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Ne rien posséder est une sensation douce…

Plus j’avance dans la vie, plus j’aime ne rien posséder et me défaire des objets encombrants…

Vers la fin de sa vie, ma grand-mère aimait donner de beaux objets qu’elle avait accumulés à ses filles et à ses petits enfants… Elle appréciait de s’en alléger tout en les confiant à des mains sûres. Parfois hérités de ses parents, rapportés de voyage, on était loin cependant d’objets de grande valeur. Sa fortune, elle avait préféré la dépenser dans ces étés merveilleux où elle recevait avec son mari la grande tribu familiale élargie aux amis et parfois aux amis d’amis. Les tablées étaient généreuses. Nous pouvions être vingt ou trente…

Les chambres étaient pleines d’enfants et de couples qui envahissaient joyeusement la maison et la piscine. Ceux qui sont passés par là ont rapporté profusion de souvenirs qui les irriguent encore trente ans après… C’était une forme de luxe mais qui ne devait rien aux apparences et qui ouvrait le cœur et les esprits. Nous y apprîmes tous ensemble le goût de la rencontre et de la liberté, loin des conventions.

Je n’ai jamais eu le goût de la propriété. Ni des personnes, ni des maisons, ni des objets. Je ne possède que peu de choses. Un cambrioleur qui viendrait ici serait fort déçu. Il ne trouverait pas d’électronique dernier cri, encore moins de bijoux ou de billets cachés, pas de meuble de valeur et les tapis sont usés.

Il faudrait qu’il aime les livres. Des livres de toutes sortes, ayant leur vécu. Des livres lus plus que des livres de collection. Des livres aux pages cornées, parfois bien usés …

Ce sont les objets dont j’ai le plus de mal à me séparer. Le livre papier, ce sont des histoires, le souvenir de la rencontre de ces histoires, l’odeur du papier, le toucher différent selon les éditions. Aucune sacralisation de ma part. Mais tous les sens sont en action. Un livre, un bon livre, désigne en nous une part d’intime. C’est la raison pour laquelle je n’aime pas prêter un livre que j’ai aimé à une personne qui ne me serait pas proche. Ce serait comme se montrer en pyjama à des inconnus.

Mais les autres objets ! Quel bonheur de s’en séparer !

Machines inutiles, vêtements qui ne sont plus à ma taille, objets incongrus du quotidien… J’ai tant déménagé qu’il en reste peu, mais c’est toujours un bonheur, ouvrant un placard, de me demander ce dont je pourrais me séparer encore, qui ne m’est pas vraiment utile. Je suis le roi du recyclage.

Je suis parvenu à jeter des écrits sans intérêt. J’en ai conservé d’autres au dernier moment. Comme on retient un peu de soi. C’est juste une peur de s’oublier. Mais ça va me passer.

Il faut pourtant savoir se séparer des écrits douloureux, des choses tristes qui renvoient à un temps heureusement révolu qui n’a pas besoin d’être ravivé pour revenir.
Je me suis séparé des lettres d’insultes (il y en avait peu cela rassure) et des journaux intimes de ma mère. Nous devrions toujours jeter notre journal intime avant de mourir. On me dira , “trop tard ! tu t’y étais brûlé les yeux !

Il était inutile de conserver cela. Et l’on avance plus libre de s’en émanciper.

Ce qui est formidable, en se séparant d’un objet, c’est que l’on se rapproche de soi. De soi allégé. Tel qu’on partira. Devant la mort, dans l’idéal, il faudrait se présenter comme on est arrivé. Tout nu.

Je ne suis pas pressé. Je veux continuer de marcher un peu. Allégé.

Mes héritiers ne posséderont rien que mon amitié. Puis le souvenir s’estompera…

Peut-être dirais-je autrement si j’avais su peindre ou créer des sculptures, ou de beaux meubles, si j’avais été architecte (de talent) . Si j’avais su écrire quelque chose qui mérite de passer le temps. Mais je n’aurai produit qu’une goutte dans l’air du temps. Je suis du côté des admirateurs, des ébahis.

Oui, “je suis riche de ne rien posséder“. Je ne me souviens pas de qui est ce vers. Est-ce que c’est Marc Alyn ?

Et quelque part dans la Bible, Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu

Oui, à chaque fois que je donne je m’enrichis, je me conforte n’ayant plus à m’inquiéter de la mode, de l’usure, de la poussière !

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