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Noir c’est noir…

l'écriveur

Noir c’est noir…

Dans notre petite époque, il est de bon ton de se scandaliser et si possible à la place des intéressés.
Sommes-nous dépossédés d’un haut fait culturel parce que l’on change aujourd’hui, en France, le titre d’un roman qui avait déjà été modifié en 1940 lors de sa publication aux États Unis ?
Il faut parfois se méfier des apparences.
J’ai le roman quelque part dans la bibliothèque, j’avoue avoir oublié l’histoire… je rechercherai pour le relire, la polémique aura au moins servi à cela.
Deux anecdotes me sont revenues :
Dans les années soixante, le maître nous fait une dictée dans laquelle il y avait le mot “nègre”. Je ne sais plus de quoi parlait le texte, mais le petit élève que j’étais remplaça sciemment le mot “nègre” par le mot “noir” sur son cahier. J’avais “tout juste” à la dictée et le maître qui me corrigeait à son bureau, ne comprit pas pourquoi j’avais écrit “noir”. Je perdis des points. Mon maître s’interrogea-t-il par devers lui ? De mon côté c’était viscéral, je ne pouvais pas faire autrement.

Bien plus tard, dans les années 90, je prenais le métro. Assis sur son strapontin un homme hurlait sa haine raciste. Je vois encore sa tête. C’était un vieillard acariâtre à casquette, un pauvre type à la propreté douteuse qui hurlait contre les africains et les noirs. Personne n’osait rien dire, y compris les noirs présents. Je ne sais ce qu’il m’a pris, mais je lâchais la barre et lui lançais avec fermeté : “écoutez, monsieur, ça suffit ! je suis noir et j’en ai assez de vous entendre !”
Comme dans la réalité,je ne suis pas très noir, une réponse agressive aurait pu fuser. Le type répliqua seulement : “Oh, excusez moi ! Je ne savais pas !”
Puis il s’engonça silencieux dans son strapontin démontrant la bêtise de sa colère.
Je me souviens aussi, mais là, ce n’était pas une mise en scène, d’une collègue qui m’avait demandé à voir “la petite fille noire de ma classe”. Je ne sais pas d’ailleurs si elle n’avait pas déjà dit “black” mais je dus chercher, non pas parce que je l’avais oubliée mais plutôt parce que pour moi ce qui me venait d’abord à l’esprit en pensant à cette petite fille c’était son prénom, sa vivacité, son humour et sa joie de vivre et certainement pas sa couleur.
J’ai lu très tôt Martin Luther King, j’ai été bercé au jazz et universalisme et antiracisme coulent dans mes veines depuis l’enfance.
Merci maman ! Et je ne réduis jamais une personne à ses origines réelles ou supposées.
Je suis antiraciste comme je suis féministe et comme je me refuse à toute discrimination que cela concerne l’orientation ou le genre… mais par dessus tout, je veux à la fois permettre à chacun de s’inscrire dans son histoire personnelle, familiale, culturelle et sociale, tout en lui permettant de s’en émanciper, de ne pas se définir par des étiquettes figées et d’avoir le droit d’être reconnu comme personne et de s’exprimer comme personne …
Alors bien sûr, il peut y avoir des moments où pour avancer, se protéger, faire solidarité, on veut souhaiter se rapprocher de celles et ceux qui vous ressemblent. Il n’est pas illogique de trouver beaucoup de femmes parmi les féministes mais je me revendique bien volontiers féministe.
Une dernière réflexion : les racistes aiment se référer à des racines elles aussi supposées car leur vision est bien souvent réductrice. Ils se refusent au métissage, ignorant que leur langue elle même mêle plusieurs sources …. Ils croient nécessaire de renforcer, de figer même ce qu’ils désignent par leur “culture” persuadés qu’elle serait en danger au contact des autres…
Plus personne ne parle le grec ancien ou le latin, on pourrait d’ailleurs mieux et plus les enseigner, mais l’influence de la culture gréco-latine reste forte !
Le métissage donne de magnifiques enfants. Chacun doit pouvoir s’il le souhaite revenir aux sources qui influencent ce qu’il est mais ce qui compte surtout c’est de savoir être créatif, aller à la rencontre d’autres sources. ON ne nage jamais dans la même eau, à la longue le bain ne serait pas très propre et les méfaits de la consanguinité sont connus.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières !

Ce qui compte c’est que chacun puisse prendre sa place, être accueilli avec les mêmes chances, avec équité, avec empathie et curiosité.
Nous avons autre chose à faire que de nous disputer ou de vouloir prendre le pouvoir les uns sur les autres… Car oui, derrière cette affaire, il y a bien la nécessité de veiller à partager le pouvoir de penser, créer et agir…

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