurs” devint ministre des écoles de la République, ce fut vite le moment où il devint impossible de rester sans se dédire des quelques valeurs qui m’aident à tenir. J’ai décidé d’anticiper mon départ et de prendre ma retraite.
Une crétine d’épidémie obéra un peu mes velléités de liberté !

Plus de quarante ans sont passés à vive allure dans diverses écoles à la campagne ou à la ville, dans des quartiers chics où les mômes ne faisaient pas que s’amuser et dans les quartiers pauvres où les mômes savaient s’amuser d’un rien mais souffraient. Et souffrent encore.

Mais tu trouvais le temps déjà d’écrire ou d’inventer des chansons ?

Pendant ma carrière d’enseignant et de formateur je produisis beaucoup d’écrits professionnels, heureusement oui un peu de poésie, de chansons… Je gagnai là un prix de poésie, retrouvai plus tard une dramatique diffusée à la radio ou des textes publiés ici ou ailleurs, rien de très glorieux ni développé, le temps manquant souvent…

L‘écriture pour ne pas mourir (comme disait Anne Sylvestre) ou la poésie pour tenir (comme disait Guillevic) , c’est tout de même le fil de ma vie. Tout comme chanter. J’ai toujours chanté pour moi, les amis, la famille et ce depuis l’âge de 8 ans. Mais en bon autodidacte, je n’ai pas appris la musique.


J’improvise, je crée, j’expérimente et c’est assez naturel à mes yeux, tout comme respirer ou faire la cuisine… lire.

Je me demande souvent comment font les personnes qui vivent sans aucune fenêtre sur les arts ou un jardin… sans lien avec la beauté, la nature…

Tu as souvent déménagé…

J’ai beaucoup déménagé, aux presque quatre coins de la France, si j’ai de la mémoire, j’ai vécu dans 24 maisons différentes au Sud, à l’Ouest, à Paris… dans des petits villages comme la capitale… ça ouvre l’esprit ! Et de toutes façons, je n’ai pas vraiment de racines. Je suis un nomade riche de mes seules rencontres. J’ai de moins en moins d’objets. Je pourrai finir dans une cabane sur la montage.

Je n’ai jamais eu peur des ruptures, des départs, des recommencements. Au contraire.

Et maintenant ? Que vas-tu faire ? (comme dirait Gilbert B)

Vincent Breton et Isis
Isis (à droite) et Vincent Breton (à gauche)

Je me suis demandé un moment si je devais mettre au feu les cahiers du passé, séparer l’ancien professionnel de celui qui a des velléités artistiques…

J’ai eu la tentation de scinder les univers, comme je l’ai souvent fait pour éviter les interférences… Longtemps, j’ai eu le sentiment que si je partageais de la poésie ou des chansons, je n’étais alors plus crédible pour parler d’enseignement ou réagir même en citoyen…

Certains courageux anonymes ne se sont pas privés de m’insulter avec force virulence et toxicité quand j’osais prendre certaines positions, je m’en étais trouvé un peu refroidi… mais la chaleureuse présence et les signaux amicaux d’autres permirent tout de même de prendre du recul, de rebondir… et de revenir ici entre autres pour partager…

Donc, maintenant, je continue selon mon rythme, mon envie, mes forces, mes choix surtout avec l’idée de mettre en partage : des histoires que j’invente, de la poésie, des réactions sur la vie ou ce Monde bizarre, des chansons, des photos que je peux faire lors des vadrouilles, des essais ou des expérimentations que je note ici autant pour moi que pour les autres. Du coup cela peut faire de ce site à la fois une sorte de journal ouvert ou “extime” et à sa façon “un livre de raison”.

Je suis animé par la curiosité. Ça n’a rien à voir avec l’indiscrétion. Mais c’est plutôt un goût pour l’exploration, la découverte des personnes comme des paysages.

Faire partager ce qu’il y a sur ce site, c’est exactement comme lorsque je partage un repas que j’ai préparé pour les autres en essayant de chercher des saveurs, une composition, une alliance, en surprenant si je peux histoire de voir si à mon tour, je sais éveiller un peu la curiosité d’autrui non par ma personne mais parce que j’essaie d’imaginer.

*Hilda Von Kabrünke* est une célèbre peintre trapéziste dont l’essentiel de l’œuvre picturale a été crée sur trapèze à 5 mètres. Elle expose notamment au supermarché de Vareuil sur Broman.



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