Déclaration officielle

Françaises, français,
Mes chers compatriotes de l’hexagone,
Du triangle des Bermudes,
Des outres-mères et des outres-pères, 
Soldats, sapeurs, chômeurs, bourgeois des grandes villes
Et notables des tristes bourgades, 
Prêtres en soutane ou défroqués,
Huissiers en frac, Rentiers friqués,
Boursicoteurs et dealers,
Femmes, transgenres fluides et hommes cis, 
Adolescents livides et vieillards recuits, 
Gens de la République en marche arrière, en marche avant, sur le côté
Gens touchés par le crabe, la grâce ou la covid
Petites peuplades perdues des landes lointaines,
Basques sans masque, corses accortes, bretons ténébreux sentant le sel et la poussière
Médecins barbus nimbés de naphtaline, de chloroquine et de vinasse
Contestataires extrémistes aux cheveux dégueulasses,
Zélateurs ventrus, philosophes atrabilaires, pervers en rut et vierges pudibondes, 
Imams maniaques, policiers sadiques, professeurs débonnaires et préfets zélés,
Mes bons amis, mes caniches, mes électeurs, mes toutous, mes complotistes, 
Je vous conspue
Je suis venu vous dire, que je m’en vais 
Dans la steppe lointaine avec ma blonde vénéneuse
Je file à l’anglaise, à la suédoise, à la romaine, 
Je file à l’heure la plus ténébreuse
Je file avant la fin de semaine
Je me taille, je me tire, je me nachave, je m’évade,
Les caisses sont vides, 
La Romanée-Conti est bue
Qui l’eut cru ? 
Je pars
Sans valise ni pléonasme
Je me casse sans sarcasme
Je m’ostracise, je m’exile, je m’annihile,
D’une autolyse, ou d’une fuite de veines,
D’un grand feu de broussailles ou d’une explosion molle
À mon cou je prends mes guibolles
Et je te salue peuple fétide !
Je t’invalide et je t’oublie dans tes rancunes tenaces, ton ressentiment de bistrot
Je te salue mon vieux corbeau, tricheur des grands et des petits impôts, vieux collabo,
Je te salue raciste tiède, spécialiste de la révision, scandalisé sur canapé, citoyen consommateur
Je pars pour les îles lointaines, au-delà des rivages désabusés de la consternation
Je pars dans le rire de ma belle, je pars dans sa respiration 
Alors voici mon bien cher peuple, ma dernière déclaration ! 
Adios, Bye-bye, Ciao, vive la Révolution !
La Révolution ! 
Celle qui fait qu’on tourne assez sur soi-même
Pour mettre la tête à l’envers au poème ! 

©Vincent Breton – Improviste *2021
Publié le
Catégorisé comme poesie

Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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