locma

Nous allons avoir besoin des artistes !

Dans un monde où la guerre prospère, un monde où le ressentiment a tout pollué, nous allons plus que jamais avoir besoin des artistes.

Ce sont eux qui sont capables de transformer notre colère en humanisme, la laideur en beauté, l’égoïsme en solidarité.

Ce sont eux qui peuvent ouvrir de nouveaux espaces en nous.

C’est à dire, ouvrir les portes de nos sensations, nous ouvrir des possibles. Des inattendus. Des surprises et des joies. Émancipation !

L’artiste invite à l’exploration d’un ailleurs pour mieux nous découvrir, nous révéler, nous comprendre, nous reconnaître en l’autre. Oui, révélateur.

Les artistes n’ont pas de frontières. Dans la différence de l’autre, dans l’étrangeté de l’étranger, ils nous permettent de nous retrouver et nous reconnaître dans la même humanité.

Tu es mon semblable, dans ta dignité, égale à la mienne et tu n’es pas obligé de me ressembler. J’ai à apprendre de ta langue, de tes sonorités, de tes couleurs. Je te montrerai ce que j’invente. Nous mélangerons nos couleurs pour que de cette palette en jaillissent de nouvelles.

Les artistes, ceux qui inventent, créent du lien, ceux qui osent “faire autre chose”, ceux qui regardent autrement… s’ils créent parfois du trouble, c’est pour mieux nous transformer et nous épanouir vers ce que les humains savent faire de meilleur : le génie des inventions, la merveille d’une architecture, la beauté du danseur qui vole sur scène, le travail réconciliateur du sculpteur avec l’indomptable matière, l’invitation à l’admiration du photographe, le regard décalé du peintre, la respiration du poète, la gravité du chanteur de blues qui nous révèle à nous même, la métaphore de l’écrivain…

Les artistes transcendent les frontières entre les continents ou les sexes, entre les âges et les destins. Fondateurs et révolutionnaires. Ils traversent les siècles. Ils laissent ces traces qui nous disent.

Ils peuvent être, ils doivent être les ambassadeurs de paix et d’humanisme, de compréhension et d’attention à l’autre par la joie de la rencontre.

C’est l’homme du néolithique, ancêtre du breton, qui rapporte des pierres polies, des bijoux du Sud de l’Europe. C’est l’étudiant de New Dehli qui s’émeut aux aventures de Gavroche. C’est Peter Brook reprenant le Mahabharata. C’est Colette Magny chantant un blues. C’est Orelsan glissant en boucle la voix de Colette Magny sur l’une de ses chansons. Ou ces mômes de dix ans que j’écoutais l’autre jour qui s’approprient et détournent un poème de Queneau. Et tous les autres que la curiosité pique… Il y a tant à partager !

Les artistes nous invitent à découvrir en nous ce continent unique que nous sommes. Mais un continent qui vit et vibre en symbiose avec ce Monde où nous vivons notre étrange destin. Humains ensemble sur une planète fragile. Mais sur une planète de merveilles.

Les artistes nous invitent à nous retrouver, nous dépasser et cultiver ce jardin : chacun devrait pouvoir goûter aux arts en spectateur comme en acteur…

Chacun ou chacune.

Si je dis tout cela, c’est que la clique des 12 candidats qui prétendaient nous sauver de nous mêmes avec cette pitoyable élection ratée, c’est que cette clique est restée bien timide. Comme si la Culture était un truc annexe. Sans importance.

Le rôle de l’État n’est pas de faire de l’art officiel qui est imbécile, mais d’accompagner, d’être bienveillant, de permettre l’éclosion des talents, le développement des pratiques, de la vie culturelle par des lieux ouverts partout au plus grand nombre…

Qui se souvient des maisons des jeunes et de la culture ? Qu’en reste-t-il ? Qui fréquente encore les bibliothèques ?Et quelle part a-t-on laissé à la culture dans nos écoles, dans nos universités, dans nos entreprises ?

Comme le chantait Léo Ferré, le marketing est souvent venu polluer et salir le travail des artistes. Ça devient de la publicité. Un truc convenu comme une soupe industrielle faite pour étourdir les sensations à coups de sel et de sucre. L’art n’est pas là pour faire joli, pour flatter, pour ressembler. Il doit oser quitte à se tromper.

Mais nous avons tout à gagner à protéger nos artistes, à leur donner les moyens de s’exprimer. Nous avons tout à gagner à oser les arts.

Et j’entends cela au sens large : les artisans, les designers, les sportifs, les jardiniers… ce sont tous des artistes.

Car l’homme n’est jamais autant heureux que lorsqu’il crée et invente…

Et je pourrais parler des chercheurs, des scientifiques, de ceux qui transmettent le savoir en le rendant aussi savoureux que possible…

Il serait bon qu’en ces périodes difficiles, les politiques y pensent. Que nous y pensions aussi dans ce que nous aurons à dire.

Plus que jamais, nous allons avoir besoin des artistes !

N'hésitez pas à laisser un commentaire !

Retour haut de page
%d blogueurs aiment cette page :